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Mettre fin à un système controversé

Salma Hussein, Dimanche, 22 novembre 2020

Plusieurs réformes ont été entreprises dans les pays du Golfe pour améliorer les conditions de travail des étrangers. Les maux de la main-d’oeuvre peu qualifiée perdurent cependant.

Les réformes se multiplient et l’injustice persiste. Le système du kafil a été inventé par les Britanniques lors de leur occupation de Bahreïn, pour réguler l’entrée des pêcheurs des perles venant de toute la région. Plus tard, les richesses et la modernisation des pays du Golfe, après la découverte du pétrole, ont exacerbé le phénomène. En 2017, les travailleurs migrants formaient deux tiers des populations dans les pays du Golfe. Aux Emirats arabes unis, 80% de la population sont des expatriés. Le système se trouve aussi au Liban et en Jordanie. La plupart des migrants dans la région sont des travailleurs domestiques ou dans le secteur de construction. Pour les pays d’accueil, c’est une situation où toutes les parties gagnent. Ils offrent à ces migrants des emplois, beaucoup mieux payés que ceux qu’ils trouvent dans leurs pays.

Le Rapport de la migration mondiale 2019 souligne que « les flux des migrants sont exacerbés par les inégalités exorbitantes entre les revenus dans les pays d’origine et les pays destinataires, combinées aux taux de chômage élevés dans la région du Nord de l’Afrique ». Sur 12 millions de Nord-Africains vivant hors de leurs pays, 3,3 millions vivent dans les pays du Golfe, pour le meilleur ou pour le pire, sous le système du kafil.

Or, le système a été longuement critiqué. En 2013, le Qatar a été reproché de divers abus, incluant le non-paiement des salaires pendant des mois, des conditions de travail dures et dangereuses et des conditions de logement scandaleuses. « C’est une sorte de travail forcé », commente Samir Radwan, ancien expert auprès de l’OIT et ex-conseiller auprès du sultan d’Oman. L’OIT a fait des études sur les travailleurs dans les pays du Golfe et a qualifié leurs situations d’injustes. L’organisation a commencé par expliquer aux gouvernements les méfaits du système, se souvient Radwan. Par exemple, les enfants étaient invités à venir du Pakistan pour des travaux sous une chaleur étouffante. « Les négociations concernant la main-d’oeuvre des enfants migrants ont mis fin à ce phénomène ». Aussi, plusieurs organisations de la société civile ont été créées pour défendre les droits des domestiques.

En 2009, Bahreïn a été le premier pays du Golfe à annoncer l’abolition de ce système. En 2014, les pays du Golfe ont approuvé l’agenda de la Migration Juste proposé par le directeur de l’OIT. « Cependant, des cas d’exploitation de la part des agences de recrutement créent souvent des malaises considérables aux travailleurs », notait l’OIT dans un communiqué de presse en 2019. L’organisation a noté également des pratiques d’abus et de fraudes de la part des agences de recrutement et des coûts exorbitants imposés aux travailleurs migrants. Le traitement est pire dans le cas du travail domestique et dans le secteur de la construction, comme le manque d’accès à la justice.

Ainsi, d’après Samir Radwan, en Oman, la situation s’est plus ou moins améliorée pour les migrants. Les Indiens, les Pakistanais et les Bengalais en représentent 80%. Ils ont désormais une voix. Ils ont des avocats pour les défendre dans le cas de litiges avec leurs employeurs. Le système du kafil est aboli. Mais en pratique, ceci touche notamment les migrants professionnels, les mois qualifiés, eux, travaillent et vivent toujours dans des conditions difficiles .

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