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Les banques tiennent bon malgré les effets du coronavirus

Gilane Magdi , Lundi, 28 septembre 2020

Le Covid-19 a pesé lourdement sur les bulletins financiers des banques égyptiennes au cours des six premiers mois de l’année. Toutefois, la hausse des liquidités et l’adoption d’une politique monétaire expansionniste restent les clés pour encourager l’emprunt et l’investissement. Dossier.

Les banques tiennent bon malgré les effets du coronavirus

Le secteur bancaire prouve toujours sa résilience en temps de crise. Au moment où les chiffres officiels du premier semestre 2020 révèlent le recul ou l’augmentation modeste des profits de certaines banques, sous l’effet de la pandémie de Covid-19, les autres indicateurs bancaires, tel le taux de croissance des dépôts, de liquidités et des crédits, ont maintenu une bonne performance. « Les profits nets des banques opérantes en Egypte ont reculé de 20 % pendant le premier semestre de cette année pour atteindre 50 milliards de L.E. contre 62,4 milliards de L.E. durant la même période de l’année dernière », explique à l’Hebdo Radwa Al Swaify, directrice du département de recherche au sein de la banque d’investissement Pharos Securities. Jusqu’à présent, les deux grandes banques publiques — la Banque Misr et la Banque Nationale d’Egypte (NBE) — n’ont pas encore annoncé leurs performances financières. Mais les autres banques n’ont cessé de publier leurs bulletins pendant le premier semestre de cette année. La banque Faisal Islamic Bank vient à la tête des banques qui ont connu une baisse des profits (-38,8%) suivie par la CIB (-7 %) et la QNB Alahli (-5,66%). Quant aux banques qui ont connu une hausse des profits, pour le moment seule la banque Al-Baraka Egypt a annoncé une hausse de 1,1 %.

Radwa Al Swaify justifie cette modeste performance d’abord par « la hausse des allocations au sein des banques pour contrer les répercussions du Covid-19 ». La CIB est le meilleur exemple. D’après le rapport du conseil d’administration de la banque publié sur le site électronique de la Bourse égyptienne, « la banque a fait des allocations sans précédent de 2,2 milliards de L.E. pendant les 6 premiers mois de l’année contre 0,7 milliard durant la même période de 2019 », selon le communiqué. Autre exemple, la EGbank a fait des allocations de 3,3 millions de L.E. de janvier à juin 2020 contre 2,58 millions durant la même période de 2019.

Cependant, la hausse des allocations n’est pas la seule justification. Figurent également la hausse des dépenses et la baisse des revenus. Pour ce qui est des dépenses, les rapports de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) ont révélé la hausse des dépenses du secteur bancaire de 23,5% pour atteindre 119,16 milliards de L.E. durant les 6 premiers mois de l’année, contre 96 milliards de L.E. durant la même période de l’année dernière.

Quant aux revenus, ils ont baissé avec l’application des mesures prises par la BCE pour limiter les répercussions de la pandémie du coronavirus sur les particuliers et les entreprises qui ont souffert de la baisse de leurs revenus. Le 15 mars dernier, la BCE a annulé les frais et les commissions appliqués aux opérations de retrait en espèces des guichets et des portefeuilles électroniques pour une période de 6 mois. De même, la BCE a ordonné aux banques de reporter les délais de remboursement des crédits pour les particuliers et les entreprises, y compris les PME, également pour une période de 6 mois. De plus, les amendes supplémentaires appliquées pour les retards de paiement ont été suspendues. L’objectif est d’activer le pouvoir d’achat et d’inciter à l’octroi des crédits. Mais ces mesures ont sans doute influencé les revenus des banques qui sont les seules à supporter les frais.

Le vice-président de la BCE, Gamal Negm, explique le fardeau assumé par les banques par l’application de ces mesures préventives en donnant un exemple: « Il a été permis aux retraités de retirer leurs pensions des ATM, les distributeurs automatiques de billets des banques commerciales. Et c’est la BCE qui va assumer seule les coûts de l’utilisation de ces guichets qui s’élèveront sans doute à 100 millions de L.E. en décembre 2020 », a expliqué Gamal Negm dans un entretien accordé le 16 septembre à la chaîne télévisée DMC.

Autre source de revenu: les obligations et bons du Trésor dans lesquels les banques ont investi. « Ces investissements ont connu une baisse des taux d’intérêt, après que le ministère des Finances avait réduit les offres d’obligations et de bons du Trésor, en plus de la baisse des taux d’intérêt de base de la BCE », a noté un expert bancaire ayant requis l’anonymat. En effet, le taux d’intérêt sur les bons du Trésor gouvernementaux a fortement baissé depuis mars dernier, à la suite de la réduction des taux d’intérêt bancaires de 3%. Le dernier rapport de la BCE fait état d’une chute de ce taux pour atteindre 13,5% en juillet 2020 contre 17,7% en juillet 2019.

Mais Gamal Negm insiste sur la solidité du système bancaire, en notant que la BCE teste systématiquement (tous les trois mois) la capacité des banques à faire face aux pressions et aux crises externes. « Les actifs des banques ont augmenté de 40% dans les indices de santé financière. De même, le ratio d’adéquation du capital des banques égyptiennes (mesurant le risque financier pour le capital d’une banque par rapport au crédit accordé) atteint 20% contre les 10,5% recommandés selon les principes des accords de Bâle 3. On compte toujours des jours difficiles », renchérit-il.

Recul des dépôts

dans les banques privées

La montée des dépôts en monnaie locale à un nouveau record est un bon indicateur. D’après le dernier rapport de la BCE, le montant des dépôts a atteint 4,6 trillions de L.E. en juin contre 4,2 trillions de L.E. en février. Or, les banques publiques ont capturé ces sommes majeures au détriment des banques privées. Un sondage effectué par le journal économique Al-Mal sur 16 banques révèle le recul de la croissance des dépôts pendant le premier semestre de cette année. « 5 banques parmi 16 ont réussi à augmenter leurs dépôts pendant le premier semestre de 2020 par rapport à la même période de 2019. La liste comprend : Al-Baraka Bank Egypt, Crédit Agricole, QNB Alahli, Emirates NBD Bank et Faisal Islamic Bank of Egypt. Quant aux autres banques, 5 banques ont subi un certain ralentissement dans la croissance de portefeuille des dépôts, alors que les autres ont reculé de 1 à 6,5 % », selon le sondage d’Al-Mal publié le mois dernier.

De son côté, l’analyste du secteur bancaire et des institutions financières au sein de la banque d’investissement Beltone Financial Abanoub Magdi affirme que le premier trimestre de 2020 n’a pas subi de grand ralentissement dans la croissance des dépôts des banques publiques et privées. « Le ralentissement est devenu significatif pendant le deuxième trimestre, suite au lancement des certificats d’investissements de 15% par les deux banques publiques (Banque Misr et la NBE). Les certificats à haut rendement ont capté une partie de la part de marché des portefeuilles de dépôts bancaires qui ne pouvaient pas augmenter les taux d’intérêt de leurs caisses d’épargne en raison des coûts élevés des fonds, ce qui indique que les banques ne pouvaient pas fixer le prix des dépôts aux mêmes niveaux d’intérêt que ceux offerts par les deux banques publiques en raison de la baisse du rendement sur les actifs, tels les titres d’endettement gouvernementaux », explique-t-il. Une analyse partagée par un banquier au sein d’une banque privée ayant requis l’anonymat et qui a ajouté que les certificats à 15 % ont joué un rôle fondamental dans le ralentissement des taux de croissance des dépôts dans les banques privées, justifiant cela par les effets de la pandémie de coronavirus. « Il y avait une récession économique accompagnée d’une augmentation des dépôts du système bancaire, mais tous ces dépôts ont été injectés uniquement dans la NBE et la Banque Misr », renchérit-il.

Pour surmonter cette situation, Abanoub Magdi affirme que certaines banques ont eu recours à une augmentation du taux d’intérêt à 12% sur certains de leurs certificats d’épargne dans le but de préserver leurs clients et de ne pas affecter significativement leur part de marché. L’analyste bancaire et financier de Beltone Investment Bank prévoit une augmentation de la croissance des dépôts dans les banques privées après la suspension de ces certificats dans les banques publiques (voir sous-encadré). « Les banques peuvent travailler pour attirer des clients individuels grâce à certains avantages et services offerts », prévoit Abanoub Magdi.

Les petites banques sont les plus touchées, car les déterminants de leur solvabilité financière sont faibles, en plus du fait que le crédit n’a pas augmenté dans ces banques au cours du premier semestre avec le résultat attendu, ce qui ne les a pas poussées à augmenter les taux d’intérêt sur les caisses d’épargne pour les attirer des liquidités l

La Banque Misr et la NBE suspendent les certificats à rendement élevé

La semaine dernière, les dirigeants des deux banques publiques, Banque Misr et la Banque Nationale d’Egypte (NBE), ont annoncé l’annulation des certificats d’épargne connus sous le nom IBN Misr (fils d’Egypte). Dotés d’un taux d’intérêt le plus élevé sur le marché bancaire (soit 15%), les certificats étaient remboursables sur un an avec un rendement mensuel. Ces certificats avaient été émis en mars dernier par les deux banques qui ont réussi à collecter 383 milliards de L.E. au bout de 6 mois seulement (de mars à septembre). Le vice-président de la NBE, Yehia Aboul-Fotouh, a annoncé que sa banque avait collecté à elle seule 280 milliards de L.E., alors que la Banque Misr a collecté les 103 milliards de L.E. restants

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