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Le Covid-19 et l’économie mondiale en débat à l’AUC

Amani Gamal El Din, Lundi, 11 mai 2020

L’Université américaine du Caire vient d’organiser plusieurs Webinars consacrés aux effets de la crise du coronavirus sur l’économie mondiale, la croissance et l’avenir des modèles économiques.

Selon l’Organisation Mondiale du Travail (OMT), au moins la moitié de la population mondiale est exposée à une incapacité de subsistance. Ceci soulève des préoccupations sur les inégalités, la pauvreté, l’économie informelle, les chaînes d’approvisionnement et les chocs de l’offre et de la demande. « Une question ne cesse de se poser: quels sont les programmes de stimulus adéquats et quelles politiques publiques faut-il adopter pour endiguer la crise à la lumière d’une contraction de la croissance mondiale à 3% et du commerce mondial à 32 % ? ». Une question posée par le Dr Ibrahim Awad, professeur à l’école de Global Affairs and Public Policy à l’Université américaine du Caire (AUC) et modérateur du Webinar intitulé « les effets économiques globaux du Covid-19 ». L’invité de cette session, Mahmoud Mohieddine, l’émissaire de l’Onu pour le financement de l’agenda 2030 du développement durable, a mis en avant un constat amer: « Selon les récentes annonces du Fonds Monétaire International (FMI), le monde est officiellement en récession. 170 économies témoigneront d’une croissance négative du revenu par habitant ».

Au cours d’un autre Webinar intitulé « Les Implications du Covid-19 sur la croissance mondiale et nationale », organisé par la School of Business de l’AUC, Ahmad Al-Safti, professeur d’économie à l’AUC, a de son côté déclaré que les secteurs affectés sévèrement comme le tourisme, le transfert des Egyptiens de l’étranger, la vente en gros, la restauration et les industries de divertissement ne connaîtraient de rétablissement partiel qu’en 2021. De même, les revenus du Canal de Suez et du pétrole baisseront non seulement à cause des problèmes logistiques et de transports, mais aussi à cause du prix du baril.

Quel rôle des politiques publiques ?

Puisqu’il est difficile de faire des projections exactes, Al-Safti estime que les preneurs de décision, en élaborant leurs plans d’action, doivent dresser des scénarios pour des politiques alternatives en prenant en compte les 4 modèles de récession au lieu de se fier à un seul. « Personnellement, je crois que le modèle le plus probable est le modèle en U qui prédit une période de récession et recul du PIB s’étendant sur plusieurs trimestres, suivie d’une reprise lente de la croissance », dit-il. En effet, 4 modèles de récession sont utilisés par les économistes pour connaître la courbe de la croissance après les crises: le modèle en V, en U, en W et en L. Le premier en V prévoit un déclin économique rapide et une reprise rapide. Le troisième en W dans lequel l’économie décline et reprend, mais connaît une détérioration ultérieure rapide. Le quatrième modèle en L intervient lorsqu’une économie est en récession et la croissance ne regagne pas pour des années.

Mohieddine, quant à lui, estime qu’il est déconseillé de rentrer dans le dilemme de faire des comparaisons entre les projections de différents pays. « Mais je dois considérer le pire scénario et ensuite concevoir les politiques publiques. Une fois qu’il y aura une reprise, il ne faut pas dépenser à travers tous les secteurs d’un seul coup. Mais, il faut injecter du financement dans les secteurs impactés et leur consacrer une couverture sociale décente ». Mohieddine a recommandé d’avoir pour référence les objectifs de développement durable. Nous avons besoin d’investir dans les individus, les infrastructures qui sont les réseaux d’information, l’intelligence artificielle et les infrastructures parmi lesquelles la couverture médicale universelle publique et privée. « Les gouvernements doivent reconsidérer l’introduction du revenu de base universel et étudier son mode de fonctionnement », dit-il. (Ndlr: le revenu de base universel est une somme d’argent versée par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans conditions de ressources ni obligation ou absence de travail).

« Le capitalisme n’arrive plus à assumer le surplus des individus de la planète », a déclaré Alan Fowler, président honorifique en philanthropie africaine et professeur de business à Wits Business School (Johannesburg, Afrique du Sud) au cours d’un troisième Webinar organisé par le Gerhart Center, affilié à la School of Business de l’AUC, intitulé « L’Avenir est plus horizontal ». Fowler pense que le Covid-19 précipite les discussions sur la nécessité d’opter pour l’application du revenu de base universel parce que l’alternative serait la destitution d’un large nombre d’individus, d’autant que l’automation et la robotisation remplacent la main-d’oeuvre. Selon lui, le Covid-19 a frappé un monde vertical perturbé à cause de l’internationalisation de l’économie et des chaînes d’approvisionnement. Un monde plus horizontal signifie une localisation de l’économie et davantage de solidarité sociale.

Autant de questions qui soulèvent une interrogation plus générale et cruciale, celle de savoir si les systèmes actuels sont en bouleversement. Une question à laquelle l’après-Covid-19 répondra .

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