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La course au vaccin s’accélère

Al-Ahram Hebdo avec agences, Mardi, 18 août 2020

De Moscou à Washington, la course des grandes puissances pour trouver un vaccin au coronavirus s'accélère sur fond d'inquiétudes concernant une seconde vague de la pandémie dans de nombreux pays.

La course au vaccin s’accélère
Le vaccin mis au point par la Russie a été accueilli avec scepticisme. (Photo : AFP)

L’obtentiond’un vaccin reste l’un des principaux espoirs de la planète pour freiner la propagation de la maladie Covid-19, qui a tué plus de 760 000 vies dans le monde sur plus de 21 millions de cas recen­sés.

Quelques jours après l’annonce par le président russe, Vladimir Poutine, qu’un premier vaccin « assez efficace » avait été mis au point en Russie, Moscou a annoncé avoir produit les premières doses. Le « Spoutnik V » est cependant perçu avec scepticisme par le reste du monde. Son autorisation, après moins de deux mois d’essais cli­niques sur l’homme, a suscité les inquiétudes de la communauté scien­tifique, qui a déclaré qu’en l’absence de données complètes sur les essais, il serait difficile de faire confiance au vaccin.

Le fonds souverain russe impliqué dans le développement du vaccin a affirmé que le début de la production industrielle est prévu en septembre et que plus d’un milliard de doses avaient été précommandées par 20 pays étrangers. Jusqu’ici, la Russie n’a pas publié d’étude détaillée per­mettant de vérifier indépendamment ses résultats.

« Normalement, il faut qu’un grand nombre de personnes soient testées avant d’approuver un vac­cin », a dit Peter Kremsner, expert de l’hôpital universitaire de Tuebingen en Allemagne.

Pour Keith Neal, spécialiste de l’épidémiologie des maladies infec­tieuses à l’université britannique de Nottingham, « il est impossible de savoir si le vaccin russe est efficace sans la publication des documents scientifiques à analyser ».

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a de son côté rappelé que la « préqualification » et l’ho­mologation d’un vaccin passaient par des procédures « rigoureuses ».

Tandis que la Russie se félicite de son vaccin, plusieurs laboratoires à travers le monde sont en train de mener des essais pour un potentiel vaccin anti-Covid-19. Plusieurs de ces fabricants espèrent démontrer l’efficacité et la sûreté de leurs vac­cins d’ici la fin de l’année.

Sur la centaine de candidats vac­cins actuellement en cours de déve­loppement à travers le monde, au moins quatre en sont au dernier stade des essais, selon des données de l’OMS. Le candidat vaccin chinois mis au point par le laboratoire Sinovac Biotech, appelé Coronavac, fait partie des rares vaccins à être dans cette phase, la dernière étape des essais cliniques avant l’homolo­gation. Jusqu’ici, aucun vaccin expé­rimental n’a prouvé son efficacité contre le coronavirus dans des essais cliniques aboutis, néanmoins 5,7 mil­liards de doses ont déjà été préache­tées dans le monde.

Expérimentations dangereuses

Aux Etats-Unis, l’Institut national des allergies et des maladies infec­tieuses (NIAID), dirigé par le docteur Anthony Fauci, a déclaré avoir « commencé un projet de fabrication d’une souche qui pourrait être utili­sée pour développer un modèle d’in­fection expérimentale humaine, si nécessaire ».

Dans un essai clinique normal, des volontaires reçoivent un vaccin expérimental ou un placebo, et sont suivis pendant des mois ou des années afin de voir s’ils sont conta­minés naturellement par le virus en circulation. Mais comme cela prend du temps, des experts proposent depuis le début de la pandémie de Covid-19 une voie plus rapide, déjà utilisée pour la grippe, le paludisme, la fièvre typhoïde, la dengue et le choléra : injecter le vaccin expéri­mental, puis le coronavirus. Or, contrairement aux maladies ci-des­sus, les médecins savent encore peu traiter les malades du Covid-19, ce qui rend ces expérimentations dan­gereuses. David Diemert, directeur de l’unité menant les essais vacci­naux à l’Université George Washington, a dit être opposé à ce type d’expérimentations pour le Covid-19. « Nos connaissances sont limitées », dit le médecin. « Nous n’avons pas de traitement garantis­sant qu’on pourra guérir quelqu’un qui tomberait gravement malade ».

Aucune décision ne devrait être prise à cet égard avant la fin de l’an­née, date où les résultats des essais cliniques de dernière phase pour trois projets avancés de vaccins contre le coronavirus (AstraZeneca, Moderna, Pfizer) devraient être connus.

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