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Ghada Waly : « Cette année, 1,2 milliard de L.E. sont accordées à des microprojets »

Gilane Magdi, Mardi, 13 août 2013

Secrétaire générale du Fonds Social de Développement (FSD) depuis 2011, Ghada Waly lutte pour réformer une institution connue par ses mauvaises performances. Elle explique à l’Hebdo comment elle compte procéder.

Eco

Al-Ahram Hebdo : Au cours des 2 dernières années, de nombreuses personnes ont perdu leur emploi. Comment le FSD peut-il leur venir en aide ?

Ghada Waly : Dès mon arrivée à la tête du FSD en novembre 2011, j’ai travaillé sur 2 dos­siers principaux. Le premier est l’expansion du Fonds dans les différents gouvernorats, accom­pagnée d’une hausse du volume des crédits accordés aux petits et microprojets. Nous avons commencé à recueillir les fruits de cette expan­sion : les crédits accordés par le Fonds en 2012 ont progressé de près de 50 %. Cette tendance s’est poursuivie pendant le premier semestre de cette année avec 1,2 milliard de L.E. accordées à 100 585 petits et microprojets. Quant à l’autre dossier essentiel, il consiste à fournir des offres d’emploi temporaires aux ouvriers saisonniers qui ne veulent pas emprunter de l’argent pour entamer un projet.

— Mais les risques de non-remboursement sont plus élevés depuis la révolution. Le Fonds réclame-t-il davantage de garanties ?

— Pas du tout. Il est vrai que le taux d’insol­vabilité a augmenté l’année dernière, mais le Fonds ne réclame pas de garanties supplémen­taires. Nous avons 2 sortes de programmes : le financement direct par nous-mêmes et un finan­cement indirect par des banques ou des ONG. Les banques obtiennent les fonds auprès de nous à un taux d’intérêt de 7 % et les fournissent ensuite aux clients à un taux de 12 %, compre­nant 2 % d’assurance. Donc, les banques assu­ment seules les risques de non-remboursement. Quant aux microcrédits, ils sont financés par l’intermédiaire d’ONG. La nature des garanties est plus simple et diffère d’un cas à l’autre.

— Cependant, les taux d’intérêt élevés et l’augmentation du taux d’insolvabilité ont engendré des difficultés, et plusieurs clients insolvables se sont retrouvés en prison ...

— Ce n’est pas vrai. Lorsque je suis arrivé en 2011, il n’y avait aucun cas d’emprisonnement, ni en 2011, ni en 2010. Des menaces pesaient sur certains clients de la Banque de crédits et de développement agricole, mais le Fonds est inter­venu pour résoudre ce problème avec les clients en évitant l’emprisonnement. Mais il ne faut pas nous considérer comme un organisme social qui fournit un financement gratuit. Il y a une diffé­rence entre l’insolvabilité due aux conditions économiques et celle qui est due aux négli­gences.

— Mais le Fonds est accusé d’être respon­sable de la hausse des cas d’insolvabilité à cause de son manque de compétences et de sérieux dans la réalisation des études d’em­prunt. Qu’en dites-vous ?

Dans n’importe quelle institution, l’insol­vabilité résulte de trois facteurs principaux : la faiblesse de la politique d’emprunt, celle de la surveillance et celle de la récupération des créances. Pour surmonter ces problèmes majeurs, nous nous sommes concentrés sur la formation de nos employés. L’année dernière, près des deux tiers de nos employés ont été formés à l’octroi des crédits, à la planification et à la communication avec les médias. Cette poli­tique s’est poursuivie pendant le premier tri­mestre de cette année avec la formation de 450 employés. Par ailleurs, il a fallu séparer l’acti­vité d’octroi des crédits de celle de la récupéra­tion des créances. Nous avons créé un départe­ment indépendant de surveillance et de récupé­ration, dans lequel les employés vont obtenir des primes pour les inciter à augmenter le taux de récupération. Aujourd’hui, l’objectif primor­dial du Fonds est de garantir une distribution juste des crédits et la qualité de son portefeuille.

— Les ONG sont aussi accusées d’exploiter les pauvres en leur imposant des taux d’inté­rêt plus élevés. Est-ce vrai ?

— Les ONG octroient des crédits aux micro­projets dont le capital est inférieur à 50 000 L.E. C’est un financement très coûteux par rapport aux petits projets pris en charge par les associa­tions sans garantie. Elles assument toutes sortes de risques, c’est pourquoi leurs taux d’intérêt sont élevés.

— Le FSD privilégie les projets commer­ciaux aux dépens des autres secteurs : il absorbe à lui seul la moitié des crédits. Pourquoi boudez-vous les projets industriels ou agricoles ?

— Une nouvelle politique d’emprunt au niveau sectoriel va être lancée. Je veux augmen­ter la part des projets industriels dans le porte­feuille des crédits, pour la faire passer de 17 % actuellement à 20 %, voire 25 % pendant la prochaine période. Mais ce sera difficile, car un projet industriel requiert un emplacement et l’achat d’un terrain, alors qu’un projet commer­cial n’exige qu’une location pour présenter les produits. De plus, les projets agricoles ne seront pas exclus de notre portefeuille. Nous avons déjà développé des programmes de formation dans le domaine de la fabrication des produits laitiers.

— Le Fonds a intégré des sources de finan­cement islamique. Comment jugez-vous cette expérience ?

— Nous avons obtenu un financement de la Banque islamique de développement pour 2 instituts bancaires : 50 millions de L.E. pour la banque Al-Mottahed et 80 millions de L.E. pour la banque Al-Baraka. Malheureusement, la fai­blesse de la demande nous a désespérés : elle n’a pas dépassé les 10 millions de L.E. dans chacune des deux banques. Le Fonds va aussi fournir dès le mois prochain un financement direct par le système de la mourabaha, qui est une forme de partenariat où une partie apporte le financement, tandis que l’autre partie, le mou­darib, offre l’expérience et la gestion. Le béné­fice réalisé est partagé entre les deux parte­naires, mais les pertes en capital sont assumées par le seul bailleur de fonds. Pour que le sys­tème marche, nous avons proposé des forma­tions à nos employés dans les différents gouver­norats.

— Le Fonds a entamé en octobre dernier le programme Emploi intensif, en coopération avec la Banque Mondiale (BM). Combien d’offres d’emploi ont-elles été créées jusqu’à présent ?

— Il est très difficile de recenser le total des offres. Selon l’accord signé avec la Banque mondiale, 200 000 emplois devront être propo­sés au cours des 3 prochaines années grâce aux dons accordés par la BM aux organisations non gouvernementales. Ces dernières vont embau­cher des jeunes dans des projets d’infrastructure très simples, tels que la restauration d’écoles. Nous avons publié des annonces dans les jour­naux invitant les organisations qui répondent à nos critères à nous présenter leurs documents officiels. Jusqu’à présent, nous avons signé avec 70 ONG pour fournir à chacune un financement d’un million de L.E., dont 70 % seront injectés sous forme de salaires aux plus pauvres.

— Quels sont les critères de choix des ONG ?

— Les critères sont multiples. Par exemple, elle doit posséder des budgets audités dans les deux dernières années et une expérience dans le domaine pour lequel elle requiert des finance­ments. Elle doit présenter une lettre du ministère de la Solidarité sociale certifiant qu’elle n’est pas impliquée dans des procès pour corruption. Nous leur demandons aussi de constituer une équipe pour l’administration de chaque projet. Et grâce à nos 30 bureaux dans les différents gouvernorats, nous pouvons surveiller les per­formances de ces associations .

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