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La course aux certificats de dépôt

Marwa Hussein , Jeudi, 13 avril 2023

Suivant l’exemple des banques publiques, plusieurs banques privées en Egypte ont lancé des certificats de dépôt à rendement élevé. Des centaines de milliards de livres sont en jeu. Explications.

La course aux certificats de dépôt
Les épargnants ont montré un grand intérêt pour les certicats de dépôt à rendement élevé.

Les banques privées ont emboîté le pas aux grandes banques publiques et ont émis elles aussi des certificats de dépôt à rendement élevé. Cette course aux certificats de dépôt entre banques publiques et privées fait suite à la décision de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), le 30 mars, de relever les taux directeurs de 200 points de base, soit de 2 %, ce qui a porté les taux d’intérêt de la BCE à 18,25 % pour les dépôts et 19,25 % pour les crédits. Les deux plus grandes banques publiques d’Egypte, Al-Ahly et Banque Misr, avaient émis début avril des certificats de dépôt à rendement élevé (jusqu’à 22 %). Elles ont été suivies par la troisième banque publique commerciale, la Banque du Caire, qui a lancé des certificats similaires. Ensuite, ce fut au tour des banques privées d’émettre une série de dépôts lucratifs.

La Commercial International Bank (CIB) a été la première à rivaliser avec les banques publiques. Un jour seulement après l’émission d’Al-Ahly et de la Banque Misr, la CIB a proposé un certificat de dépôt à taux fixe (22 %) sous condition que le montant minimum du dépôt soit de 3 millions de L.E. La banque l’a cependant retiré quelques jours plus tard et l’a remplacé par une série de certificats à rendement annuel compris entre 18 et 20 % d’une durée de 3 ans. Les épargnants doivent placer au moins 1 million de L.E. pour recevoir un taux d’intérêt de 20 %, 200 000 L.E. pour accéder au taux de 19 % et 10 000 L.E. pour un taux d’intérêt de 18 %. Les intérêts sont versés mensuellement. Outre la CIB, plusieurs autres banques privées ont lancé différents certificats de dépôt à rendement élevé, de crainte que leurs dépositaires ne les quittent et n’aillent chez les banques publiques. Al-Baraka Bank Egypt et AI Bank d’EFG Hermes ont lancé des certificats d’une durée de 3 ans avec des taux d’intérêt compris entre 17,25 et 19 %. Emirates NBD a lancé des certificats de 3 ans, avec des taux de 18,5 % (annuel), 18,25 % (trimestriel) ou 18 % (mensuel). Le dépôt minimum est de 100 000 L.E. La United Bank of Egypt, banque publique, a proposé également des certificats de 3 ans conformes à la charia à un taux variable d’au moins 19 %. Les intérêts sur les certificats sont payés mensuellement et le dépôt minimum est de 1 000 L.E. Jusqu’à dimanche 9 avril, 8 banques avaient émis des certificats à rendement élevé.

Garder les clients

« C’est la première fois qu’un si grand nombre de banques émet des certificats avec des taux d’intérêt aussi élevés. Leur objectif est de garder leurs clients et leurs parts de marché, menacées par les grandes banques publiques », estime Amr El-Alfy, responsable de la recherche à Prime Securities, avant d’ajouter que le coût de ces certificats est très élevé et c’est pourquoi les banques accordent des taux d’intérêt de plus de 25 % sur les bons du Trésor. Le dernier lancement de bons du Trésor offrait des taux d’intérêt compris entre 21,29 et 23,24 % pour les bons de 3 mois à un an. « Les dépôts de 3 ans sont exemptés des ratios obligatoires imposés aux autres dépôts, ce qui permet aux banques d’investir la somme totale de ces dépôts », explique Amr El-Alfy. La BCE avait relevé, en septembre dernier, les ratios des réserves obligatoires pour toutes les banques à 18 % contre 14 % auparavant.

Les épargnants ont montré un grand intérêt pour les certificats de dépôt à haut rendement. La Banque Misr, à elle seule, a collecté 60 milliards de L.E. de la vente de ces nouveaux certificats jusqu’au 9 avril. Al-Ahly et la Banque Misr avaient annoncé dans un communiqué que le montant des sommes collectées dans les deux certificats a atteint 48 milliards de L.E. le premier jour de l’émission. « Au cours de la période à venir, on s’attend à une baisse progressive des taux d’intérêt en raison de la baisse attendue de l’inflation et la stabilité des marchés », lit-on dans le communiqué commun. La Banque Centrale s’est donné pour mission de contrôler l’inflation. L’inflation de base a atteint un niveau record en février 2023, enregistrant 40,3 %. La BCE n’avait d’autre choix que d’élever les taux d’intérêt pour freiner l’inflation, dans un contexte de hausse des taux d’intérêt dans le monde entier.

La BCE a augmenté les taux d’intérêt de 1 000 points au total, soit de 10 %, depuis mars 2022 afin de faire face à une inflation galopante. Les deux plus grandes banques publiques avaient émis des certificats à 18 %, ceux-ci sont arrivés à échéance en mars 2023. Une partie importante de cet argent va s’orienter vers les nouveaux certificats. Les certificats ont apporté à la Banque Nationale d’Egypte et à la Banque Misr quelque 750 milliards de L.E. Début janvier 2023, les mêmes deux banques avaient introduit des certificats de dépôt au taux record de 25 % sur un an. Les acheteurs pouvaient opter pour un taux d’intérêt de 25 % lorsque leurs certificats de dépôt arrivent à échéance ou pour des paiements mensuels à un taux de 22,5 %. Ces certificats qui ont été retirés fin janvier ont apporté 290 milliards de L.E. à la Banque Nationale d’Egypte et 250 milliards à la Banque Misr. Le rendement sur les comptes d’épargne est considérablement inférieur à ceux des certificats avec des taux de moins de 10 %, mais offre l’avantage de pouvoir retirer son argent à sa guise.

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