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Le pour et le contre de la vente en ligne

Manar Attiya , Manar Attiya , Manar Attiya , Mardi, 01 novembre 2016

La vente en ligne est en vogue en Egypte. Pour certains, c'est la solution magique pour éviter les embouteillages. Pour d'autres, au contraire, c'est un risque à éviter.

Le pour et le contre de la vente en ligne

Sur le site Buy everything online, il y a de tout : des vêtements signés, du prêt-à-porter féminin (robes, chaussures, faux bijoux, lingerie et produits cosmétiques). Il y a aussi des vêtements pour hommes : jeans, t-shirts, chemises, chaussures, etc. On trouve encore des ustensiles de cuisine, du matériel informatique et même des meubles. Créée en septembre 2015, cette boutique opère sur Facebook et compte 40 membres. Depuis son lancement, la page connaît un fort succès. Aujourd’hui, elle compte 15 433 membres. « Au début, c’était seulement mes frères et soeurs, mes neveux et nièces et mes amis intimes qui achetaient mes produits », dit Rita, qui exerce ce travail non pas parce qu’elle est dans le besoin, mais pour occuper son temps libre. Rita est francophone. Diplômée de la faculté des lettres section française, elle est mariée à un diplomate. Profitant de ce statut, elle écoule facilement ses produits au sein de cette communauté de l’élite. Elle profite aussi de ses relations sociales : ex-camarades de classe et étudiantes à l’université qu’elle connaît, en plus du bouche-à-oreille.

Rita propose plus de 60 000 articles. Ce mois-ci, elle fête l’anniversaire de sa boutique en ligne. C’est la raison pour laquelle elle offre un cadeau à chaque commande et les frais de transport sont gratuits. Cette femme achète ses articles chez un commerçant de gros, les prend en photo et les expose sur sa page en fixant les prix et la marge de bénéfice. Par un simple clique, les clients peuvent faire du lèche-vitrines dans la boutique de Rita sur Internet. Chaque jour, elle expose de nouveaux produits, en retire d’autres et fait des réductions sur ceux exposés depuis longtemps sur sa page. Elle propose même le système « Achetez deux articles et obtenez le troisième gratuitement ».

Insécurité et embouteillages

En fait, le phénomène de la vente en ligne a commencé à se répandre en Egypte en 2012 à cause de l’insécurité qui sévissait à l’époque dans le pays, après la révolution du 25 janvier 2011. Les gens préféraient acheter à domicile plutôt que d’aller en ville pour faire leurs courses. Les embouteillages sont une autre raison, et l’impossibilité de garer sa voiture. Selon une étude effectuée par le ministère de l’Intérieur, les rues égyptiennes ne peuvent contenir que le tiers des véhicules qui y circulent. Aujourd’hui, vendre et acheter des produits de toutes sortes est devenu une pratique courante sur Internet et téléphones portables. Des sites Web, des pages Facebook ou des pages WhatsApp se créent chaque jour, consacrés à ce nouveau business fructueux. Il existe des sites célèbres comme souk.com, nefsak.com et gumia.com ... D’autres sont moins connus, à l’exemple de Garage Sale, Shop Egypt et Shop for Shoes and Bags. « Personne ne peut préciser le nombre de pages sur les réseaux sociaux, mais celles créées par de simples citoyens égyptiens ont un million de fans et ont plus de 40 000 clients », lance l’ingénieur Khalil Hassan Khalil, de la Chambre de commerce.

En fait, la vente sur Internet ou sur les sites électroniques étrangers a commencé à se répandre dans le monde depuis 15 ans. « Le volume d’achat sur Internet du point de vue mondial s’élève à 2 000 milliards de dollars, soit l’équivalant de 18 000 milliards de L.E. par an. Les internautes américains dépensent 350 milliards de dollars par an, les Français dépensent 402 milliards de dollars par an, et les Chinois 700 milliards de dollars », affirme Mohamad Azzam, directeur exécutif à la Chambre de commerce. « En 2014, le volume d’achat en ligne des citoyens égyptiens était estimé à un milliard de L.E. Au cours de la même année, ils ont également dépensé 20 milliards de L.E. pour des produits vendus sur des sites Web étrangers », ajoute Mohamad Azzam. 50 % des consommateurs sont originaires du Caire, 20 % sont issus des gouvernorats du Delta, 10 % d’Alexandrie, 13 % de la Haute-Egypte et 7 % d’autres régions de la République.

Il suffit d’appuyer sur une dizaine de boutons pour que l’achat, l’envoi et le service après-vente se déroulent en toute simplicité. D’après plusieurs clients, ce type d’achat a ses avantages. « Acheter à distance est une excellente idée pour éviter la cohue et les files d’attente interminables à la caisse. Je ne suis pas obligée de sortir, de conduire pendant les heures de grande affluence pour aller faire du shopping … Les articles commandés sont livrés à domicile … Je peux aussi faire mes achats n’importe quel jour et à n’importe quel moment de la journée, et comparer facilement les prix », affirme Noha Abdel-Aziz, 30 ans et comptable dans une banque privée. Depuis cinq ans, elle n’achète que sur Internet. Elle raconte qu’une fois, voulant profiter des soldes d’un magasin, elle a dû s’absenter de son boulot et attendre 3 heures à faire la queue devant la caisse.

En effet, ce sont les jeunes qui recourent le plus à l’e-shopping. Par exemple en 2015, 70 % du volume des achats sur la toile ont été effectués par des jeunes âgés entre 18 et 30 ans. Les personnes qui ont entre 30 et 40 ans représentent un taux de 20 %, et ceux qui dépassent la quarantaine représentent, eux, 10 %, selon Mohamad Azzam. En fait, la vente en ligne n’intéresse pas seulement la classe aisée, mais aussi le citoyen de la classe moyenne. « Pour moi, la vente en ligne est plus avantageuse. Les soldes, il y en a tout le long du mois. Parfois, j’achète des produits avec une réduction de 75 %, et même 90 %, ce qui ne se fait pas dans les magasins », déclare Mona Essam, employée à Maspero, qui a pris l’habitude d’acheter des articles bon marché sur Internet ou sur des sites étrangers, aux Etats-Unis, en France ou en Chine. « Mais depuis la hausse vertigineuse du dollar, je ne peux plus me permettre d’acheter des articles à l’étranger, et la taxe douanière a aussi augmenté. Actuellement, j’utilise les sites égyptiens, et j’ai réalisé que j’avais économisé beaucoup d’argent », dit-elle.

Publicité mensongère

Malgré l’évolution de ce business dans le monde et en Egypte, il y a des gens qui n’apprécient pas la vente en ligne, car ils ont rencontré des difficultés. Yasmine Abdel-Wahab, institutrice, dit que les grandes marques développent une image souvent fondée sur de la publicité mensongère. Les créateurs de pages ou de sites éblouissent les consommateurs à travers un discours parfois fallacieux. « Certains même sont malhonnêtes ou trompent leurs clients », explique Yasmine. Cette dernière dit avoir commandé un smartphone à 7 500 L.E. qu’elle a payées avec sa carte bancaire sur Internet. Mais, au moment de la livraison, on lui a envoyé un autre appareil de mauvaise qualité et fabriqué en Chine. Mona Mansour partage cet avis. « Il arrive parfois que les tissus des vêtements s’effilochent ou portent des défauts de couture. De plus, il est impossible de rendre l’article, donc, c’est de l’argent perdu. Contrairement aux magasins, on n’a pas l’occasion d’essayer les articles. Encore moins de discuter des prix sur un site marchand. Durant les périodes de fêtes, les sites peuvent êtres saturés, et la connexion est très lente. Les délais de livraison ne sont pas respectés, et les réclamations n’arrivent plus aux vendeurs », énumère Mona.

Entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la vente en ligne, certains insistent sur la nécessité de développer des mécanismes susceptibles de garantir les droits aussi bien des vendeurs que des acheteurs sur le marché électronique. « Il faudrait mettre en place un organisme chargé de surveiller la vente et l’achat à distance qui impose des sanctions sévères aux escrocs sur Internet », conclut Dr Fathi Abou-Ayana, spécialiste en développement humain.

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