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Unanimité sur les soukouk

Dahlia Réda , Mardi, 30 octobre 2012

Un projet de loi sur les soukouk est prévu pour début 2013. Parrainé par les partis Liberté et justice et Al-Nour, il semble faire consensus dans les milieux économiques pour affronter la crise.

Finance Islamique
Les non-islamistes sont aussi pour l'introduction des soukouk afin de diversifier les produits financiers sur le marché. (Photo: Ahmad Abdel-Razeq)

Les soukouk comme solution à la crise ? C’est en tout cas ce qu’estime Hussein Hamed, président du Conseil de supervision du Sharia Ridge Islamic Capital : « Les soukouksont considérés comme le moyen de financement le plus favorable pour les pays en développement ». Selon lui, les soukouk avec leurs 27 genres représentent un moyen de financement islamique extérieur au budget de l’Etat. Il s’agit, en effet, d’un mode de financement privé.

Les soukouk sont des certificats d’investissement conformes à la charia. Le Coran interdit, en effet, le prêt à intérêt (riba). Le processus des soukouk est simple. Une banque achète un bien et le revend immédiatement à un prix majoré à son client. Celui-ci rembourse alors à la banque en plusieurs échéances établies auparavant. Il n’y a donc pas d’intérêts sur l’argent mais une simple majoration du prix du bien ou d’une part de bien.

Les soukouk ont donc l’avantage d’être une forme de financement qui profite aussi à des projets de développements, notamment dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie ou de l’immobilier.

L’arrivée de Mohamad Morsi au pouvoir a relancé l’idée de lancement de ces produits islamiques, demandés depuis longtemps par une importante partie de la population. Le parti salafiste Al-Nour avait déjà conçu un projet de loi sur les soukouk lors de la révolution, un an et demi avant l’élection présidentielle. Ce projet a convaincu le Parti Liberté et justice qui souhaite désormais le promouvoir en respectant un consensus social.

Accélérer le processus

Beaucoup de financiers veulent maintenant faire accélérer les choses en vue d’une adoption rapide de ce texte. « Son adoption ne doit pas attendre la formation d’un nouveau Parlement. Il faut que le président Mohamad Morsi, qui possède un pouvoir de législation, l’adopte sans délai », estime Mohamad Al-Béltagui, PDG de l’Association égyptienne des financements islamiques.

La tendance sur les produits islamiques, déjà répandus partout dans le monde, a incité le gouvernement à mettre les bouchées doubles pour rendre un premier projet de loi sur les soukouk en décembre prochain. Sami Khalaf, conseiller du ministre des Finances, a annoncé la contribution d’experts qualifiés en finance islamique, et notamment de Hussein Hamed et de Nazmi Yaacoub, qui ont déjà participé à ce genre de projet de loi en Turquie et en Malaisie.

Pour Hussein Hamed, le gouvernement aurait tort de renoncer aux soukouk. Selon lui, ils représentent le seul moyen de réduire le déficit budgétaire qui a atteint 155 milliards de L.E., soit environ 26 milliards de dollars. « Le gouvernement n’aura plus besoin de réduire les subventions dans le budget pour combler le déficit », estime-t-il. Hamed ajoute que l’avantage de ces produits est qu’ils fournissent le financement nécessaire au gouvernement tout en garantissant un taux d’intérêt variable, conformément à la charia.

Les 27 genres des soukouk garantiraient donc au gouvernement l’octroi de crédits, tout en assurant que ce financement sera investi directement dans des projets de développement. « Ils ne représenteront pas de fardeau, car l’Etat n’aura à payer de dividendes qu’après la réalisation des différents projets créés par les soukouk. L’Etat pourra donc verser ces dividendes en utilisant les bénéfices de ces projets », poursuit Hamed. Nazmi Yaacoub croit par ailleurs savoir que le gouvernement pourrait lancer des soukouk pour un montant variant entre 4 et 6 milliards de dollars.

Un marché à conquérir

Ayman Farouq, membre du comité économique du parti Al-Nour, estime aussi que l’Egypte attend ce produit depuis trop longtemps. Aujourd’hui, selon Farouq, seuls 17 % des ménages déposent leur argent en banques. L’épargne des 83 % restants attendrait, estime le salafiste, l’introduction sur le marché de produits islamiques avant d’être déposée en banque. Pour Farouq, seule la charia permettra de convaincre cette immense majorité de la population à avoir confiance dans les banques. « Nous travaillons avec le Parti Liberté et justice, afin d’élaborer une loi cohérente et efficace pour attirer le plus possible d’investissements étrangers », précise-t-il.

Ahmad Al-Naggar, PDG de l’Association égyptienne des financements islamiques et membre du Parti Liberté et justice, partage la même idée. Il souligne que le taux d’investissement — qui atteint actuellement 15 % — est très faible et doit dépasser les 20 % pour assurer un taux de croissance de 7 % par an. « Ces nouveaux produits permettront de faire ressentir aux différentes catégories du peuple les fruits directs de la croissance. Pour réaliser cet objectif, ce projet doit être accompagné d’une hausse sans précédente du taux d’épargne qui s’élève actuellement à 11 %. Cette hausse du taux d’épargne ne pourra être réalisée qu’en convaincant une grande partie des 83% de l’intérêt d’ouvrir un compte pour investir », estime Al-Naggar.

Il ajoute que la demande internationale sur les soukouk croît de manière remarquable. Le taux de croissance de ces soukouk atteint, dans le monde, plus de 15 % par an. Les actifs investis dans ces soukouk représentent plus de 1 800 milliards de dollars. La part de l’Egypte n’est que d’un milliard de dollars pour l’instant. « Il faut accroître cette part pour assurer à l’Egypte une croissance durable », poursuit Al-Naggar.

Il note que le montant total investi dans ces soukouk a atteint cette année 110 milliards de dollars. « La demande internationale s’accroît sur ces produits, pourquoi l’Egypte reste-t-elle hors du jeu ? », se demande Al-Naggar, qui cite les estimations du Parti Liberté et justice qui prévoient, en cas d’adoption du projet de loi, des investissements de 10 milliards de L.E. de la part des grandes banques d’investissement internationales comme HSBC, City Group et plusieurs banques du Golfe.

Autorité de la charia

Mohamad Al-Béltagui insiste, quant à lui, sur la création d’une autorité de la charia qui aura pour tâche de contrôler et de superviser le lancement et la légitimité des soukouk. « Cette autorité aura à superviser la légitimité des soukouk qui seront émis par des banques commerciales ou islamiques », explique-t-il. Des démarches qui devront se faire en coopération avec la supervision de l’autorité des marchés financiers qui régulera les échanges de soukouk sur les marchés.

Alia Al-Moubayed, directrice de recherches auprès de la banque britannique Barclays, assure pour sa part que la loi ne visera pas à interdire le système bancaire traditionnel et que les deux modes de finances peuvent cohabiter, comme c’est le cas dans plusieurs pays (voir encadré). « Les banques traditionnelles auront le droit d’émettre des soukouk islamiques, mais l’important est qu’elles seront supervisées par les autorités de la charia internes à chaque banque ainsi que par la haute autorité de la charia », explique-t-elle. Le fonctionnement des deux types de banques sera donc parallèle. Le lancement des soukouk ne devrait que diversifier les produits lancés sur le marché.

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