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L’inflation repart à la hausse

Mercredi, 16 mars 2022

L’inflation a connu, en février, son niveau le plus élevé en 3 ans à cause de la guerre Russie-Ukraine, qui a porté à la hausse les prix mondiaux des denrées alimentaires, de l’énergie et des matières premières. Dossier.

L’inflation repart à la hausse
Les prix des boissons et des aliments ont augmenté de 20  % en février, d’après la CAPMAS. (Photo : Reuters)

La guerre entre la Russie et l’Ukraine a produit des effets négatifs sur les prix de l’ensemble des biens et des marchandises en Egypte. Le taux d’inflation annuel a ainsi grimpé à 10% en février contre 8% en janvier, selon les chiffres de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS). Il s’agit du plus haut niveau depuis mai 2019 au cours duquel l’inflation a atteint 14,08%. La Capmas a attribué l’augmentation de l’inflation à la hausse des prix des aliments et boissons de 20,1% sur une base mensuelle contre une hausse de 14% le mois précédent. « Les prix des légumes ont augmenté de 43,5 % suivis par le groupe des huiles et graisses (34,4%), le groupe du sucre et des aliments sucrés (19,3%), la viande et la volaille (18,1%). Les prix des céréales et du pain ont aussi augmenté de 12,8 % », selon le communiqué de presse publié par la Capmas jeudi dernier.

Ces chiffres dépassent les estimations des banques d’investissement égyptiennes, comme Beltone Financial. Les analystes ont attribué la hausse de l’inflation en Egypte à des facteurs externes. « Le taux d’inflation a augmenté à partir du mois de mars en raison de la hausse des prix mondiaux, sous l’effet de la guerre russe en Ukraine », a indiqué à Al-Ahram Hebdo Aliaa Mamdouh, présidente du département des recherches au sein de Beltone. Il s’agit juste du début d’une vague d’inflation mondiale qui affectera l’Egypte. Hussein Suleiman, chercheur économique au centre des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS), a noté que les chiffres actuels de l’inflation ne reflètent pas l’impact réel de la flambée des prix mondiaux des produits alimentaires. « C’est le début de l’envolée de l’inflation. Le pire est que les boissons et les aliments ont enregistré la plus forte hausse mensuelle (soit 20%). Les chiffres actuels de l’inflation ne reflètent pas la hausse des autres biens, tels que le fer. Donc, la hausse sera indicative au cours des mois prochains », souligne-t-il.

Inflation importée et inflation saisonnière

L’annonce des chiffres de l’inflation intervient deux semaines après le déclenchement de la guerre Russie-Ukraine. Les prix de tous les biens ont enregistré des hausses considérables aux niveaux mondial et national, qu’il s’agisse des denrées alimentaires comme le blé et le maïs, ou bien les cours du pétrole et du gaz naturel ainsi que les différentes matières premières et les métaux. L’impact est d’autant plus important que la Russie et l’Ukraine fournissent au monde près de 30% du blé importé, 19% du maïs et 80% de l’huile de tournesol. Les perturbations prévues sur le marché des grains ont porté les prix à de nouveaux records. « 35% de l’inflation enregistrée en Egypte sont importés de l’extérieur. Le gouvernement essaie d’absorber une grande partie de l’inflation causée par la crise russe dans ses budgets, et seule une petite partie est supportée par le citoyen », a annoncé le premier ministre Moustapha Madbouli, lors d’une conférence de presse tenue mercredi 9 mars. Il a donné l’exemple de la farine, dont le prix a augmenté en Egypte de 17% au cours des deux dernières semaines, alors que la hausse est de 48% au niveau mondial. De même, le prix des huiles a augmenté de 10% au niveau local contre 32% au niveau mondial.

Le problème est que l’inflation importée coïncide avec l’inflation saisonnière qui accompagne le mois du jeûne de Ramadan qui commence début avril. « Depuis le mois prochain, les taux d’inflation urbain et annuel seraient de deux chiffres. Les dépenses des Egyptiens augmenteront pendant le mois du Ramadan et les fêtes », prévoit Aliaa Mamdouh.

Pour lutter contre cette hausse des prix, le gouvernement a pris une série des mesures visant à augmenter l’offre des biens alimentaires pendant le mois du Ramadan telle que l’organisation de marchés temporaires appelés « Bienvenue Ramadan » dans tous les gouvernorats à la fin de la semaine prochaine (voir encadré). Des mesures saluées par Hussein Suleiman, qui les qualifie d’importantes pour les couches défavorisées. « C’est une solution à court terme qui ne va pas régler le problème de l’envolée des chiffres de l’inflation qui durera jusqu’à la fin de l’année. Le gouvernement serait donc amené à augmenter ses dépenses sur les programmes de protection sociale pour les couches démunies », estime Hussein Suleiman.

Hausse des prix mondiaux de produits alimentaires en deux semaines

Pétrole: 55%

Blé: 48%

Maïs: 30%

Soja: 24%

Viande: 11%

Volaille: 10%

Source : Conseil des ministres

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