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Douteuses prévisions officielles

Marwa Hussein, Mardi, 20 novembre 2012

Le premier ministre a présenté son rapport sur la performance du gouvernement actuel et ses plans d’avenir. Les économistes se montrent sceptiques sur sa crédibilité.

Rapport
Hicham Qandil lors de la présentation du rapport du gouvernement en présence du président. (Photo: Reuters)

Pour l’année fiscale en cours, le gouvernement prévoit un taux de croissance entre 3,5 et 4 % des investissements publics et privés de 167 milliards de L.E. ainsi que la création de 700 000 nouveaux emplois. Ce sont les chiffres du premier ministre Hicham Qandil, annoncés dans son premier rapport du gouvernement divulgué le 13 novembre. Des chiffres qui peinent à convaincre, bien que le gouvernement ait revu à la baisse le taux de croissance qu’il estimait entre 4 et 4,5 %.

Les chiffres du gouvernement dépassent largement les autres estimations. Ainsi, dix économistes interrogés par l’agence Reuters en septembre prévoyaient que la croissance ne serait que de 2,7 %, pour l’exercice qui se termine le 30 juin 2013, avec un taux qui s’élève à 4 % l’année suivante. Le Fonds monétaire international prévoit, pour sa part, un taux de croissance de 2 % en 2012, qui passerait à 3 % en 2013.

Les doutes sur le taux de croissance mettent immédiatement en cause la crédibilité des chiffres du chômage. Ainsi, certains estiment que la prévision du nombre d’emplois créés est exagérée, même si les projections optimistes de croissance s’avéreraient réalistes. « La prétention du gouvernement de pouvoir créer 700 000 emplois lors de l’exercice 2012/2013 est discutable. Avec un taux de croissance de 4 % et la régression du tourisme, il n’est pas possible de créer tous ces emplois. Dans les années où la croissance était à son comble, le nombre d’emplois créés n’a jamais dépassé les 400 000 », déclare Ibrahim Awad, professeur de politiques publiques à l’Université américaine du Caire.

« Un tel chiffre nécessite un taux de croissance économique supérieur à 6 %, ce qui est bien au-dessus du taux prévu par le gouvernement », renchérit Mohamad Abou-Bacha, économiste à la banque d’investissement EFG-Hermes.

Pour ce dernier, les prévisions de la hausse des réserves égyptiennes en devises à quelque 25 milliards de dollars en juin 2013, contre seulement 15,5 milliards de dollars en octobre 2012, ne sont pas réalistes. « Le pays aura des besoins financiers de 5 à 6 milliards de dollars au cours des 6 prochains mois. Pour parvenir au chiffre mentionné par le gouvernement, nous avons besoin d’un flux de 10 à 12 milliards de L.E. au cours de la même période, ce que, je pense, est trop optimiste », ajoute Abou-Bacha. Le chiffre le plus réaliste annoncé par le premier ministre semble être celui du déficit budgétaire prévu à 10,7 % du PIB.

Concernant les autres chiffres, Qandil a fait beaucoup de promesses sans donner de détails sur les mesures que son gouvernement allait prendre pour arriver à ses fins. « Nous tenons à ce que le développement économique et la justice sociale soient les deux faces d’une même monnaie. La théorie des retombées que les gouvernements précédents ont utilisée n’est pas suffisante, et le gouvernement actuel a décidé d’abandonner cette approche », a-t-il affirmé, en ajoutant que la justice sociale est au sommet de ses priorités. Avant de poursuivre, satisfait : « Le gouvernement travaille principalement pour soutenir l’éducation, la santé et le logement populaire, et travaille de façon décentralisée, afin d’assurer des résultats rapides ».

Rien de précis

Mais « le programme annoncé porte essentiellement sur des stratégies générales et n’a pas donné les détails que nous recherchions. Le gouvernement n’a fourni que des projections globales pour le déficit budgétaire, il n’a pas donné de détails sur les économies potentielles et le temps de mise en oeuvre des mesures décrites dans le programme. En outre, un certain nombre de mesures fiscales à prendre n’ont pas été mentionnées dans le programme », estime Abou-Bacha.

Qandil a mis l’accent sur les subventions qui font la une de la presse économique ces derniers temps. Il s’est contenté de critiquer le système de subventions actuel, affirmant qu’elles ne parviennent pas aux plus pauvres et ne participent donc pas à réduire la pauvreté, tout en proposant leur versement en espèces. Des propos qui ont été ressassés par les différents gouvernements Moubarak ... sans beaucoup d’efficacité.

« Je comprends qu’il est difficile de trouver des ressources, car le budget de l’Egypte est coincé entre les subventions, le service de la dette et les salaires qui absorbent les trois quarts des dépenses publiques. Mais se concentrer sur les subventions — comme si les couper permettrait de résoudre les autres problèmes — n’est pas adéquat. Les subventions sont la conséquence d’un autre problème, celui des bas salaires », estime Ibrahim Awad. Il ajoute que cela fait plus d’un mois que le gouvernement affirme qu’il va couper les subventions, sans appliquer la mesure de peur des conséquences.

« Les décisions économiques sont au fond des décisions politiques. Le choix entre accroître le budget de l’éducation ou construire une route vers la Côte-Nord est politique. Il faut avant tout que le gouvernement crée un consensus sur le chemin à suivre pour y parvenir », conclut Awad, pour qui le rapport du gouvernement n’est pas à la hauteur des attentes. « Je ne pense pas que beaucoup de monde ait pris ce rapport au sérieux », confie-t-il.

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