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Ever Given : L’Egypte réclame un dédommagement

Marwa Hussein, Lundi, 19 avril 2021

L’Autorité du Canal de Suez a réclamé des indemnisations financières à la compagnie propriétaire du navire Ever Given qui avait bloqué le canal du 23 au 29 mars. Dans l’attente d’un accord, le navire ne quittera pas les eaux égyptiennes

Ever Given : L’Egypte réclame un dédommagement
L’enquête sur l’incident est toujours en cours pour déterminer les raisons qui ont conduit au blocage du navire.

Le déblocage du porte-conteneurs Ever Given qui a bloqué le Canal de Suez n’a pas mis fin à son séjour en Egypte. Le navire de 400 m reste stationné en Egypte, en attendant le règlement d’un litige entre son propriétaire et l’Autorité du Canal de Suez (SCA). Le tribunal économique d’Ismaïliya, tribunal local égyptien, a autorisé la SCA à saisir le navire. La SCA réclame 900 millions de dollars d’indemnisations pour les pertes subies et les ressources mobilisées pour dégager le porte-conteneurs qui a bloqué le Canal de Suez pendant six jours entre le 23 et le 29 mars, empêchant le passage de plus de 400 navires. « Une fois que nous aurons été d’accord sur le montant de l’indemnisation, il pourra partir et l’affaire sera close pour nous », a déclaré, dans un entretien télévisé, l’amiral Osama Rabie, président de la SCA.

L’entreprise allemande, Bernhard Schulte Shipmanagement (BSM), qui assure la gestion technique du navire Ever Given, a publié un communiqué le 14 avril déclarant : « A l’heure actuelle, le navire reste ancré dans les Grands lacs amers, jusqu’à ce qu’un accord entre la SCA et le propriétaire du navire soit conclu ». BSM a dit avoir été informée par le propriétaire du navire que la SCA a entamé les procédures en vue d’immobiliser Ever Given. « C’est une procédure normale, tant qu’un accord n’est pas été atteint entre l’entreprise propriétaire du navire et la SCA, l’Ever Given sera saisi pour garantir que l’entreprise propriétaire paie, si la somme réclamée est élevée », explique Mohamad Chadi, chercheur d’économie politique auprès du Centre égyptien des études stratégiques. « Les négociations pour parvenir à un règlement financier peuvent prendre un certain temps », a déclaré la SCA. L’autorité demande à l’assureur du propriétaire de payer 916 millions de dollars en guise d’indemnisation pour le blocage du canal pendant 6 jours.

L’assureur du navire, UK Club, a qualifié, mardi 13 avril, le chiffre de « extraordinairement élevé » et a déclaré avoir fait une offre « généreuse » à la SCA la veille de l’obtention d’une ordonnance du tribunal lui permettant de saisir le navire. Deux sources de la SCA ont déclaré à Reuters que le propriétaire avait offert 100 millions de dollars, soit près de 11 % de la somme réclamée par la SCA. Dans un communiqué, Evergreen a déclaré que la demande de la SCA est « injustifiée ». Mohamad Chadi estime qu’une amende comprise entre 50 et 70 millions de dollars par jour pour les six jours de déblocage est raisonnable. « Cela comprend les frais de passage qui n’ont pas été collectés, ainsi que les indemnisations pour la perte de réputation », souligne Chadi. Et d’ajouter que la réputation du Canal de Suez en tant que route maritime où le transit des navires est assuré a été endommagée.

Une perte de 15 millions de dollars par jour

Le président de la SCA a déclaré que le canal a perdu entre 14 et 15 millions de dollars par jour de blocage. L’autorité a indiqué que la question pourrait prendre un certain temps et qu’il faut comprendre l’impossibilité pour elle de faire des déclarations officielles afin d’éviter d’affecter le processus de négociation. L’autorité s’est engagée à annoncer tout ce qui est nouveau en ce qui concerne l’enquête en cours sur la crise du navire panaméen. Si un accord à l’amicale n’est pas conclu, les deux parties auront recours à l’arbitrage international. De son côté, Osama Rabie a affirmé l’intérêt que le Canal de Suez accorde à ses clients, et l’importance d’indemniser 422 navires qui ont été bloqués pendant la crise. Des réductions de tarifs doivent être accordées aux navires qui ont subi des préjudices, et des primes doivent leur être versées en guise de compensation pour leur arrêt dans le cours de navigation. Environ 12 % du commerce mondial, environ un million de barils de pétrole et 8 % du gaz naturel liquéfié transitent chaque jour par le canal.

La compagnie Evergreen Marine Corp, qui possède le navire, envisage l’option de décharger sa cargaison et de livrer des milliers de conteneurs qui sont à bord de l’Ever Given via d’autres navires, vu qu’elle subit des pressions croissantes pour acheminer les marchandises vers leurs destina­tions en Europe, a rapporté le Wall Street Journal, citant une source ano­nyme. « La possibilité que le navire et la cargaison à bord soient traités séparément est sur la table », a décla­ré la compagnie maritime, mais une décision n’a pas encore été prise. Mohamad Chadi estime que le coût de l’Ever Given même, sans les mar­chandises à bord, est d’environ 700 ou 800 millions de dollars. Le porte-conteneurs faisait route de la Chine vers les Pays-Bas avec près de 220 000 tonnes de marchandises, d’une valeur de plus de 3,5 milliards de dollars.

L’enquête sur l’incident est toujours en cours. Rabie a souligné qu’elle se poursuit parallèlement aux négociations avec le propriétaire du navire et la compagnie d’assurance en vue de parvenir à un accord qui convient à toutes les parties. La SCA devrait publier un rapport sur les raisons qui ont conduit au blocage du navire sur la rive est du canal, tandis que le registre du navire, au Panama, mettra de nombreux mois à publier son rapport d’enquête complet sur l’incident. « L’autorité ne ménage aucun effort pour assurer le succès des négociations et coopère pleinement pour répondre à toutes les exigences de l’équipage du navire actuellement retenu dans la région des Grands lacs jusqu’à la conclusion de l’enquête », a-t-il dit dans un communiqué le 15 avril. Le jour même, l’Autorité du canal a autorisé deux membres d’équipage à bord du navire à rentrer dans leur pays (l’Inde) pour des raisons personnelles urgentes, un acte qui vise à affirmer la volonté de l’Egypte à résoudre le conflit amicalement. Mohamad Chadi estime que l’Autorité du canal va déployer tous les efforts possibles pour arriver à un accord dans un court délai. Selon un communiqué de la BSM, l’équipage formé de 25 ressortissants indiens reste à bord du navire. « Ils sont en sécurité et en bonne santé », dit le communiqué. « Il est dans l’intérêt du canal de garder de bons rapports avec l’entreprise propriétaire qui gère des centaines de navires. Il est également important d’envoyer un message positif au monde que l’autorité veut résoudre les différends quelle que soit leur ampleur », conclut Chadi.

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