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La croissance subit les effets de la conjoncture régionale

Marwa Hussein , Mercredi, 20 décembre 2023

Le gouvernement a légèrement réduit ses prévisions du taux de croissance, en raison notamment de la guerre à Gaza et des perturbations des marchés.

La croissance subit les effets de la conjoncture régionale
(Photo : Reuters)

Le gouvernement égyptien a réduit de 0,7 % ses prévisions de croissance pour l’exercice en cours qui se termine le 30 juin 2024, selon les déclarations faites par la ministre de la Planification et du Développement économique, Hala Al-Saïd, qui a affirmé s’attendre à ce que l’économie croisse à un taux de 3,5 %, en baisse par rapport à des prévisions antérieures de 4,2 % faites le mois dernier. « Ces prévisions pourraient augmenter ou diminuer légèrement en fonction de l’impact de la guerre à nos frontières », a déclaré Al-Saïd dans un entretien avec la chaîne CNBC Arabia. Elle a attribué la révision à la baisse à une série de chocs et de perturbations externes, notamment des tensions géopolitiques et des crises mondiales, telles que « l’impact de la guerre israélienne à Gaza ».

« Les maintes révisions du taux de croissance sont dues à la coexistence de plusieurs variantes et de nouveaux événements. Il est difficile de forger une stratégie spécifique à cause des incertitudes », résume Hicham Hamdi, analyste auprès de la société de courtage Naeem. Suite à la guerre en Ukraine, 22 milliards de dollars des portefeuilles (argent chaud) sont sortis de l’Egypte. D’autres facteurs sont intervenus : la Réserve fédérale a adopté une politique restrictive en augmentant les taux d’intérêt à plusieurs reprises. « Les variations des prix du pétrole et des denrées alimentaires sur le marché international et la guerre à Gaza sont deux autres facteurs tout aussi importants. Les mauvaises surprises se poursuivent et rendent difficile de prévoir l’avenir, notamment sur le long terme », détaille-t-il.

Les modifications s’alignent sur les prévisions des observateurs internationaux

Les révisions correspondent davantage à celles du Fonds Monétaire International (FMI) et d’autres observateurs internationaux. Le FMI, la Banque mondiale (BM) et Standard and Poor’s (S&P Global) ont prévu ces dernières semaines une croissance de 3,5 à 3,7 % pour l’exercice 2023-2024. Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales publié en octobre, le FMI a abaissé ses perspectives de croissance pour l’Egypte pour l’exercice 2023-2024 à 3,6 % par rapport à sa précédente prévision de 4,1 %, annoncée en juillet. C’était la deuxième fois que le prêteur international abaisse ses perspectives cette année. Le FMI avait initialement prévu une croissance de 5 %.

Le taux de change, un facteur-clé

« L’instabilité du taux de change du dollar face à la livre égyptienne est un facteur-clé, vu que cela a affecté le pouvoir d’achat des consommateurs », souligne Youmna Al-Hamaqi, professeure d’économie à l’Université de Aïn-Chams. « L’existence de plusieurs taux de change provoque une perturbation des prix et une part plus grande des revenus des ménages est dirigée vers l’achat des biens essentiels de consommation comme la nourriture, prévenant une distribution plus équitable des dépenses. Par la suite, le marché se contracte et les producteurs éprouvent des difficultés à fixer les prix », explique-t-elle. Elle signale que la différence entre le taux de change officiel et celui sur le marché parallèle est exagérée, ce qui a sérieusement affecté les virements des Egyptiens à l’étranger. Selon les chiffres de la Banque Centrale, ces virements ont baissé de 30,8 % en 2022-2023, pour se limiter à 22,1 milliards de dollars, contre 31,9 milliards l’année précédente. Selon Al-Hamaqi, la guerre à Gaza a eu des effets mixtes sur l’économie égyptienne. Elle a légèrement affecté le tourisme qui a régressé de 10 % et a provoqué l’hésitation des investisseurs étrangers. D’autre part, elle a rappelé à la communauté internationale l’importance du rôle de l’Egypte dans la région. « Les négociations avec le FMI sont de retour, l’Union européenne a évoqué la possibilité d’aides de presque 10 milliards de dollars et les pays du Golfe étudient de nouveaux investissements en Egypte », souligne-t-elle.

L’année passée, la croissance était affectée par la guerre en Ukraine

Le gouvernement n’a pas encore publié les chiffres de croissance des différents secteurs, mais selon Al-Hamaqi et Hamdi, le secteur des télécommunications continue de mener la croissance avec plus de 16 % en 2022-2023. « Le secteur des télécommunications prospère vu la digitalisation en cours, celui de l’agriculture est en expansion grâce à de grands projets de bonification et d’autres, alors que le secteur de l’industrie souffre », explique Al-Hamaqi. De son côté, Hamdi prévoit un recul du secteur immobilier au niveau des unités vendues malgré la hausse de la valeur résultant de la hausse des prix. Le secteur le plus affecté par la guerre à Gaza serait le tourisme. Cependant, la baisse est minime, estimée jusqu’à présent à 10 %.

La croissance en Egypte au cours de l’exercice passé 2022-2023 était inférieure aux prévisions initiales, sous l’influence de facteurs internationaux. Hala Al-Saïd a noté que, pendant cette année, la pandémie de Covid-19 et la guerre entre la Russie et l’Ukraine avaient entraîné une baisse du taux de croissance de 3,8 %, contre des prévisions initiales plus optimistes de 5,2°%. En 2021-2022, la croissance économique était de 6,6 %, selon les chiffres annoncés par la ministre de la Planification et du Développement économique. Le gouvernement a expliqué que la baisse de la croissance en 2022-2023 était due aux répercussions de la guerre en Ukraine sur les chaînes d’approvisionnement, ainsi qu’à l’exacerbation de la crise de la dette extérieure dans les marchés émergents et les pays en développement.

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