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Centamin rappelée à l’ordre

Marwa Hussein, Mercredi, 07 novembre 2012

La justice égyptienne a jugé illégale l’exploitation de la mine d’or d’Al-Sukari par Centamin, provoquant une chute de 35 % de la société australienne en Bourse de Londres. Une bataille juridique sur allégations de corruption s’est engagée.

sukari
Le travail dans la mine d'Al-Sukari continue malgré le verdict.

Le gouvernement égyptien l’a dit ouvertement. Il soutiendra sans coup férir la société Centamin qui effectue des travaux d’exploitation au sein de la mine d’or d’Al-Sukari. La Cour administrative avait, le 30 octobre, jugé illégal le droit d’exploitation concédé à la société sur le site d’Al-Sukari, situé dans le désert oriental à 25 km de la mer Rouge. Le gouvernement égyptien avait conclu un accord avec Centamin, donnant à cette dernière le droit d’exploiter la mine. Le gouvernement et la société ont décidé de faire appel du jugement.
L’action de Centamin a chuté de 35 % à la Bourse de Londres après l’annonce du verdict, ce qui a poussé la direction de la Bourse à suspendre toute transaction sur l’action pendant deux jours. Cependant, l’action s’est rétablie à la reprise des échanges grâce au soutien annoncé du gouvernement égyptien à Centamin.
Le verdict n’annule pas le contrat conclu entre Centamin et le gouvernement égyptien. La société continuera donc à opérer sur le site mais uniquement sur les 3 km2 pour lesquels l’ancien ministre de l’Industrie, Ali Al-Saïdi, avait donné son accord. (voir encadré).
Le verdict ne satisfait évidemment ni la société Centamin, ni l’Autorité égyptienne des ressources minérales (EMRA) qui représente le gouvernement. « Nous avons engagé un recours devant la Haute Cour. Celle-ci devrait émettre un verdict au mois de novembre, au plus tard en décembre », déclare à l’Hebdo Seifeddine Ahmad Hassan, directeur du département juridique de l’Autorité des ressources minérales. Selon lui, le contrat conclu avec la société Centamin fait office de loi. C’est d’ailleurs pour cette raison que le verdict de la cour n’a pas annulé le contrat mais s’est opposé aux modalités d’application, d’où la limitation du champ d’exploitation aux 3 km2 fixés par Ali Al-Saïdi.
L’Autorité des ressources minérales aussi bien que Centamin assurent que la société a le droit de poursuivre les travaux d’exploitation jusqu’à ce qu’un verdict final soit émis. « Nous avons le droit de continuer l’exploitation minière pendant que les procédures d’appel sont en cours », affirme Centamin sur son site Internet.
Hamdi Al-Fakharani, député du Parlement dissous, qui a intenté le procès contre Centamin, voit les choses autrement. « Les verdicts de la Cour administrative doivent être mis en application même en cas d’appel. Je vais rencontrer les responsables et voir comment mettre à exécution le verdict. Sinon je vais poursuivre en justice tous ceux qui ne respectent pas le verdict », assure Al-Fakharani.
Au centre d’une controverse
Depuis des années, la mine d’Al-Sukari est au centre d’une grande controverse. Un ancien président de l’Autorité des ressources minérales a été condamné à la prison à cause du contrat signé avec Centamin. Les rumeurs autour de cette mine sont innombrables allant jusqu’à accuser les responsables de Centamin de contrebande de l’or extrait de la mine, mais rien de tout cela n’a été prouvé.
Un rapport de l’Organisme central des comptes qui date de 2005, divulgué par la presse en mars dernier, fait état de contraventions et d’irrégularités dans le contrat initial. Un comité formé de 22 députés du Parlement dissous s’est rendu à la montagne d’Al-Sukari pour étudier sur place le problème. Le rapport du comité fait état de « quelques lacunes » dans le système de surveillance de l’or extrait et préconise que la surveillance des quantités d’or produites soit confiée à un spécialiste et non à un simple fonctionnaire, comme c’est le cas. « L’accord de partenariat entre le gouvernement égyptien et l’entreprise australienne renferme des articles qui désavantagent le pays, l’empêchant de tirer pleinement profit de ses richesses minières », estime le comité dans son rapport. « Nous devons respecter les accords conclus. Ce qui se passe va affecter l’économie et provoquer la fuite des investissements étrangers », insiste, pour sa part, un responsable de l’Autorité des ressources minérales. En fait, ce n’est pas la première fois qu’un tel incident survient. La justice a déjà annulé plusieurs contrats d’investisseurs étrangers ayant obtenu des terrains du gouvernement ou acheté des sociétés privatisées à travers des transactions que les juges ont jugées non transparentes. Al-Fakharani était le protagoniste de plusieurs de ces procès. « On utilise l’épouvantail des investissements étrangers pour maintenir la corruption. De quelle sorte d’investissement avons-nous besoin ? L’investissement accompagné de corruption chasse les investisseurs sérieux », estime-t-il .
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