Certains commerçants ont dû suspendre leurs activités en raison du recul de l’offre. (Photo : Ahmad Aref)
La panique s’est emparée du marché de l’automobile en Egypte. Les salles d’exposition de voitures au Caire sont soit fermées soit vides. Et même les constructeurs des grandes marques sont devenus incapables de répondre aux demandes de leurs clients en raison d’un recul de l’offre. « Malheureusement, il est difficile aujourd’hui de trouver la marque que vous souhaitez, soit chez nous, soit chez nos distributeurs. Et même si vous la trouvez chez d’autres distributeurs ou commerçants, la voiture sera vendue à un prix plus élevé », répond Ahmad Hashish, du département des ventes du constructeur Skoda, à une clientèle qui voulait acheter une voiture.
Ossama Aboul-Magd, président de l’Association des commerçants de l’automobile et membre de l’Union des Chambres de commerce, décrit la période actuelle comme la pire que le secteur automobile égyptien a connue. « Le secteur de l’automobile passe actuellement par une crise réelle caractérisée par un recul de l’offre et une hausse des prix. L’offre des voitures neuves a chuté de 50 % depuis le début de l’année, entraînant ainsi une hausse des prix de vente de 10 à 15 % », indique-t-il. Il attribue cette crise au recul de la production au niveau mondial ainsi qu’aux mesures gouvernementales prises au niveau national. « Au niveau mondial, le secteur de l’automobile est passé par des crises multiples entraînant un recul de la production. Il y a eu la pandémie de Covid-19 et la pénurie de puces électroniques nécessaires à la production des véhicules modernes. Les grands constructeurs automobiles comme Toyota et Volkswagen ont ainsi réduit leur production de 40 à 60 %. Et enfin, la crise ukrainienne a considérablement augmenté l’ampleur de la crise », souligne-t-il.
Au niveau national, Hussein Moustapha, ex-directeur exécutif de l’Association des producteurs automobiles, explique à l’Hebdo que 2 décisions liées à l’importation des voitures neuves ont causé la paralysie du marché de l’automobile en Egypte. La première est celle prise par la Banque Centrale d’Egypte (BCE) en février dernier obligeant les importateurs à ouvrir une lettre de crédit pour payer les importations. « Cette décision a causé l’arrêt des importations des voitures neuves en Egypte. Nous importons annuellement dans la moyenne 120 000 voitures qui représentent 60 % de l’ensemble des ventes annuelles des véhicules qui s’élèvent à 200 000 unités », souligne-t-il.
Hashish souligne l’incapacité de Skoda et des autres grands constructeurs automobiles d’importer de nouvelles voitures au cours des 3 derniers mois. « Cette situation va inciter les grands constructeurs mondiaux à exporter les parts consacrées à l’Egypte sur d’autres marchés », prévoit-il. Hussein Moustapha n’écarte pas cette possibilité qui, selon lui, pourrait entraîner la disparition des voitures neuves à l’avenir.
La deuxième décision est celle prise par la ministre du Commerce et de l’Industrie qui impose aux importateurs des voitures neuves à attester de la création de centres de services après-vente et d’importer des pièces de rechange d’un montant équivalent à 15% du montant des importations des voitures.
Pour faire face à la pénurie de voitures sur le marché égyptien, la ministre du Commerce et de l’Industrie, Névine Gamea, a accepté de libérer immédiatement les 15000 voitures particulières qui se trouvaient aux douanes.
Freiner la hausse des prix
Le recul de la production au niveau mondial et la difficulté d’importer ont entraîné une hausse des prix de vente des voitures neuves. De même, la dépréciation de la livre égyptienne face au dollar, décidée par la BCE en mars, a exercé des pressions sur les prix de vente des nouvelles voitures. Le dollar s’échange à 18,5 L.E. contre 15,7 L.E. avant la dépréciation. « La hausse du billet vert a entraîné une hausse des coûts de l’importation », explique Hussein Moustapha.
Ce manque d’offre et la hausse des coûts de l’importation a poussé certains commerçants et agents automobile à imposer aux clients des sommes supplémentaires s’ils veulent recevoir leurs véhicules sans retard. Alors que d’autres agents automobile ont perçu des sommes en guise de réservation de voitures qu’ils doivent livrer dans un délai de 3 à 6 mois. « Les prix ont beaucoup augmenté au cours des derniers mois. J’ai passé 3 mois pour acheter une voiture à ma femme mais, malheureusement, son prix est passé de 202 000 à 270 000 L.E. en 3 mois en raison de la hausse du dollar et du phénomène du over price », se plaint Chady Maher, qui a renoncé à l’idée d’acheter une nouvelle voiture jusqu’à la fin de la crise.
Pour protéger les consommateurs et mettre fin au phénomène du over price, l’Agence de protection du consommateur a pris le mois dernier une série des mesures qui ont suscité une vague de contestations de la part des opérateurs sur le marché automobile. La première est d’obliger les distributeurs et les commerçants à respecter le prix officiel annoncé par le constructeur ou le concessionnaire sans aucune augmentation. « En cas de non-respect de cette décision, une amende de deux millions de L.E. sera imposée au commerçant », selon le communiqué de presse publié sur le site de l’Agence. La deuxième décision est d’obliger les constructeurs et les commerçants à livrer les voitures réservées avant le 12 avril moyennant les mêmes prix annoncés par les agents automobile, sans appliquer une augmentation des prix. De même, l’agent automobile s’engage à rembourser le montant total de la réservation avec, en plus, un intérêt bancaire de 18% si le client demande à être remboursé. « L’application de ces décisions entraînera une nouvelle hausse des prix des voitures en Egypte. De nombreux commerçants ont fermé leurs portes en raison de l’incapacité de couvrir les coûts. Certains grands commerçants continuent à travailler dans ce climat néfaste de peur de perdre leur nom sur le marché », souligne Ossama Aboul-Magd. Et de conclure: « Celui qui vendait 100 voitures auparavant n’en vend plus que 10 seulement ».
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