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Droits des femmes : Les hommes appelés à se mobiliser

Dina Bakr, Lundi, 29 juin 2015

« He for She ». C’est la campagne de solidarité mondiale lancée par les Nations-Unies pour sensibiliser les hommes à la cause des femmes. L’objectif est d’atteindre un million de signatures pour l’égalité hommes-femmes. En Egypte, la détermination est solide pour assurer le succès de l’initiative.

Droits des femmes
Nabil Al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, est la première personnalité arabe à adhérer à la campagne He for She.

He for She (lui pour elle) est une campagne mon­diale parrainée par les Nations-Unies. Son but est de mobiliser les hommes du monde entier pour soutenir la cause de la femme. Ainsi, pour la première fois, une campagne s’adresse uni­quement aux hommes et vise à ras­sembler un million de signataires de sexe masculin pour dénoncer les transgressions aux droits de la femme dans la vie quotidienne. Sur le site de la campagne lancée par le programme des Nations-Unies pour la femme (UN Women), on peut lire : « L’égalité des sexes n’est pas une problématique exclusivement fémi­nine. C’est un droit humain qui nous concerne tous : les femmes et les filles, tout comme les hommes et les garçons … L’émancipation de la femme est un atout pour l’humanité tout entière. L’égalité des sexes allé­gera aussi bien les femmes que les hommes, des tâches sociales prédéfi­nies ainsi que des stéréotypes sexistes ». En effet, la discrimination et la violence à l’égard de la femme sont deux sujets majeurs qui ralentis­sent le développement de la société dans n’importe quel pays du monde.

Zap Sarwat, rappeur égyptien, vient d’adhérer à la campagne. Dans ses compositions comme « Mine Al-Sabab » (qui est le fautif ?), il aborde des sujets comme le harcèle­ment dont est victime la femme. « J’ai découvert qu’il existe des femmes battues et maltraitées aussi bien dans les milieux aisés que dans les classes défavorisées. Je trouve qu’il est inadmissible de mettre de côté un sujet aussi important. Ma mission en tant qu’artiste est d’en parler et de tenter d’y remédier. J’ai donc décidé d’écrire des textes sur ce sujet, mais avant de le faire, je me documente ». Sarwat pense qu’il a un message à transmettre car il rêve d’un meilleur avenir pour sa future femme et la fille qu’il souhaiterait avoir. Ce jeune artiste voit dans la campagne une lueur d’espoir, car elle permettra de mobiliser les hommes à l’égard des femmes, car ils sont souvent la cause de leurs souffrances.

Aujourd’hui, plus de 328 178 hommes à travers le monde ont adhé­ré à cette campagne. L’Egypte est le pays africain à avoir rassemblé le plus de signatures : 3 121 hommes ont manifesté leur soutien.

Sur heforshe.org, on trouve les détails de cette campagne. Des hommes, de profils différents, y apportent leur appui, espérant un changement concret sur le terrain. « Je cite différents domaines où la femme a besoin du soutien de l’homme. Nombreuses sont les femmes qui souffrent autour de moi. Des femmes qui subviennent aux besoins de leurs familles, en particu­lier les divorcées », écrit Hani Zahlane, ingénieur et membre de l’ONG Talaie Zayed pour le dévelop­pement durable. « En effet, la société prive la femme de beaucoup de droits. Et lorsque je déclare mon soutien à la femme ou la défend, on me critique pour être un féministe ! », poursuit Zahlane.

Cet activiste et défenseur des droits de la femme lutte aussi dans sa propre famille. « J’ai insisté pour que ma soeur continue à travailler après le mariage, car à part moi, personne n’allait la soutenir dans cette cause », explique Zahlane, qui exprime ses opinions sur le site de la campagne, dans le but de sensibiliser d’autres hommes. Sensibiliser le plus grand nombre de personnes pour adhérer à cette campagne, tel est l’objectif de l’équipe « He for She ».

Résoudre les difficultés

Droits des femmes
Au campus de l’Université du Caire, 65 % des étudiants et professeurs de sexe masculin assurent que la femme n’a pas obtenu tous ses droits.

« J’invite les pères, fils, frères et maris à soutenir l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie », souligne Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice exécutive et secrétaire générale adjointe des Nations-Unies. Selon elle, des projections révèlent qu’en 2020, 140 000 filles seront condamnées à faire des mariage for­cés et précoces. Et sans changement des conditions de vie de la femme, les efforts pour réaliser l’égalité dureront beaucoup plus longtemps. Par ailleurs, Maha Rateb, responsable de la communication à UN Women, considère que cette campagne cherche à résoudre les difficultés de la femme avec l’aide de l’homme, ce qui est déjà un point important pour mettre fin aux souffrances des femmes. « Ce qui nous intéresse pour le moment c’est d’attirer un large public de jeunes hommes et d’adultes ayant accès à Internet vers ce mouvement global de solidarité », explique Maha. Il est prévu d’organiser des événe­ments dans tous les gouvernorats d’Egypte afin d’atteindre les hommes illettrés, gagner leur sympathie et contribuer au développement de la femme. Une fois le million de signa­tures obtenues, les Nations-Unies envisagent d’autres étapes pour sensi­biliser les populations. « Rassembler un million de signatures n’est qu’un début. C’est un engagement moral de ma part, et qui doit être suivi d’actes concrets sur le terrain. J’ai voulu que mon nom figure parmi le million de signataires défenseurs des droits de la femme », explique Abdel-Sattar Ragheb. Il travaille sur le dossier du harcèlement sexuel et l’assistance juridique apportée aux femmes. Un avis partagé par Fathi Farid, porte-parole du mouvement « J’ai vu un harcèlement », qui vient aussi d’adhé­rer à cette campagne. « Souvent, on parle de violence à l’égard de la femme, on avance des chiffres et on montre des exemples de femmes vic­times de maltraitance sans rien faire pour les protéger », explique-t-il. Pour Farid, ce genre de campagne est tout à fait nouveau, et l’essentiel est que les hommes réagissent.

Poids des traditions

C’est d’ailleurs cette injustice dont est victime la femme qui a poussé ces hommes à soutenir cette campagne. Pourtant, nombreux sont les obs­tacles. « Le poids des traditions, le mariage précoce et l’excision ruinent parfois la vie des jeunes femmes et filles. Malheureusement, elles n’ont souvent pas le choix », déplore Einès Mekkawi, ambassadrice et chef du département de la femme, de la famille et de l’enfance à la Ligue arabe. Ainsi, des millions de femmes à travers le monde doivent lutter chaque jour pour modifier la donne. « Les pays ont compris que l’émanci­pation de la femme et le développe­ment sont étroitement liés. Le fait de porter atteinte aux droits de la femme a un impact négatif sur le progrès d’un pays et de son image », ajoute Mekkawi. Aujourd’hui, certains hommes pensent que la dignité mas­culine est aussi de soutenir la femme. Ahmad Sabry, traducteur, qui a adhé­ré à cette campagne, est prêt à tout pour soutenir la cause de la femme que ce soit dans son propre entourage ou plus largement dans la société.

Sur sa page Facebook, Karim Abdel-Latif, originaire du Fayoum et professeur de linguistique, invite sans relâche ses amis à rejoindre et soute­nir cette campagne. Sans pour autant se contenter de rassembler des signa­tures. « Il est indispensable de faire parler les hommes lors de rencontres ou de conférences pour débattre des difficultés de la condition féminine et trouver les moyens de remédier aux obstacles qui entravent l’égalité entre les deux sexes », affirme Abdel-Latif. Des politiciens ont également adhéré à cette campagne comme Nabil Al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, Sameh Choukri, ministre des Affaires étrangères, et Achraf Salmane, ministre de l’Investisse­ment, et autres. « Nombreuses sont les femmes qui souffrent d’injustice dans les pays arabes. Il faut modifier cer­taines lois, mais aussi travailler pour faire changer les mentalités qui entra­vent l’application des lois », affirme Al-Arabi.

Collecte de fonds

Parallèlement à cette campagne, une collecte de fonds est organisée pour soutenir les femmes marginali­sées dans différents pays. Ces dona­tions consistent en 10 dollars mini­mum pour aider à retrouver un emploi, financer des micro-projets existants et obtenir une carte nationale d’identité. Dans les universités, les campagnes vont bon train pour rejoindre He for She. UN Women et l’organisation Enactus viennent d’or­ganiser des conférences dans 30 uni­versités égyptiennes. « Les étudiants sont en mesure de sensibiliser leur entourage et leurs amis car ils sont nombreux et appartiennent à diffé­rentes classes sociales », explique Maha Rateb. Selon elle, puisque He for She est une campagne en ligne, cette catégorie est incontournable. Hicham Aboul-Magd, étudiant et porte–parole d’Enactus à l’Université du Caire, affirme que les 22 étudiants membres d’Enactus ont pris en charge cette campagne de sensibilisation. Ils ont mené des sondages sur Facebook pour se renseigner sur les formes d’in­justice que subissent les femmes et si elles sont victimes de violence dans notre société. Sur le campus, les jeunes organisent une série d’activités visant à convaincre leurs camarades à adhérer à cette campagne. « Avant d’entamer notre campagne de sensi­bilisation, nous avons effectué un sondage sur 600 individus (étudiants, professeurs, fonctionnaires). Les deux sexes ont réagi », avec le résultat sui­vant : 65 % des hommes considèrent que la femme a déjà obtenu ses droits, mais que, souvent, ils ne sont pas appliqués. Le groupe d’étudiants d’Enactus a aussi ouvert une page Facebook intitulée « Mafich Farq Beinhom » (pas de différence entre eux) pour identifier la cause de la discrimination contre la femme. La page a enregistré plus de 50 000 « Like ». « Il est temps de faire chan­ger les idées. La liberté ne doit plus être un droit absolu et un privilège réservé à l’homme », conclut Mohamad Assaad, responsable d’Enactus à l’Université du Caire.

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