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Covid-19 : En Chine, une flambée de cas à haut risque

Chérif Albert, Mercredi, 04 janvier 2023

La Chine est touchée par l’une des plus importantes vagues de contaminations au Covid-19. Les experts de la santé s’alarment.

Covid-19 : En Chine, une flambée de cas à haut risque
Les mutations du virus risquent de se multiplier dans ce vivier de 1,4 milliard d’habitants.

Une explosion en Chine de cas de Covid-19, au moment où le pays lève ses mesures « zéro Covid », pourrait créer un terreau potentiel pour l’émergence de nouveaux variants, préviennent plusieurs pays et experts. Début décembre, sur fond d’exaspération grandissante de la population, Pékin a mis fin sans préavis à la plupart des mesures sanitaires strictes de la politique « zéro Covid » qu’elle appliquait scrupuleusement depuis l’apparition des tout premiers cas de coronavirus à Wuhan il y a trois ans. Les quarantaines onéreuses sont supprimées, ainsi que les restrictions de voyage. Le virus est désormais libre de circuler en Chine, qui compte près d’un cinquième de la population mondiale, d’autant que la population chinoise reste peu vaccinée.

Chaque nouvelle infection augmente les chances que le virus ne mute, estime ainsi Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève. « Le fait que 1,4 milliard de personnes soient soudainement exposées au SARS-CoV-2 crée évidemment des conditions propices à l’émergence de variants », a-t-il dit. Bruno Lina, professeur de virologie à l’Université de Lyon en France a, quant à lui, déclaré au journal La Croix : « Vu l’intense circulation du virus, et donc le risque accru de mutations, un vivier potentiel de virus pourrait émerger de Chine ». Soumya Swaminathan, qui a été scientifique en chef de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) jusqu’en novembre, a aussi indiqué qu’une grande partie de la population chinoise était vulnérable. « Nous devons surveiller de près toute émergence de variants préoccupants », a-t-elle déclaré au site Web du journal Indian Express.

Le 25 décembre, la Chine a également annoncé qu’elle ne publierait plus de statistiques sur le Covid-19. Elles étaient très critiquées en raison de leur total décalage avec l’actuelle vague épidémique qui frappe le pays. Certains gouvernements locaux commencent toutefois à avancer des estimations de l’ampleur de l’épidémie. La semaine dernière, les autorités sanitaires du Zhejiang (est), au sud de Shanghai, ont jugé que le nombre de contaminations journalières dépassait désormais la barre du million dans cette province peuplée de 65 millions de personnes. Un demi-million d’habitants sont par ailleurs infectés quotidiennement à Qingdao (est), ville de 10 millions d’habitants, a estimé un responsable municipal cité par la presse officielle. Certains signes indiquent que les infrastructures restent sous pression, tandis que certains responsables régionaux de la santé ont prévenu que le pire était à venir.

D’après la société britannique de données sur la santé Airfinity, environ 9 000 personnes meurent chaque jour en Chine du Covid-19. Le nombre cumulé de décès en Chine depuis le 1er décembre a probablement atteint 100 000 avec des infections totalisant 18,6 millions, a déclaré Airfinity dans un communiqué.

Inflexibles sur leur volonté de désormais « vivre avec le virus », les autorités sanitaires ont aussi annoncé qu’elles mettront fin, le 8 janvier, aux quarantaines obligatoires à l’arrivée dans le pays, en dépit du rebond épidémique. Seul un test négatif de moins de 48 heures sera exigé pour entrer sur le territoire chinois, a indiqué dans une note la Commission de la Santé, qui fait office de ministère.


Plusieurs pays ont annoncé des restrictions pour les voyageurs en provenance de Chine

Absence d’informations

Face à l’importance de la vague de Covid-19 en Chine, c’est le monde entier qui s’inquiète. De plus en plus de pays imposent des contraintes aux voyageurs de retour de ce pays. Par précaution, les Etats-Unis, le Japon et plusieurs autres pays ont annoncé qu’ils exigeraient des tests négatifs des passagers en provenance de Chine. La Corée du Sud a pris, vendredi, une décision similaire, effective jusqu’en février 2023.

En dépit d’une recommandation d’une agence européenne pour la santé, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), jugeant « injustifié » un dépistage dans l’UE au vu du niveau d’immunité en Europe et de la présence des mêmes variants du Covid-19 qu’en Chine, un nombre de pays européens ont décidé d’imposer des contrôles aux passagers venant de Chine, après la levée par Pékin de restrictions anti-Covid. « En l’absence d’informations complètes venant de Chine, il est compréhensible que des pays prennent les mesures dont ils pensent qu’elles protègeront leur population », a estimé le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. L’OMS a annoncé, vendredi soir, avoir rencontré des responsables chinois pour évoquer la flambée épidémique. « L’OMS a de nouveau demandé le partage régulier de données spécifiques et en temps réel sur la situation épidémiologique, notamment davantage de données sur le séquençage génétique et sur l’impact de la maladie, y compris les hospitalisations, les admissions dans les unités de soins intensifs et les décès », a avancé l’agence sanitaire des Nations-Unies dans un communiqué. Elle a aussi réclamé des données sur les vaccinations effectuées et le statut vaccinal, en particulier chez les personnes vulnérables et les plus de 60 ans, a ajouté l’OMS.

« Le dépistage aux frontières n’a jamais empêché le virus de pénétrer. Le seul intérêt potentiel d’un dépistage systématique des voyageurs atterrissant en provenance de Chine serait d’analyser quel est le type de variant » qu’ils portent, a estimé Brigitte Autran, présidente du Comité français de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars). Pour Antoine Flahault, de l’Université de Genève, ces mesures pourraient être un moyen de contourner tout retard dans les informations venant de Pékin. « Si nous réussissons à échantillonner et à séquencer tous les virus identifiés chez tous les voyageurs en provenance de Chine, nous saurons presque aussitôt si de nouveaux variants émergent et se propagent » dans le pays, a expliqué Antoine Flahault.

« Soupe » de variants

Xu Wenbo, chef de l’Institut de contrôle des virus au Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, a assuré que les hôpitaux du pays collecteraient des échantillons provenant de patients et téléchargeraient les informations de séquençage dans une nouvelle base de données nationale, ce qui permettra aux autorités de surveiller les nouvelles souches en temps réel. Plus de 130 nouveaux sous-lignages du variant Omicron ont été détectés en Chine au cours des trois derniers mois, a-t-il déclaré la semaine dernière.

Parmi eux, XXB et BQ.1 et leurs propres sous-lignages, qui se sont propagés aux Etats-Unis et dans certaines parties de l’Europe ces derniers mois, alors qu’un essaim de sous-variants se disputaient la domination dans le monde entier.

Cependant, BA.5.2 et BF.7 restent les principales souches d’Omicron détectées en Chine, a déclaré Xu Wenbo, ajoutant que les différents sous-lignages vont probablement co-circuler. « Une soupe » de plus de 500 nouveaux sous-variants d’Omicron a été identifiée ces derniers mois, a rappelé Antoine Flahault. « Tous les variants, lorsqu’ils sont plus transmissibles que les variants dominants auparavant — tels que BQ.1, B2.75.2, XBB, CH.1 ou BF.7 — représentent définitivement des menaces, car ils peuvent provoquer de nouvelles vagues », a déclaré l’épidémiologiste. « Aujourd’hui, aucun de ces variants ne semble présenter de nouveaux risques particuliers de symptômes plus graves, mais cela pourrait être le cas de nouveaux variants dans un futur proche », a-t-il ajouté.

Séquençage génomique

« L’Union européenne devrait envisager d’intensifier immédiatement le séquençage génomique des infections au Covid-19 et la surveillance des eaux usées, y compris des aéroports, pour détecter toute nouvelle variante compte tenu de la flambée du virus en Chine », a déclaré la commissaire européenne en charge de la Santé, Stella Kyriakides. Kyriakides a conseillé d’évaluer les pratiques actuelles en matière de séquençage génomique du coronavirus « comme une étape immédiate », ajoutant qu’il était important de poursuivre ou de commencer la surveillance des eaux usées, y compris les eaux usées des principaux aéroports. De leur côté, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis envisagent d’échantillonner les eaux usées prélevées dans les avions internationaux pour suivre toute nouvelle variante émergente.

Une telle politique offrirait une meilleure solution pour suivre le virus et ralentir son entrée aux Etats-Unis que les nouvelles restrictions de voyage annoncées cette semaine par les Etats-Unis et d’autres pays, qui exigent des tests Covid négatifs obligatoires pour les voyageurs en provenance de Chine, ont déclaré des experts en maladies infectieuses.

L’analyse des eaux usées des avions fait partie des options envisagées pour ralentir l’introduction de nouvelles variantes aux Etats-Unis en provenance d’autres pays, a déclaré la porte-parole des CDC, Kristen Nordlund. « La précédente surveillance des eaux usées Covid-19 s’est révélée être un outil précieux, et la surveillance des eaux usées des avions pourrait potentiellement être une option », a-t-elle noté.

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