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Cancer, je te vaincrai avec le sourire

Chahinaz Gheith, Lundi, 26 octobre 2015

Que faire face à l’épreuve du cancer ? Baisser les bras ou se battre ? Rencontre avec des femmes qui ont décidé de vaincre la maladie grâce à leur enthousiasme et à leur optimisme.

Cancer, je te vaincrai avec le sourire
Grâce à l’amour de ses enfants, Walaa a vaincu le cancer.

Mon histoire avec le cancer a commencé il y a deux ans, lorsque j’ai senti une minuscule boule au niveau de mon sein, comparable à un petit grain de riz. Je suis partie voir un médecin et le diagnostic est tombé comme un couperet : Vous avez un cancer du sein, m’a annoncé ce médecin », raconte toute souriante Samar Sayed, entraîneuse de natation à l’AUC.

Bien que cette maladie ait chamboulé sa vie, l’espoir ne l’a jamais quittée. A 30 ans, cette femme a toujours été une battante. Elle sait que le fait de vivre avec cette épée de Damoclès est difficile, mais il n’y a rien de tel que le découragement pour permettre à cet insidieux ennemi de progresser, d’accomplir son funeste dessein.

Dès la première séance de la chimiothérapie, elle n’a pas baissé les bras et a continué à jouir des moments de sa vie jusqu’au moindre détail. Autrement dit, la vie a pris une autre tournure pour elle. Ses priorités ont changé. Aujourd’hui, son seul but est de se faire plaisir et de ne plus s’encombrer de contraintes et de futilités. Elle tente de profiter au maximum des bons moments, mieux, elle les recherche. Elle ne s’est même pas attardée sur la mesquinerie de son fiancé qui a rompu ses fiançailles après avoir appris sa maladie. Elle, qui rêvait d’une cérémonie de mariage, a décidé, en complicité avec son père, d’en faire une rien que pour se sentir heureuse. Elle a loué une jolie robe, s’est maquillée et, dans les bras de son père, s’est rendue dans un studio pour se faire prendre en photo. Une fois les photos prises, elle a enlevé sa robe blanche et enfilé un survêtement pour aller faire sa séance de chimiothérapie.

« Cette fausse cérémonie et ce moment plein d’émotions m’ont donné du baume au coeur, et je me sens plus forte qu’avant », lance Samar, encore sous traitement. Elle ajoute que même si l’épreuve est difficile, elle a été pour elle enrichissante. Cela lui a permis non seulement de découvrir des amies extraordinaires, mais aussi de prendre conscience du vrai bonheur de la vie. Si aujourd’hui on lui demande ce que c’est qu’un cancer, elle répond : « C’est un combat pour la vie, c’est la vie. Elle est belle et je suis plus heureuse et plus épanouie qu’avant ».

Tu ne me vaincras pas

Cancer, je te vaincrai avec le sourire
Pour Samar, la joie de vivre est le meilleur traitement contre le cancer.

Walaa Zaher est atteinte d’un cancer du côlon. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, cette femme de 35 ans a mis toute l’énergie qui lui reste dans l’amour de ses deux enfants : Ganna, 5 ans, et Ziyad, 11 mois. Sa vie a basculé lorsque son médecin lui a annoncé qu’elle avait un cancer du côlon et qu’elle devait subir une ablation.

Tout s’est enclenché très vite, mais elle a rapidement repris pied. « Mes enfants sont encore petits, je devais lutter pour eux, donc lutter pour ma vie », dit-elle. Pour elle, sa raison de vivre, elle l’a trouvée dans l’amour de ses enfants. « Si j’avais été seule, je ne me serais peut-être pas battue comme ça. J’ai voulu sauver ma vie pour mes enfants, bien plus que pour moi-même. L’amour de mes enfants a fait naître en moi une énergie insoupçonnée que j’ai utilisée dans ce combat », dit Walaa. Depuis, sa boussole ne pointe que dans une seule et unique direction : la guérison.

Ainsi, elle envoie à son organisme un message positif. Et toutes ces petites cellules vont se mettre en ordre pour atteindre cet objectif. Walaa ne cesse d’entrer en dialogue avec son cancer comme s’il s’agissait d’une personne. « Cancer. Mais dis-moi quand est-ce que tu cesseras d’avancer ? Quand est-ce que tu pars en vacances ? Tu ne me vaincras pas, je viendrais à bout de tes sales cellules destructrices », se dit-elle souvent.

Mais peut-elle les extirper, les faire disparaître par la seule force de sa volonté ? Peut-elle s’insinuer au fond de son organisme pour débusquer les fauteurs de troubles et les chasser d’un simple revers de la main ? L’amour de ses enfants a été le moteur psychologique de sa victoire sur le cancer. Selon l’oncologue Ali Zidan, le désir de se battre et la combativité sont très importants pour renverser la balance. « Diverses expériences et recherches ont prouvé que la gestion du stress, l’expression des sentiments et les émotions positives favorisent la guérison, diminuent la douleur et permettent de mieux supporter les traitements. L’utilisation de ces techniques serait d’ailleurs corrélée avec l’augmentation du nombre de cellules NK dans l’organisme. Ces cellules, Natural Killers, sont les grosses mangeuses du système immunitaire. Elles tuent les cellules indésirables rapidement et efficacement tout en épargnant les cellules saines », explique le médecin. De récentes études ont montré que si 70 % des femmes atteintes de cancer du sein et dites combatives y survivent, seules 20 % de celles qui se sentent impuissantes et désespérées face à cette situation passent le cap.

L’envie, la rage de vivre

Cancer, je te vaincrai avec le sourire
Ghada Salah, l’auteure de la chanson Lessa Gamila (tu es toujours belle) qui a connu un grand succès.

Ghada Salah, une femme de 40 ans, donne un message d’espoir, une note optimiste dans ce parcours du combattant ! Confrontée au cancer du sein, elle l’a vaincu grâce à son moral de fer et à sa volonté de s’en sortir, tout en se fixant un seul but : la volonté de survivre. « La vie, c’est un coeur qui bat jusqu’à la mort. Dès le premier souffle, il faut se battre », confie-t-elle avec un large sourire.

Elle a dû affronter le regard des autres, car elle avait perdu tous ses cheveux. Pour elle, ainsi que pour toutes les autres atteintes d’un cancer, rester belle est loin d’être une question futile dans l’épreuve de la maladie. Cette question joue beaucoup sur le moral et sur la volonté de se battre au quotidien contre la maladie. « Ce n’est pas parce qu’on est malade que l’on doit être laide : pourquoi ne pas saisir chaque occasion pour se sentir plus belle ? », reprend Ghada, d’un naturel enthousiaste et optimiste.

Même après les nombreuses séances de chimio, elle a continué à être coquette et se maquiller. Elle n’hésitait pas à dire à tout le monde qu’elle avait le cancer, cela lui permettait d’exorciser le mal. Et on lui répondait parfois : « Oh, on ne dirait pas que tu es malade ! ». De telles paroles l’ont beaucoup encouragée. Une fois guérie, Ghada a continué à rendre visite aux autres patientes, pour les aider à surmonter l’épreuve de la maladie et à se reconstruire physiquement et psychologiquement. Aujourd’hui, Ghada est devenue présidente des programmes de la femme à la Fondation égyptienne pour la lutte contre le cancer du sein. Elle ne cesse de participer aux campagnes de sensibilisation, de parler de son expérience et de tenir des discours encourageants.

Elle est devenue le modèle idéal de la femme battante. Elle a traduit un conte pour enfants intitulé Maman et la tumeur qui permet d’apprendre aux enfants la mauvaise nouvelle et de leur expliquer de façon simple la maladie. Elle est aussi l’auteure de la chanson Lessa Gamila (tu es toujours belle) qui a connu un grand succès : elle y exprime les sentiments d’une personne atteinte d’un cancer.

D’autres femmes ayant vécu le cancer tentent de préserver ce qui peut l’être. Elles ont créé une initiative visant à faire don d’une tresse de cheveux pour servir à la confection de perruques gratuites destinées aux femmes ayant perdu leur chevelure suite à la chimio. Imane Ibrahim, guérie d’un cancer du sein, raconte comment la perte de ses cheveux a été traumatisante. Pour elle, c’est une partie de sa féminité qui avait disparu. « J’étais nue comme un ver. La tête lisse, je n’avais plus ni cils ni sourcils », dit-elle, tout en ajoutant que son alopécie a beaucoup marqué sa fille Yasmine, étudiante à la faculté. Depuis, Yasmine est membre de l’Association égyptienne pour le soutien des malades du cancer.

Cette association est à la recherche de dons de cheveux pour aider les personnes atteintes du cancer. La quasi-totalité des patients qui suivent une chimiothérapie perdent leurs cheveux et choisissent d’investir dans une perruque pour garder une vie sociale relativement normale. Les perruques en cheveux naturels coûtent 5 000 L.E. Nombreuses sont les patientes qui ne peuvent pas se la permettre.

Pourtant, porter une perruque, c’est garder un peu de dignité dans ce traitement très lourd. « Quand, physiquement, vous faites face à cette perte d’identité, vous êtes plus forte pour faire la guerre à la maladie », insiste Imane. « Il s’agit de retrouver un dynamisme féminin pour faire face à ce qui nous entoure ! Nous sommes dans une société où notre image est le vecteur de tous les échanges, qu’ils soient familiaux ou professionnels. Si notre apparence physique est touchée, il est très difficile d’être à l’aise. Si l’on nous redonne confiance, on nous donne un moyen de nous protéger », affirme-t-elle.

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