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Secteur bancaire : Un rôle en régression

Dahlia Réda, Mercredi, 15 octobre 2014

La faiblesse des dépôts bancaires et le ralentissement de l'industrie empêchent les banques d'assumer leur rôle dans le financement du secteur privé, et donc d'encourager la croissance.

Secteur banquaire
Les banques privées évitent de financer les PME afin de réduire les dettes insolvables.

Le secteur bancaire en Egypte a du mal à assumer son rôle dans la stimula­tion de la croissance et peine à octroyer des crédits pour financer les projets d’entreprises. La faiblesse de l’environnement des affaires constitue le coeur du pro­blème. Les banques refusent l’octroi de crédits pour éviter les risques et les pertes. Les PME ne constituent pas le pari gagnant, alors que les grandes entités ont des difficultés à rembourser leurs créances bancaires.

39 banques opèrent actuellement sur le marché égyptien. Elles ont pu faire face à la fuite des capitaux et à la dévaluation de la monnaie natio­nale depuis la révolution du 25 jan­vier 2011, mais ont échoué à octroyer les crédits demandés par différentes sociétés ces 3 dernières années. Une réalité qui a paralysé des milliers de projets industriels, aggravant ainsi la crise de l’emploi que traverse l’Egypte.

« Quand les banques financent les projets, surtout ceux des Petites et Moyennes Entreprises (PME), cela permet la relance de l’économie. Or, la grande majorité des banques, surtout avec l’instabilité du pays depuis 2011, évite l’octroi de crédits, afin de réduire ou éviter les risques d’accumuler des dettes insol­vables », explique Amr Al-Chafeï, chef du département des crédits aux sociétés de la banque Barclays Egypt, et directeur régional des départements des crédits au Kenya et en Tanzanie. Il ajoute: « Ce phé­nomène a donc entravé la crois­sance économique ».

Angus Blair, président de l’Institut Signet, spécialisé dans les recherches sur l’investissement dans les pays du monde arabe, partage cette idée. Il explique que les banques présentes sur le marché égyptien préfèrent octroyer des crédits aux grandes sociétés. « Elles considèrent ce type de crédit— celui destiné aux grandes entreprises— comme un moyen de financement sûr. L’enregistrement des grandes entités en Bourse leur présente une garan­tie. Car toute entreprise cotée en Bourse est obligée d’obéir aux régu­lations du marché financier et de publier ses résultats. Les entreprises enregistrées en Bourse jouissent également d’une certaine capacité financière, si on les compare aux PME », souligne Blair.

Il ajoute que « la négligence, ainsi que la crainte d’octroyer des crédits aux petites entreprises— considé­rées comme le moteur de la crois­sance avec 80% de l’activité écono­mique— ont vraiment fait perdre à l’économie égyptienne l’opportunité de croître, conduisant à des taux très élevés de chômage ainsi qu’à une inflation ».

« Pas suffisant »

Si les banques privées s’abstien­nent de financer les PME, les banques publiques, obligées par le gouvernement, se chargent de la tâche. « La marge de profit minime résultant du financement des PME est la raison du refus des banques privées de s’adresser aux petites et aux moyennes entreprises », explique Magda Qandil, ex-prési­dente exécutive du Centre égyptien des études économiques.

C’est ainsi que les trois banques publiques Misr, Ahli et Le Caire encouragent les PME, dans le cadre d’une stratégie gouvernementale visant à attirer ces entités à rejoindre le secteur formel.

« Cela n’est toutefois pas suffi­sant », poursuit-elle.

Cette initiative, pour aboutir à des résultats plus concrets, selon Qandil, doit se traduire par une tentative gouvernementale visant à redistri­buer le financement bancaire de manière équitable, dans le but de relancer les PME, vrai moteur de croissance au cours de la prochaine période.

Les banques privées se félicitent d’avoir fourni les crédits nécessaires aux grandes entités industrielles, mais une étude de la Banque mon­diale sur l’octroi des crédits en Egypte dévoile la faiblesse du taux de crédits octroyés aux nouveaux investissements.

« Les crédits accordés par les banques en 2013 n’ont pas dépassé 3,5% du total des emprunts ban­caires au cours de l’année, contre une moyenne de 12,8% dans les autres pays du monde arabe », fait savoir le rapport.

Plusieurs facteurs empêchent les banques de multiplier les crédits en faveur du secteur privé. Car en réa­lité, les banques préfèrent investir une grande partie de leur portefeuille dans les bons du trésor, qui garantis­sent une rentabilité sûre, loin des risques liés à l’octroi des crédits. De plus, le volume des comptes ban­caires ne représente que 10% du total de la population, ce qui affecte les liquidités disponibles dans l’oc­troi des prêts.

L’amélioration du climat des affaires est donc le seul moyen de sortir des difficultés actuelle liées à la croissance. Cela permettra de multiplier les dépôts bancaires, ce qui fournira des liquidités aux banques, qui pourront à leur tour financer les projets d’entreprises.

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