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Salaire minimum, le secteur privé aussi

Amani Gamal El Din , Mercredi, 17 avril 2024

Le gouvernement a décidé d’augmenter le salaire minimum dans le secteur privé à 6 000 L.E. Les entreprises ne respectant pas la décision sont passibles d’amendes. Explications.

Salaire minimum, le secteur privé aussi
Les entreprises des secteurs technologiques ont commencé à appliquer l’augmentation du salaire minimum.

Un nouveau contrat social entre le gouvernement et le secteur privé centré sur le bien-être des fonctionnaires commence à se dessiner au moment où l’Egypte vise à faire de celui-ci le moteur de son économie, conformément à la Vision 2030. A partir du 1er mai, une nouvelle augmentation du salaire minimum de 3 500 à 6 000 L.E. entrera en vigueur pour les employés du secteur privé. Certaines réactions positives commencent à se faire entendre. « Un certain nombre d’entreprises ont déjà commencé à mettre en oeuvre la décision, notamment dans les secteurs technologiques, considérés comme ayant le plus fort potentiel d’exportation de leurs produits. Cependant, pour d’autres secteurs à forte intensité de main-d’oeuvre tels que le textile et l’agriculture, cette augmentation ne pourra pas être appliquée immédiatement », a déclaré à l’Hebdo Alaa Al-Sakti, membre du Conseil national des salaires et président de l’Association des investisseurs des petites et moyennes entreprises.

Le Conseil national des salaires, initialement créé pour étudier les besoins des entreprises privées et de leurs employés, a invité le secteur privé, le 7 avril, à augmenter le salaire minimum de ses employés de 3 500 à 6 000 L.E., soit une hausse de 71 %. Cette augmentation est la plus significative par rapport aux cinq précédentes augmentations salariales du secteur (voir tableau). La décision, prise lors d’une réunion du Haut Conseil des salaires présidée par la ministre de la Planification et du Développement économique, Hala Al Saïd, est le fruit d’un accord entre le gouvernement et les acteurs du secteur privé, incluant les représentants des syndicats du travail, l’Union des industries égyptiennes, les Chambres de commerce et l’Union des investisseurs. Al Saïd a souligné que l’augmentation du salaire minimum s’inscrit dans le cadre de l’engagement de l’Etat à maintenir l’équilibre nécessaire entre les fonctionnaires et les entrepreneurs, notamment à la lumière des nouvelles données économiques internes et externes. « Le gouvernement souhaite non seulement préserver les droits des employés mais également garantir la stabilité des entités opérationnelles », a-t-elle ajouté.

Ces augmentations sont accompagnées également de hausses de salaires pour les employés du secteur public, dont un salaire minimum de 6 000 L.E. en mars dernier, dans le cadre d’un soutien apporté à la protection sociale et ayant coûté à l’Etat 180 milliards de L.E. Cependant, ces hausses interviennent dans une période délicate pour l’économie égyptienne après des mois d’accélération de l’inflation, atteignant 33,3 % du PIB en mars, entraînant une hausse des prix qui a mis sous pression les entreprises et les ménages. Selon Magdi Al-Badawi, vice-président de l’Union des travailleurs d’Egypte et membre du Haut Conseil des salaires, cette décision prise dans ce contexte montre au secteur privé que la sécurité de l’emploi est primordiale.

Mécanismes d’application

Les détails de la nouvelle grille salariale ont été annoncés dans le communiqué de presse d’Al Saïd. Il est précisé que les cotisations destinées aux assurances sociales seront déduites des 6 000 L.E. et que la décision ne s’appliquera pas aux micro-entreprises employant moins de 10 salariés. Al-Sakti a clarifié ce point en précisant que « les assurances sociales et tous les avantages financiers annuels, tels que les bonus octroyés par les chefs d’entreprise aux employés, seront déduits des 6 000 L.E. Par conséquent, la charge supplémentaire pour les chefs d’entreprise n’est pas significative et s’élève à moins de 71 % ». Les entreprises faisant face à des difficultés économiques les empêchant d’appliquer les augmentations peuvent déposer des plaintes auprès des Unions des industries dans un délai de trois mois.

En ce qui concerne les procédures de suivi, le ministre du Travail, Hassan Shéhata, a affirmé qu’un guide sera envoyé aux municipalités des gouvernorats après l’entrée en vigueur de la décision, renfermant les détails de son application et de son suivi. Les entreprises ne respectant pas la décision seraient passibles d’une amende allant de 100 à 500 L.E. par employé, une amende qui pourrait augmenter en cas de non-respect persistant. Al-Badawi explique qu’en plus des inspections, un autre mécanisme gouvernemental de soutien est disponible : le fonds d’urgence du ministère du Travail, qui prendrait en charge les salaires des employés des entreprises en difficulté financière pendant six mois, le temps que l’entreprise puisse régler ses problèmes.

En effet, le secteur privé égyptien reste globalement sous pression. L’indice des directeurs d’achat de S&P Global pour le mois de février, bien qu’en légère hausse, reste en zone contractuelle en-dessous de 50 points, à 47,6 points. « Il faudra un certain temps pour que le marché s’adapte après la libéralisation des taux de change afin que les entreprises puissent réajuster leur situation financière », a expliqué à l’Hebdo Mostapaha Al-Sayed, cofondateur d’une entreprise de conseil. Il ajoute que « le coût de ces hausses pourrait peser lourdement dans les conditions actuelles. Les cotisations pour les assurances sociales s’élèvent à 29,75 %. Les employés paient 11 % et les entreprises environ 18 %, alors que le taux de change du dollar est passé de 30 à 47 L.E. ».

Un autre aspect lié aux procédures de dépôt des plaintes a été mis en évidence. « Il est nécessaire d’avoir davantage de transparence et de précision concernant les procédures de dépôt des plaintes : quelles entreprises ont le droit de le faire et quels documents sont requis », souligne Mahmoud Saïd, investisseur et homme d’affaires. Il suggère par exemple d’exempter temporairement certaines entreprises exposées aux risques découlant du taux de change des augmentations salariales pour une période de six mois à un an. A long terme, il est essentiel de communiquer les politiques publiques aux investisseurs. « En tant qu’investisseur, j’ai besoin d’informations sur les politiques fiscales pour les cinq prochaines années. Il faut une feuille de route claire. Je dois savoir si la TVA augmentera ou non et quelles seront les solutions en cas de problème avec le taux de change à moyen terme », conclut Saïd.

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