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Croissance: Des prévisions positives malgré la crise

Marwa Hussein, Lundi, 15 juin 2020

Avec le coronavirus, le gouvernement a dû revoir ses perspectives de croissance, d'inflation et de chômage et remédier au déficit budgétaire et à la baisse des recettes en dollars. Quant à la bourse, elle se porte bien. Dossier 100 jours après le déclenchement de la pandémie.

Croissance  : Des prévisions positives malgré la crise
Le gouvernement prévoit une baisse plus drastique du taux de croissance si la pandémie se prolonge jusqu'à la fin de l'année.

L’egypte a revu ses prévi­sions de croissance écono­mique à la baisse pour l’exercice en cours. Le ministre des Finances, Mohamad Maeït, a déclaré que le taux de crois­sance pour l’exercice 2019-2020 se limiterait à 4% contre 6% initiale­ment prévu, en raison de la crise du Covid-19. Le ministre a mentionné que le Produit Intérieur Brut (PIB) a perdu 130 milliards de L.E. Le rap­port de la Banque Mondiale (BM) sur les perspectives économiques mondiales de juin 2020 signale une croissance du PIB égyptien de 3 % en 2019-2020. Le rapport indique cependant que la croissance de l’Egypte au cours de l’exercice 2019-2020 a été stimulée par une « activité favorable » avant le début de la pandémie, mais cette dernière a, depuis, interrompu la croissance. La BM souligne que l’Egypte et Djibouti sont les deux seuls pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) dont les économies ne se contracteront pas au cours de cet exercice, avec une crois­sance prévue pour l’Egypte équiva­lente au double de celle de Djibouti (1,3 %).

Le taux de croissance économique en Egypte avait baissé à 5% au cours du troisième trimestre de l’exercice 2019-2020 qui s’est achevé fin mars, soit deux semaines seulement après la découverte du premier cas de corona­virus dans le pays. Avant la crise, le gouvernement s’attendait à un taux de croissance de 5,9% au cours de cette période. La ministre de la Planification, Hala Al-Saïd, a déclaré que cette baisse était due « à la régression de plusieurs secteurs touchés par le Covid-19 comme le tourisme, le com­merce de gros et de détail et l’indus­trie ». Elle a précisé que la contribu­tion du secteur du tourisme au Produit Intérieur Brut (PIB) était tombée à 2,7% au troisième trimestre de l’exer­cice 2019-2020, contre 3% au même trimestre de l’exercice 2018-2019. Celle du secteur industriel a égale­ment baissé, passant de 12,8% à 12,2% contre 12,8%.

Parallèlement, la contribution du secteur des télécommunications au PIB est passée de 2,5% à 2,7% au troisième trimestre de l’exercice 2019-2020. Les secteurs des télécom­munications, de l’agriculture, des médicaments, des produits chimiques et de la construction disposent d’une flexibilité qui leur permet de croître malgré la crise du Covid-19, selon la ministre. La croissance économique de l’Egypte dépendra de ces secteurs pendant la crise.

Le ministère due la Planification avait révisé à la baisse le taux de croissance prévu pour l’exercice 2020-2021, qui commence en juillet, à deux reprises depuis l’éclatement de la crise du Covid-19. Hala Al-Saïd a révélé, lors d’une conférence en ligne organisée par la Chambre américaine du commerce, que la croissance pour­rait baisser à 3,5% en 2020-2021 si la crise du coronavirus se terminait en juin, mais elle a insinué que la crise pourrait se prolonger jusqu’au pre­mier, voire deuxième, trimestre du prochain exercice fiscal. En avril, Al-Saïd avait déclaré que le gouverne­ment vise un taux de croissance de 4,5% pour l’exercice 2020-2021, qui pourra cependant tomber à 3,5% si la crise du coronavirus se maintient au-delà de la première moitié de l’exer­cice. Ceci contre des prévisions ini­tiales de 5,8% avant la crise. La banque d’investissement Prime Holding prévoit un taux de croissance de 3,8% en 2019-2020 qui baisserait à 3,5% l’année suivante.

L’Egypte tire son épingle du jeu

Une baisse plus drastique du taux de croissance surviendra si la pandémie se prolonge. Le gouvernement estime que le taux de croissance tombera à 2 % au cours de l’année fiscale 2020-2021, si la crise du coronavirus sévit jusqu’à décembre 2020. Les prévi­sions des institutions internationales, comme le Fonds Monétaire International (FMI), optent générale­ment pour des scénarios moins opti­mistes que ceux du gouvernement. Ainsi, le FMI prévoit pour l’économie égyptienne une croissance de 2 % seulement à cause du coronavirus. Et la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) prévoit un taux de croissance de 3% en 2020-2021, malgré l’accé­lération de la croissance en Egypte au cours des six premiers mois de l’exer­cice 2019-2020, une accélération similaire à celle réalisée en 2018-2019 (5,6%).

La banque attribue le ralentissement de la croissance au Covid-19, avec notamment des perspectives assez faibles dans le secteur du tourisme, des perturbations dans les chaînes de valeur mondiales, une demande plus faible des partenaires commerciaux et un ralentissement des investissements directs étrangers. Hala Al-Saïd a évo­qué au parlement les différents scéna­rios à venir en signalant les prévisions du FMI. Elle a cependant souligné que selon les institutions internatio­nales, l’Egypte sera peut-être le seul pays de la région à réaliser un taux de croissance positif malgré la pandémie. « Les institutions internationales s’at­tendent à ce que l’Egypte fasse partie d’un petit nombre de pays qui connaî­tront des taux de croissance positifs d’environ 2%, tandis que l’économie mondiale connaîtra sans doute une baisse des taux de croissance de 7 % en moyenne », a déclaré Hala Al-Saïd, lors de la première réunion du conseil consultatif de la Fondation Kemet Boutros Ghali. Elle a ajouté qu’entre 25 et 30 millions d’emplois dans le monde seront perdus en raison de la pandémie de coronavirus. Le com­merce mondial connaîtra une forte baisse parallèlement à une contraction économique générale.

« La baisse des taux de croissance est surtout due à des facteurs externes, comme le tourisme », explique Mona Bédeir, économiste en chef auprès de la banque d’inves­tissement Prime. « L’envie de voya­ger ne sera rétablie qu’après la découverte d’un vaccin ou d’un médicament contre le Covid-19. Une reprise du tourisme ne peut être pré­vue avant le troisième trimestre de 2020-2021 », estime-t-elle. Et d’ajouter que le tourisme affecte les secteurs qui l’alimentent. Il existe d’autres facteurs extérieurs comme les exportations et les revenus du Canal de Suez, qui baisseront à cause de la régression du commerce inter­national, mais aussi la baisse des prix du pétrole et du gaz naturel. « Nos principaux partenaires commerciaux comme l’Europe et les pays du Golfe sont gravement affectés par la crise. Les économies européennes vont se contracter de 7%, selon le FMI, alors que les pays du Golfe seront sévèrement affectés par la baisse des prix du pétrole », détaille Mona Bédeir. Elle ajoute que la consomma­tion locale baisserait aussi à cause de la hausse attendue des taux de chô­mage. Cependant, elle considère que l’économie égyptienne est résiliente par rapport à d’autres économies grâce à sa grande diversité. Des sec­teurs comme la construction, l’im­mobilier et une partie du secteur industriel soutiendront la croissance l’empêchant de devenir négative.

Chômage et inflation en hausse

Le taux de chômage en Egypte a augmenté après une baisse durant plusieurs trimestres consécutifs. A la mi-mai, l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statis­tiques (CAPMAS) a annoncé que les taux de chômage en Egypte étaient tombés à 7,7% au premier trimestre 2020, contre 8% au cours de la même période en 2019. Mais le chômage est remonté à 9,2% fin avril à cause des mesures de prévention adoptées par le gouvernement pour contenir la pandé­mie de Covid-19. Dans ses récentes perspectives mondiales et régionales publiées en avril, le FMI prévoyait un taux de chômage en Egypte de 10,3 % en 2020, et de 11,6% en 2021, dans le contexte de la crise du Covid-19, et ce, contre 8,8% en 2019.

Hala Al-Saïd a indiqué que les secteurs de l’agriculture, du commerce de gros, de détail et des industries manufactu­rières représentent environ 50% du total de la main-d’oeuvre sur le marché du travail égyptien. Mona Bédeir pense que le taux de chômage atteindra 10,8% en 2020, et 11,7% l’année pro­chaine. « Normalement entre 500000 et 700000 personnes entrent sur le marché du travail chaque année. Au total, l’Egypte a 2 millions de chô­meurs, nous pensons que la crise crée­ra un million de chômeurs supplémen­taires. Le secteur du tourisme emploie 800000 personnes, selon le CAPMAS, dont la moitié ou au moins 40% per­dront leur travail à cause de la crise, en plus des nouveaux entrants à la recherche d’un emploi sans compter les autres secteurs affectés par la crise », argumente-t-elle. Et d’ajouter qu’une partie des Egyptiens travaillant dans les pays du Golfe pourraient aussi perdre leurs emplois à cause de la crise.

Le taux annuel d’inflation des prix à la consommation a lui aussi augmenté en avril, après des mois de baisse consécutive passant à 5,9%, contre 4,6% en mars, selon les chiffres du CAPMAS. Al-Saïd a souligné que cela était dû à l’augmentation saisonnière de la demande sur les produits alimen­taires et les boissons au cours du mois du Ramadan. « Le taux d’inflation moyen des dix premiers mois de l’an­née fiscale 2019-2020 s’élevait à envi­ron 5,3%, contre 13,3% au cours de la même période de l’exercice précé­dent », a-t-elle dit. L’inflation annuelle de base qui élimine les éléments vola­tils, tels les produits alimentaires, est montée à 2,54% en avril, contre 1,89% en mars, selon les données de la Banque Centrale. Prime s’attend à ce que l’inflation reste stable malgré la crise. « Les prix internationaux des produits alimentaires baissent à cause de la baisse de la demande, alors que les prix du pétrole resteraient proba­blement autour des 40 dollars, bien en dessous des prévisions du gouverne­ment dans le budget », a expliqué Hala Al-Saïd, niant l’hypothèse de pressions inflationnistes.

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