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Fonds souverain : Des projets qui se concrétisent

Gilane Magdi, Mercredi, 16 septembre 2020

Les dirigeants du Fonds souverain pressent le pas pour mieux gérer ses actifs, et ce, via des négociations avec des investisseurs nationaux et étrangers, ainsi que la signature de protocoles de coopération avec les différents ministères. Les secteurs de l’énergie, de l’immobilier et de la santé viennent en premier lieu. Explications.

Fonds souverain : Des projets qui se concrétisent
Le Fonds souverain tient des négociations pour exporter l'énergie en Europe et en Afrique. (Photo : Reuters)

Maximiser la valeur des actifs gouvernementaux pour augmenter les rendements de l’Etat, tel est le pilier du plan de travail du Fonds souverain. Et les démarches pour réaliser cet objectif majeur sont accélérées dans différents domaines : énergie, immobilier, infrastructure et santé. « Notre stratégie actuelle après la pandémie du Covid-19 se base principalement sur l’investissement dans de nouveaux secteurs et l’attraction de nouveaux investisseurs dans le marché en injectant des investissements à long terme », a déclaré Ayman Soliman, directeur exécutif du Fonds souverain, le 8 septembre à l’issue d’un colloque tenu à l’Association des hommes d’affaires égypto-libanaise sous le thème « Le Fonds souverain égyptien, la découverte des opportunités ». Le directeur du fonds explique au milieu des affaires égyptiennes et libanaises les modes d’investissement du fonds. « Soit il entre en tant qu’investisseur partenaire avec une part minoritaire, soit en tant qu’investisseur principal », explique-t-il, en présentant les différentes opportunités d’investissement ciblées par le fonds dans différents secteurs.

Le secteur de l’électricité vient en tête de la liste. L’Egypte jouit d’un surplus de production et d’un avantage comparatif par rapport à d’autres pays du continent. Ayman Soliman a déclaré à l’agence Bloomberg la semaine dernière que le fonds a entamé des pourparlers avec des investisseurs européens pour exporter l’électricité égyptienne en Europe et en Afrique. « L’Egypte, qui possède un surplus de production d’électricité, cible les économies industrielles gourmandes en énergie et soucieuses de l’environnement. C’est pourquoi nous sommes en pourparler avec des investisseurs européens pour tester leur appétit de coopérer avec nous », dit Soliman. Ce dernier, nommé à la tête du fonds l’année dernière, explique les avantages comparatifs que possède l’Egypte par rapport à l’Europe, et ce, pas seulement dans le domaine de l’électricité. « Nous sommes considérés comme des concurrents par rapport à l’Europe au niveau du prix de vente. Pour le secteur industriel, le prix de l’électricité est de 9 cents par mégawatt en Egypte contre 15.4 cents dans les économies européennes telles que l’Allemagne et l’Italie. Donc, nous avons constaté qu’il y avait une possibilité d’exporter des excédents de l’énergie », explique-t-il.

Pour rendre la gestion du fonds capable d’accomplir cette mission, le ministère de l’Electricité et le Fonds souverain ont signé le mois dernier un protocole de coopération. Objectif : maximiser l’exploitation des projets et des actifs du ministère par le Fonds souverain et injecter les investissements nécessaires à la modernisation de ces actifs via un fonds subsidiaire ou des sociétés anonymes auxquels le fonds contribue. « Les deux parties se sont mises d’accord pour étudier le transfert de certains projets et actifs du ministère pour les soumettre au portefeuille des actifs disponibles à l’investissement du Fonds souverain pour les moderniser et maximiser ses valeurs dans le domaine de l’énergie fossile ou renouvelable ou les projets de liaison avec les pays voisins aux niveaux régional et international », a cité le communiqué de presse publié par le ministère de l’Electricité et de l’Energie renouvelable le 13 août dernier.

Projets d’interconnexion électrique

Le ministre de l’Electricité, Mohamad Chaker, a souligné l’intérêt de son ministère à soutenir et à renforcer la coopération avec le Fonds souverain égyptien dans les projets d’interconnexion électrique avec les pays voisins, à exporter de l’électricité vers l’Europe et à encourager les investissements et le secteur privé.

Parmi les projets les plus importants ciblés par le fonds, celui de la connexion électrique entre l’Europe et l’Afrique. « L’Egypte a signé l’année dernière un premier accord sur l’interconnexion EuroAfrica avec Chypre et la Grèce. Le fonds est en contact avec des commerçants d’énergie pour trouver des homologues qui peuvent investir aux côtés du fonds et développer la ligne de transport d’électricité », a déclaré Soliman. Le coût de la première phase de la ligne Egypte-Chypre-Grèce est estimé à 3 milliards de dollars, elle devrait être mise en service d’ici décembre 2023, avec une capacité de transport initiale de 1 000 mégawatts. « L’Egypte bénéficiera du faible coût de production d’électricité, en particulier pour l’énergie solaire. Un prix de vente pour l’électricité de Benban est de 2,4 cents le kilowattheure contre 23 cents américains le kWh en Europe », a déclaré Ayman Soliman.

Déjà connectée à la Libye et à la Jordanie, l’Egypte cherche également à approvisionner les économies émergentes dans le continent africain, selon Soliman. « Nous identifions les acteurs concernés en Afrique avec lesquels nous pouvons collaborer ou travailler et nous sommes en pourparler avec certains fonds souverains », a déclaré le directeur exécutif du fonds sans préciser les pays ni les institutions avec lesquels il tient ses négociations dans le continent africain.

De son côté, le PDG de l’Association des hommes d’affaires égypto-libanaise a félicité au nom du secteur privé les démarches des dirigeants du Fonds souverain, en notant : « Le fonds ouvre de nouveaux horizons d’investissements au secteur privé qui est soucieux de répondre aux objectifs du fonds et de participer aux opportunités d’investissements fournies par le fonds ».

Exploiter les anciens bâtiments publics

La stratégie de promotion et de modernisation du fonds englobe aussi les anciens grands bâtiments gouvernementaux, considérés comme étant le patrimoine du peuple égyptien. Le 3 septembre, le président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi, a publié le décret républicain n° 459 de 2020, supprimant l’avantage public d’un certain nombre de propriétés de l’Etat et d’un certain nombre de biens immobiliers en faveur du Fonds souverain égyptien. La liste de ces actifs, dont la valeur dépasse les 10 milliards de L.E., comprend : le Mogammea (le complexe de Tahrir), les bâtiments de l’ancien siège administratif du ministère de l’Intérieur, le terrain du parti national et le Musée national. Al-Sissi a également décidé d’annexer le terrain et les bâtiments du Village éducatif exploratoire de la ville du 6 Octobre, le terrain et les bâtiments du Village cosmique de la ville du 6 Octobre, le terrain et les bâtiments de l’extension de l’Institut Nasser et enfin le terrain du parc Andalous, qui est l’ancien zoo de Tanta.

Le fonds va également commencer par le complexe Al-Tahrir. « Le fonds va travailler sur les études nécessaires pour déterminer les meilleures utilisations du complexe, afin d’attirer les développeurs immobiliers spécialisés dans les domaines de l’hôtellerie, des activités commerciales et administratives. De même, le fonds cherche avec les investisseurs nationaux et étrangers les opportunités d’investissement dans les actifs du fonds situés dans Le Caire khédivial, afin d’enrichir la région de nouvelles activités qui maximisent la valeur de ces actifs », a noté Ayman Soliman, lors d’une réunion tenue avec le ministre du Logement et celle de la Planification. Le directeur exécutif du Fonds souverain égyptien a déclaré que le fonds en général gère le portefeuille et les actifs de manière rentable et les maximise, ajoutant : « Nous injectons des investissements à long terme pour préserver les richesses au peuple égyptien », a renchéri Soliman.

Dans le domaine de la santé, le fonds a déjà commencé à mettre en place des partenariats avec le Fonds Concord, en créant un fonds de santé. « L’Egypte a de grandes opportunités dans les secteurs qui captent l’intérêt des investisseurs », estime Ayman Soliman. En mai dernier, le Fonds souverain a signé avec la société de la gestion des investissements Concord, basée aux Etats-Unis, un mémorandum pour créer un fonds de surveillance médicale qui investit en premier lieu en Egypte, au Moyen-Orient et en Afrique.

D’après le journal économique Al-Mal, ce fonds est doté d’un capital de 300 millions de dollars. Il vise à maximiser la valeur des actifs à long terme en profitant des opportunités d’investissement direct en Egypte. De même, il sera chargé d’attirer les investissements étrangers directs dans les méga-projets.

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