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Croissance mondiale et Covid-19, plus de peur que de mal

Marwa Hussein, Mercredi, 14 octobre 2020

Alors que le tableau semblait particulièrement sombre, les perspectives de la croissance mondiale de cette année seraient meilleures que prévu au début de la pandémie. Le FMI avertit cependant que l’impact économique du Covid-19 est loin d’être terminé.

Croissance mondiale et Covid-19, plus de peur que de mal
La Chine a enregistré une reprise plus rapide que prévu permettant une amélioration de la croissance mondiale.

L’économie mondiale est en rebond malgré la persistance de la pandémie du Covid-19. Le Fonds Monétaire International (FMI) réviserait à la hausse ses prévisions pour l’économie mondiale pour 2020 après qu’elles se sont améliorées mieux que prévu depuis juin. Le FMI avait prédit en juin que la croissance mondiale se contracterait de 4,9 %, la baisse la plus forte depuis la Grande Dépression des années 1930. L’institution internationale n’a pas encore divulgué les chiffres révisés, affirmant seulement que les développements aux deuxième et troisième trimestres étaient meilleurs que prévu, d’où une légère révision à la hausse des prévisions mondiales pour 2020. Les prévisions révisées seront annoncées lors de la réunion annuelle du FMI et de la Banque Mondiale (BM) qui prendront lieu en ligne, cette année, entre le 12 et le 18 octobre.

« En juin, le FMI prévoyait une forte contraction du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial en 2020. Aujourd’hui, le tableau est moins catastrophique. Nous estimons maintenant que l’évolution des deuxième et troisième trimestres a été un peu meilleure que prévu, ce qui permet une modeste révision à la hausse de nos prévisions mondiales pour 2020. Et nous prévoyons encore une reprise partielle et contrastée en 2021 », a élaboré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI dans un discours célébrant le 125e anniversaire de la London School of Economics le 6 octobre. Elle a attribué cette avancée partielle aux mesures « exceptionnelles » qui ont empêché l’économie mondiale de s’effondrer, précisant que les pouvoirs publics ont versé environ 12 000 milliards de dollars de soutien budgétaire aux ménages et aux entreprises. Elle a aussi salué les mesures « sans précédent de politique monétaire qui ont maintenu le flux du crédit, aidant des millions d’entreprises à rester à flot ».

Disparités selon les pays

Le FMI prévoit, pourtant, des résultats différenciés entre les pays en fonction de leur capacité à réagir à la crise. « Pour de nombreux pays avancés, dont les Etats-Unis et la zone Euro, le ralentissement reste extrêmement douloureux, mais il est moins sévère qu’attendu. La Chine enregistre une reprise plus rapide que prévu. D’autres pays sont encore en grande difficulté, et certaines de nos révisions des projections sont à la baisse », a élaboré la directrice du FMI, soulignant que les pays émergents ainsi que les pays à faible revenu et les pays fragiles restent dans une situation précaire. « Ils ont des systèmes de santé moins performants. Ils sont très exposés aux secteurs les plus touchés, tels le tourisme et l’exportation de produits de base. Et ils sont très dépendants des financements extérieurs. L’abondance des liquidités et le bas niveau des taux d’intérêt ont aidé bon nombre de pays émergents à emprunter de nouveau — mais aucun pays d’Afrique subsaharienne n’a émis de dette extérieure depuis mars », a-t-elle fait le point.

Le FMI a rendu public un document intitulé « Le grand confinement : disséquer les effets économiques », visant à disséquer la nature de la crise économique au cours des sept premiers mois de la pandémie. Dans ce document, les économistes du FMI ont constaté que l’adoption des mesures de confinement était un facteur important de la récession, mais que la distanciation sociale volontaire en réponse à l’augmentation des infections a également contribué de manière très substantielle à la contraction économique. « Par conséquent, bien que l’assouplissement des mesures de confinement puisse conduire à une reprise partielle, l’activité économique restera probablement modérée jusqu’à ce que les risques sanitaires diminuent », lit-on dans le document.

Selon le FMI, les données montrent qu’une augmentation des cas de Covid-19 a tendance à avoir un effet négatif considérable sur la mobilité et, par conséquent, l’activité économique, même en cas de levée des mesures de confinement par les gouvernements. « Un doublement des cas quotidiens entraîne une contraction de la mobilité d’environ 2% », a révélé le FMI insistant que la levée du confinement ne peut conduire qu’à un rebond partiel de l’activité économique si les risques sanitaires persistent.

« Une raison probable est que les gens se sentent mal à l’aise avec la reprise de la mobilité lorsque les verrouillages sont levés s’ils perçoivent toujours un risque considérable de contracter ou de propager le virus », a expliqué le FMI. Se basant sur cette conclusion, Damiano Sandri, co-auteur du document et chef adjoint de la division études économiques mondiales du département des études du FMI, a appelé les pouvoirs publics à soutenir une activité économique compatible avec une distanciation sociale persistante. « Par exemple en encourageant le travail à domicile, en facilitant une réallocation des ressources vers des secteurs moins intensifs en contact et en promouvant l’adoption de nouvelles technologies pour limiter les intensités de contact dans des secteurs donnés », a-t-il détaillé dans un entretien publié sur le site du FMI.

Des risques tout de même

Malgré l’amélioration des perspectives, le FMI a souligné que la pandémie est loin d’être terminée, prévoyant que la production mondiale restera à moyen terme très inférieure aux projections pré-pandémie. « Pour presque tous les pays, il y aura un retour en arrière sur l’amélioration du niveau de vie », a averti Kristalina Georgieva. « Cette calamité est loin d’être derrière nous. Tous les pays font aujourd’hui face à ce que j’appellerai la longue ascension ; une difficile remontée qui sera longue, inégale et incertaine. Et sujette à des retours en arrière », a-t-elle ajouté, soulignant que la situation pourrait aussi s’aggraver, surtout en cas de forte augmentation des flambées épidémiques. Son guide pour les gouvernements est : premièrement, préserver la santé des populations, insistant sur le fait que les dépenses de soins, de tests et de traçage des contacts soient impératives ; deuxièmement, éviter un retrait prématuré des aides publiques ; troisièmement, mener une politique budgétaire flexible et prospective en préservant des dépenses sociales et, finalement, elle a appelé les pays, surtout ceux à faible revenu, à gérer la dette publique. Le FMI estime que la dette publique mondiale atteindra un niveau record d’environ 100 % du PIB en 2020.

Réunions virtuelles du FMI et de la BM

Les assemblées annuelles des Conseils des gouverneurs du Fonds Monétaire International (FMI) et du Groupe de la Banque Mondiale (BM) se dérouleront principalement en mode virtuel cette année à cause de la pandémie du Covid-19, du 12 au 18 octobre 2020. Ces assemblées annuelles se tiennent habituellement en septembre ou octobre à Washington et, tous les trois ans, dans un autre pays membre. En 2021, elles sont prévues à Marrakech. Elles réunissent des dirigeants du secteur public (Banques Centrales, ministères des Finances et du Développement) et du secteur privé, représentants d’organisations de la société civile, experts issus des milieux universitaires) pour discuter des grands dossiers mondiaux : conjoncture économique mondiale, lutte contre la pauvreté, développement économique, efficacité de l’aide. Cette année, des sujets liés à l’impact du Covid-19 sur l’économie mondiale, la voie de la reprise et l’évolution du système financier international sont au menu. Le FMI et la BM ont émis une série de rapports à cette occasion portant sur la conjoncture économique, la dette mondiale, le changement climatique et la pauvreté, entre autres. D’autres rapports seront publiés la semaine prochaine.

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