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« Si l’Egypte n’annonce pas de plan économique clair, le lancement des soukouk sera un fiasco »

Propos recueillis par Dahlia Réda , Mardi, 30 octobre 2012

3 questions à Alia Al-Moubayed, directrice des recherches à la banque britannique Barclays.

Al-Ahram Hebdo: Quels changements prendront place dans la structure du secteur bancaire suite à l’introduction des outils de financement islamiques ?

Alia Al-Moubayed : Le gouverneur de la Banque centrale d’Egypte, Farouq Al-Oqda, a déclaré que la structure du marché ne subirait pas de changement majeur. C’est aussi à quoi je pense. Prenez l’exemple d’autres économies de pays islamiques, comme l’Arabie saoudite ou même la Malaisie : ces économies fonctionnent avec les 2 systèmes bancaires en parallèle.

Le nouveau régime politique islamique soutient fortement le lancement des soukouk, qui n’a jamais pu voir le jour pendant l’ère Moubarak. Le gouvernement s’entretient aussi avec les autres courants politiques dans le but d’élaborer les nouvelles lois organisant le lancement et la diffusion de ces produits bancaires islamiques.

Les soukouk sont-ils faits pour remplacer les bons du Trésor et les obligations gouvernementales ?

— Les nouveaux produits islamiques ne seront en aucun cas un remplacement des bons du Trésor. Leur lancement sur le marché est une diversification des moyens de financement pour les créanciers qui veulent investir dans ce genre de financement. Dans les pays émergents où ils ont déjà été mis sur le marché, ils ont démontré leur utilité et leur importance. Ils peuvent être un excellent outil financier pour l’Egypte et son économie.Ils sont également utilisés comme un moyen, parmi d’autres, de gestion des dettes publiques et de développement économique.

Les soukouk peuvent-ils devenir une alternative aux prêts du FMI ?

— Ils ne seront incontestablement pas une alternative aux prêts du FMI. Leur lancement sur le marché donnera lieu à une notation de la part des institutions internationales. Ces dernières évalueront les risques auxquels sera confrontée l’économie du pays émetteur des soukouk. Si ce pays n’a pas les stratégies adaptées ou si ses décisions en matière de politique économique manquent de clarté, la note sera faible et, par conséquent, leurs soukouk courent le risque de ne pas être fortement demandés. Si l’Egypte n’annonce pas de plan clair concernant ses stratégies économiques — et notamment comment elle compte réduire son déficit budgétaire et quelle est, en détail, sa capacité à rembourser ses dettes, ces stratégies ne seront pas validées par la communauté internationale. Et le lancement des soukouk sera alors un fiasco.

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