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Olfat Allam : Aujourd’hui, les enfants sont exposés à plus de stimulants, mais aussi à plus de déceptions

Chahinaz Gheith, Mardi, 02 janvier 2018

Trois questions à la psychologue Olfat Allam.

Olfat Allam.

Al-Ahram Hebdo : Les enfants d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier, ils n’ont plus la même vie ni les mêmes attentes. Qu’est-ce qui a changé ?
Olfat Allam : C’est vrai, aujourd’hui, les enfants veulent tous être vus, entendus et reconnus. Mais ce ne sont pas seulement les enfants qui ne sont plus les mêmes, mais nous aussi. La société a changé et a beaucoup évolué. Le rythme de vie est ultra rapide, et dans cette course, nous entraînons nos enfants avec nous. On leur demande d’être performants, on leur exige de grandir plus vite. On s’attend à ce qu’ils soient des mini-adultes qui nous ressemblent.

Cependant, on peut dire que la différence qui existe entre les enfants d’hier et ceux d’aujourd’hui trouve son origine dans la forte influence des médias et des technologies modernes. Et si les enfants d’aujourd’hui sont rebelles et font des crises beaucoup plus que les enfants d’hier, c’est peut-être parce qu’ils font face à bien davantage de stimulations, d’occasions de choisir, mais aussi de déceptions. Dans le temps, par exemple, le cadeau de Noël était tout simple, une petite voiture et une poupée. Allez donner ça à un enfant de maintenant. Il va dire : « Tu te fous de moi ou quoi ? Tu viens avec moi, je vais t’emmener dans un magasin et tu vas m’acheter un Iphone ».

— Quel est l’impact des nouvelles technologies telles qu’Internet, les réseaux sociaux ou encore les jeux vidéo sur les enfants d’aujourd’hui ?
— Au XXIe siècle, les enfants se sont transformés et sont devenus davantage isolés des autres. Ce changement est, entre autres, dû au fait qu’ils ont maintenant une multitude d’appareils et de jeux électroniques à leur disposition. L’impact de l’avancement rapide de la technologie sur les enfants est en lien avec un accroissement des troubles psychologiques, comportementaux et physiques. Aussi, ces technologies du divertissement peuvent limiter les défis de leur créativité et de leur imagination, et ce, à l’encontre des jeux d’antan où les enfants jouaient ensemble à cache-cache, aux billes, à la marelle ou aux dominos.

— Est-ce que c’est, comme le disent certains, un problème d’éducation ?
— L’enfant est et demeure le produit de son éducation. Quand nous constatons l’enfant d’aujourd’hui, tout est à la portée de sa main (Internet, jeux vidéo, Ipad, smartphones, etc.). Or, il ne s’agit pas de suivre l’enfant dans ses caprices, car tout enfant a ses caprices, mais de lui imposer des règles et des codes de la vie qu’il doit absolument respecter, bref, une éducation et une hygiène de vie saine. Le problème est que nous oublions parfois que nos enfants ne sont pas équipés pour faire face à cette société hyper stimulante. Et au lieu de les punir de leurs réactions face à cet environnement dans lequel nous les plongeons, notre rôle pourrait être de les aider à gérer ce stress, à « muscler » leur cerveau pour trier les informations. L’enfant, lui, reste un enfant, et non un petit adulte.

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