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Récession du secteur automobile

Marwa Hussein , Vendredi, 12 mai 2023

Le marché automobile en Egypte marque une baisse considérable des ventes et de la production, ainsi qu’une hausse des prix, à la suite de la guerre en Ukraine.

Récession du secteur automobile
Les ventes de voitures particulières ont chuté de 76 % en mars en glissement annuel.

De moins en moins de véhicules sont vendus en Egypte, que ce soit des véhicules assemblés dans le pays ou importés. La baisse des ventes a touché toutes les catégories d’automobiles : voitures privées, bus et camions. Selon les derniers chiffres publiés par l’Automotive Marketing Information Council (AMIC), les ventes d’automobiles ont baissé de 72 % en mars en glissement annuel. Les distributeurs égyptiens ont vendu moins de 6 700 véhicules contre 18 900 le même mois l’an dernier.

En 2022, le volume total des ventes d’automobiles a chuté de plus d’un tiers. En mars, cependant, les volumes de vente totaux ont légèrement augmenté d’un mois à l’autre pour un deuxième mois consécutif, après des mois de baisses consécutives. Ainsi, les ventes de voitures particulières ont augmenté de près de 9 % par rapport à février et les ventes de camions ont augmenté de près d’un tiers, mais le volume de ventes d’autobus était inférieur de 17 % à celui de février. Cette récente légère hausse des ventes de voitures particulières et de bus n’a pourtant pas affecté la tendance à la baisse. Ainsi, les ventes de voitures particulières ont chuté de 76 % d’une année à l’autre, à 4 600 unités, tandis que celles de bus ont baissé de 63 % et de camions de 58 %.

La récession du secteur automobile a commencé en février 2022 et il semble qu’elle se poursuivra pour une durée encore indéfinie, selon les acteurs du marché. Plusieurs facteurs ont contribué à la situation actuelle du marché de l’automobile en Egypte. Selon Hussein Moustafa, ancien directeur exécutif de l’Association des constructeurs automobiles, l’offre d’automobiles en Egypte est bien en dessous de la demande. « C’est l’un des facteurs ayant mené à la hausse des prix. Cet écart entre l’offre et la demande est la conséquence de l’arrêt des importations d’automobiles, voire des pièces de rechange », raconte Moustafa, soulignant que le secteur est en tête de liste des secteurs soumis à des restrictions d’importation. « Les producteurs qui ont pu se procurer de devises étrangères par le moyen d’exportations reconnues par la Banque Centrale ont pu importer de véhicules davantage que les demandes d’importation personnelles. Autrement, la porte n’a pas encore été ouverte à l’importation », explique l’expert. Il ajoute que la production d’automobiles assemblées localement a diminué de 50 % à cause du manque de devises. « Nous comprenons bien que fournir des devises à l’industrie automobile n’est pas la priorité du gouvernement à l’heure actuelle de crise mondiale, de guerre et d’instabilité qui affectent le monde », conclut-il.

Raisons de la hausse des prix

En plus du manque de l’offre, la hausse exorbitante des prix des automobiles sur le marché égyptien est une raison de plus de la récession du secteur. En effet, les prix ont, plus ou moins, doublé depuis 2022. Plusieurs facteurs ont provoqué cette flambée des prix qui a rendu l’achat d’une voiture dite « économique » non accessible pour une grande partie de la classe moyenne. Il y a d’abord, comme le note Moustafa, l’inflation mondiale qui a élevé les prix des voitures dans les entreprises mères. A cela, s’ajoute l’interruption des chaînes d’approvisionnement mondiales due à la guerre en Ukraine. « La Russie est une source importante de métaux et l’Ukraine est un exportateur du palladium indispensable à l’industrie des puces automobiles, en plus d’être un fournisseur de faisceau de câblage des véhicules », détaille-t-il. Il y a enfin la baisse de la valeur de la livre égyptienne face au dollar. « L’avenir du marché de l’automobile n’est pas clair en Egypte tant que la crise économique mondiale et la guerre en Ukraine n’ont pas été résolues », prévoit Moustafa.

La hausse excessive des prix a changé de façon structurelle la nature du marché automobile en Egypte. Les modèles dont les prix variaient entre 200 000 et 300 000 L.E. ont dépassé les 700 000 et 800 000 L.E. Les prix de plusieurs marques ont dépassé un million de L.E. devenant aussi cher, sinon plus cher, que le prix d’un appartement pour la classe moyenne. « Le marché a complètement changé. Une tranche importante des consommateurs est complètement sortie du marché et ne va pas pouvoir se procurer d’automobile », estime Khaled Saad, secrétaire général de l’Union des producteurs d’automobiles, ajoutant que les automobiles dépassant un million de L.E. ne représentaient que 10 % du marché en Egypte. « Avec les niveaux actuels des prix, la tranche de consommateurs qui achetaient des voitures de classe moyenne va acheter les voitures dites économiques, et une partie de ceux qui achetaient des marques de luxe vont avoir recours aux voitures moyennes », prévoit Saad, ajoutant que les catégories de luxe ne seront pas globalement affectées.

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