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Le monde face aux incertitudes

Marrakech, de notre envoyée spéciale — Par Névine Kamel, Mardi, 10 octobre 2023

Les réunions du FMI et de la Banque mondiale se tiennent du 9 au 15 octobre à Marrakech dans un contexte difficile marqué notamment par un ralentissement économique et des crises géopolitiques. Une situation qui soulève de multiples défis. Décryptage.

Le monde face aux incertitudes
(Photo : AFP)

La ville de marrakech, capitale touristique du Maroc, est sous le feu des projecteurs. Elle accueille, du 9 au 15 octobre, les réunions du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM). Organisée sous le thème « Créer un monde sans pauvreté sur une planète vivable », l’édition Marrakech 2023 est d’une importance particulière car elle se déroule pour la première fois depuis un demi-siècle en Afrique.

Cette démarche reflète l’importance croissante de l’Afrique et de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sur la scène financière mondiale. La dernière rencontre sur le continent a eu lieu à Nairobi en 1973 et la dernière dans la région MENA a eu lieu à Dubaï en 2003.

L’édition de Marrakech se tient à un moment exceptionnel, où l’économie mondiale est confrontée à un triple choc : crises géopolitiques, ralentissement économique et dérèglement climatique. « Depuis la dernière réunion en Afrique, il y a 50 ans, le monde a profondément changé, l’espérance de vie a augmenté, la pauvreté mondiale a reculé, le système monétaire international s’est adapté au régime de change souple et les technologies ont transformé notre façon de travailler, de nous divertir et de communiquer. Toutefois, les inégalités, entre les pays et au sein même de chaque pays, se sont exacerbées et nous sommes aussi face à une crise climatique qui menace notre existence », a souligné la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, dans son discours inaugural à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où elle a passé en revue les priorités du FMI en matière de développement. Priorités qui seront débattues au cours des réunions de Marrakech.

S’exprimant sur les perspectives économiques mondiales, la patronne du FMI a déclaré que « l’économie est résiliente, mais elle est mise à l’épreuve par une croissance faible et des divergences croissantes ». Elle a ensuite expliqué que cette résilience remarquable de l’économie mondiale « est due en grande partie à une demande plus forte que prévu sur les services et à des progrès notables dans la lutte contre l’inflation ». Selon Georgieva, même si la reprise se poursuit après les chocs de ces dernières années, elle est « lente et inégale ». Et d’ajouter : « Le taux de croissance mondiale reste plutôt faible et bien inférieur à la moyenne de 3,8 % enregistrée au cours des deux dernières décennies. Alors que les pertes cumulées de l’économie mondiale en matière de production dues aux chocs successifs survenus depuis 2020 s’élèvent à 3 700 milliards de dollars en 2023 ».

Le FMI devrait publier au cours de ses réunions à Marrakech ses prévisions officielles de croissance économique mondiale.


L’Afrique possède des ressources naturelles abondantes et une population jeune. (Photo : Reuters)

Ordre du jour des réunions

Que doit-on attendre donc de cette édition de Marrakech qui se tient à un moment délicat pour l’économie mondiale ? C’est la question que l’on se pose désormais.

Ces réunions, auxquelles assistent les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques Centrales de 190 pays, abordent, pendant 7 jours, des questions urgentes telles que les perspectives économiques mondiales, la stabilité financière, la crise inflationniste, la crise climatique, les inégalités grandissantes, ainsi que la relance de la croissance mondiale en s’appuyant sur le potentiel de l’Afrique.

Le calendrier des réunions BM-FMI comprend également une série d’événements parallèles afin d’élaborer « un guide destiné à faire face aux temps difficiles ». Ainsi, des conférences se tiendront sur les perspectives de réforme de l’architecture financière internationale. D’autres auront pour thèmes : « Comment la BM peut-elle renforcer la résilience et l’équité à long terme au sein du système alimentaire mondial ? » et « Développement des compétences de la main-d’oeuvre pour la transformation verte et numérique ». Les priorités de réforme pour lutter contre la dette et la question climatique figurent également à la tête des questions soulevées à Marrakech cette année.

Selon le président de la BM, Ajay Banga, les pays en développement ont besoin de 2 400 milliards de dollars par an pour faire face aux effets et aux répercussions du changement climatique.

En parallèle, un certain nombre d’événements organisés par la société civile, les syndicats et les mouvements populaires ont lieu à Marrakech et en ligne. Il s’agit notamment du festival de l’activisme pour mettre fin à l’austérité qui a eu lieu le 7 octobre, de la conférence Reclaim Our Future les 8 et 9 octobre, de l’assemblée publique des travailleurs le 9 octobre et d’un contre-sommet mondial des mouvements sociaux du 12 au 15 octobre.

Un troisième siège pour l’Afrique

Le renforcement de la résilience du continent africain, carrefour entre l’Europe et le reste du monde, se trouve également au coeur des discussions. « Pour que l’économie mondiale soit prospère au XXIe siècle, l’Afrique doit progresser. Le continent dispose de ressources abondantes et d’une énergie inépuisable. Il possède en plus la créativité », a affirmé la patronne du FMI lors d’une session intitulée « L’Afrique, à la recherche d’une croissance plus forte et plus résiliente ». Et d’ajouter : « Les pays avancés connaissent un vieillissement démographique rapide, mais disposent d’immenses capitaux. Il est essentiel de lier ces capitaux aux énormes ressources humaines du continent africain pour insuffler plus de dynamisme à la croissance mondiale ».

Selon Georgieva, si le monde veut la prospérité économique, il doit se tourner vers l’Afrique. C’est le continent qui a le potentiel le plus prometteur dans la période à venir, ce n’est ni les Etats-Unis, ni la Chine, ni l’Europe. « La jeunesse africaine est une force fondamentale pour le développement du continent et pour la création d’une économie forte. Les responsables des politiques internationales dans le monde doivent se tourner vers l’Afrique. Le FMI s’engage, pour sa part, à fournir un financement au continent africain, au monde arabe et aux pays du Moyen-Orient. Investir dans le potentiel de l’Afrique profitera non seulement à la jeunesse africaine, mais aussi au monde entier », a souligné la patronne du FMI.

Les réunions de Marrakech constituent donc une occasion pour mettre en avant les ambitions et les priorités de l’Afrique, le continent où les répercussions des chocs mondiaux sont les plus perceptibles. Les multiples chocs et le resserrement des conditions de financement dans le monde ont réduit la croissance du PIB réel du continent de 4,8 % en 2021 à 3,8 % en 2022. Toutefois, les économies africaines restent résilientes, avec une croissance moyenne qui devrait se stabiliser à 4,1 % en 2023-2024. Au cours de son discours, Mme Georgieva a dévoilé l’intention du FMI de modifier sa structure administrative et d’accorder un troisième siège à l’Afrique au sein de son conseil d’administration « afin de consolider la voix des économies en développement, notamment celles de l’Afrique subsaharienne ».

Un troisième siège africain au sein du conseil d’administration du FMI, qu’est-ce que cela signifie pour le continent ? Cette décision reflète la reconnaissance internationale du rôle important que l’Afrique peut jouer dans l’économie mondiale. Le continent africain possède un grand potentiel économique, notamment des ressources naturelles abondantes et une population jeune. L’Afrique est le deuxième continent du monde, après l’Asie, en ce qui a trait au nombre d’habitants. Sa population devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050. Ce potentiel économique devrait offrir des opportunités de croissance et de développement aux pays africains et à l’économie mondiale dans son ensemble. L’attribution de ce troisième siège à l’Afrique au sein du conseil d’administration du FMI est d’une importance cruciale pour les pays du continent. Car elle leur donne une voix plus forte dans le processus de prise de décision, notamment sur les politiques qui affectent l’économie mondiale. Ils pourraient même adapter ces politiques à leurs besoins. La BM, de son côté, a également annoncé son intention d’attribuer un troisième siège à l’Afrique au sein de son conseil d’administration lors des assemblées annuelles de Marrakech. « Les pays du monde entier doivent oeuvrer ensemble en vue de surmonter la crise. Nous ne pouvons plus nous permettre de travailler séparément », conclut un responsable de la BM lors d’une session consacrée à l’Afrique.

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