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Phone Cash, un service inédit

Gilane Magdi, Mardi, 10 septembre 2013

Un nouveau service de transfert d'argent via le portable vient d'être lancé sur le marché par la Banque nationale et la société Fawri. Malgré l’attrait du service, beaucoup de citoyens hésitent à s’abonner par manque d’information.

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Les points de vente de Fawri offrent le service de Phone Cash. photo: Bassam Al-Zoghby

Mohamad Fahmi, employé, entre dans une pharmacie pour déposer 100 L.E. dans son portefeuille de Phone Cash. « Je dois transférer cette somme immédiatement à mon frère qui a été volé et il a besoin d’argent », raconte-t-il à l’Hebdo. Et d’expliquer qu’il s’est abonné à ce service il y a une semaine pour l’utiliser dans les cas d’urgence. Fahmi fait partie d’environ 500 personnes abonnées au service de Phone Cash un mois et demi après son lancement. « Ce chiffre est conforme à nos prévisions. Nous sommes au début du lancement de ce service et le chiffre change d’un moment à l’autre avec l’arrivée de nouveaux abonnés », explique à l’Hebdo Walid Nagui, directeur du département des produits bancaires au sein de la Banque nationale d’Egypte (NBE).

Le Phone Cash est le nom commercial donné au nouveau service de transfert de fonds via le portable. Le service a été lancé le 25 juillet par la NBE. Il vise les personnes non bancarisées, soit la grande majorité de la population. Le service offre à ses abonnés la possibilité de transférer de l’argent de manière immédiate à leurs proches dans les situations d’urgence (perte d’argent, paiement des factures de restaurant ou d’hôpital), et ce, à travers le portable. « Par exemple, si vous avez un fils ou un ami qui se trouve dans un restaurant et il a perdu son argent, vous pouvez lui envoyer le montant de la facture sur son mobile », explique Walid Nagui. Et d’ajouter : « Le service offre aussi la possibilité de payer les factures de téléphone portable et fixe, les factures d’électricité et d’eau, ainsi que les donations ». En contrepartie de ce service, la banque impose des frais de 2 %, avec un minimum de 2 L.E. En plus, le coût de l’appel est de 5 L.E. pour la compagnie de portable et 3 L.E. pour un appel sur une ligne fixe. « L’abonnement est gratuit pendant les trois premiers mois du lancement du service. A la fin de cette période, le nouvel abonné devra payer 20 L.E. pour s’inscrire », explique Hazem Hegazi, président du département de commerce de détail au sein de la banque.

Les gens méprisent ce qu’ils ignorent

Le processus d’abonnement (voir schéma) est très simple. Le client remplit d’abord un formulaire d’inscription dans l’une des 400 filiales de la NBE, ou plus tard, dans l’un des 15 000 points de vente de Fawri. Cette dernière est une société égyptienne qui offre le service de paiement des factures et de téléchargement des cartes de mobile à travers une grande chaîne de distribution possédant 15 000 points de service — tels que les pharmacies et les épiceries — dans tous les gouvernorats de la République. La NBE a conclu un accord avec Fawri en vue de commercialiser le nouveau service.

Malgré l’attrait du nouveau service, beaucoup de citoyens hésitent à s’abonner en raison notamment du manque d’information. « Jusqu’à présent, je ne comprends pas le système. La compagnie Fawri m’a appelé pour me proposer le service, mais je ne veux pas m’abonner tout de suite car le manque de sécurité est pour moi un vrai problème », raconte hadj Ramzi, propriétaire d’une épicerie dont le magasin est l’un des points de vente de Fawri. Ses propos contredisent ceux des responsables de la NBE qui assurent que tous les points de vente de Fawri participeront au service. La NBE ne le nie pas. « Nous avons besoin d’une large campagne de publicité pour expliquer ce nouveau système à la société égyptienne. Notre objectif est de minimiser l’argent liquide en circulation et d’effectuer des transactions via le portable », renchérit Hazem Hegazi. Il s’agit aussi, selon lui, de stimuler l’économie, qui tourne au ralenti depuis deux ans.

Pas de concurrents pour le moment

La NBE a lancé son service de Phone Cash après le lancement des deux services de transfert de fonds fondés par les deux opérateurs de portable Vodafone et Etisalat et baptisés respectivement Vodafone Cash et Foulous. Karim Fayeq, directeur de marketing au sein de l’opérateur Etisalat minimise les effets de Phone Cash sur sa société. « Nous avons à Etisalat 30 millions d’abonnés, soit 6 fois le total des clients de la Banque nationale. Pendant la signature du contrat avec la Banque nationale (ndlr : la loi sur le paiement électronique de la BCE oblige les sociétés de portable à offrir leurs services à travers les banques), nous étions d’accord que l’objectif de notre société est d’attirer les clients les plus pauvres de la poste pour transférer leur argent à travers notre service Foulous, alors que l’objectif de la banque est d’attirer les grands clients », assure-t-il.

Etisalat doit faire face à la concurrence limitée des sociétés de portable, tandis que la NBE est seule sur le marché car aucune autre banque ne participe au service Phone Cash. Pour sa part, Walid Nagui assure qu’il serait difficile aux autres banques de participer à ce service. « La NBE possède plus de 5 millions de clients alors que la majorité des banques qui opèrent en Egypte ne disposent au maximum que de 100 000 clients. Cette faiblesse du nombre de clients fait que la plupart des banques sont incapables de supporter la hausse des coûts de ce service », explique-t-il. Et d’ajouter : « Les études ont prouvé que la banque va perdre sur le court terme à cause de la hausse des coûts de lancement mais réalisera des profits sur le long terme ». Mais prochainement, la NBE aura des concurrents car la Poste égyptienne et la banque Al-Baraka ont révélé leur intention de présenter ce service mais elles sont encore dans la phase d’étude .

Différence entre les trois services

Phone Cash Vodafone Cash Foulous

Transfert d’argent vers tous les réseaux vers Vodafone vers Etisalat

Abonnement à la Banque nationale d’Egypte à Vodafone et la Banque de logement et d’urbanisation à Etisalat et NBE

Portable Samsung et BlackBerry tous les modèles tous

Le service filiales de NBE+Fawri filiales Vodafone filiales Etisalat

Clientèle visée moyenne et aisée toutes les catégories moyennes

Comment s’abonner à ce service ?

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1

Le client doit remplir une demande d’inscription au niveau d’une des 400 filiales de la NBE

2

Présenter une photocopie de la carte d’identité.

3

Pour faciliter davantage les procédures, le client pourra dans la période à venir s’inscrire dans les points de vente qui portent le slogan de Fawri.

4

Le client devra laisser son numéro de portable pour recevoir le mot de passe et télécharger le programme de Phone Cash sur son portable.

5

Créer le PIN code composé de 16 digits pour protéger le compte.

6

Charger le compte de Phone Cash.

7

Taper sur le mot de passe et le PIN code pour transférer l’argent et payer les factures.

La réglementation de la Banque Centrale

Le transfert des fonds via le portable ne prend que quelques secondes, mais ses répercussions sur l’économie peuvent être très importantes. « Ce service a eu un grand succès lorsqu’il a été introduit par les sociétés de portable dans plusieurs pays en développement comme le Kenya, les Philippines et l’Equateur. Cependant, il a eu des conséquences négatives sur ces pays avec notamment une hausse du volume de liquidités en circulation hors du secteur bancaire, ce qui a affaibli le contrôle des Banques Centrales dans ces pays sur le flux de monnaie en circulation », explique à l’Hebdo Hazem Hegazi, président du département du commerce de détail au sein de la Banque nationale d’Egypte.

Pour ne pas répéter les mêmes fautes en Egypte, la Banque Centrale a établi une réglementation. Celle-ci impose à chaque société de portable qui souhaite livrer ce service d’être liée à une banque. Par exemple, la société Etisalat a choisi la Banque nationale et la société Vodafone la Banque de logement et d’urbanisation. La BCE a plafonné les sommes déposées dans les portefeuilles de Phone Cash, Foulous et Vodafone Cash. « L’abonné à ce service ne peut déposer plus de 3 000 L.E. par jour et son portefeuille ne peut contenir que 5 000 L.E. », explique Walid Nagui, du département du commerce de détail au sein de la banque. La BCE a en outre exigé des banques qui participent au service une limitation de leurs portefeuilles à 50 millions de L.E. ou 5 % du capital de la banque .

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