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Croissance: Les calculs du gouvernement

Marwa Hussein, Mardi, 28 avril 2020

Les prévisions de croissance pour l’année 2020-2021 ont été revues à la baisse par le gouvernement à cause de l’impact du coronavirus. Deux scénarios sont possibles suivant la sévérité de la crise.

Croissance

Le gouvernement égyptien a révisé les taux de croissance cibles pour l’exercice fiscal en cours ainsi que l’exercice prochain qui commencera début juillet. La ministre égyptienne de la Planification et du Développement économique, Hala Al-Saïd, a déclaré que le gouvernement visait un taux de croissance de 4,5% pour l’exercice 2020-2021, qui pourrait cependant tomber à 3,5% si la crise du coronavirus dépassait la première moitié de l’exercice. Et ce, à l’encontre des prévisions initiales bien plus optimistes de 5,8%, estimées avant la crise. « Si la crise du coronavirus se termine fin juin, l’économie pourra croître de 4,5 %, mais le taux pourra baisser à 3,5 %, si la crise se prolonge jusqu’à la moitié de la prochaine année fiscale », a déclaré Al-Saïd. Ajoutant que dans ce cas, il faut s’attendre à un ralentissement économique prolongé en Egypte comme dans bien d’autres pays, ce qui affectera le marché du travail.

La ministre a également annoncé que la croissance cible du PIB pour l’exercice en cours (2019-2020) avait été ramenée à 5,1% contre 5,6%, attribuant cette baisse au ralentissement du taux de croissance au cours des troisième et quatrième trimestres de 2019-2020 à 5,2% et 4 % respectivement.

« Au lieu de parvenir à un développement durable, le nouveau plan se concentrera sur les nouvelles priorités relevées par le défi du coronavirus, telle la mise en oeuvre de programmes sanitaires et sociaux qui visent à contenir les effets négatifs de la crise », a précisé Hala Al-Saïd, en s’adressant au parlement, la semaine passée, sur le nouveau plan de développement 2020-2021. Elle a expliqué que le ministère de la Planification et du Développement économique avait élaboré deux scénarios possibles pour faire face à la crise. « Le premier prévoit que le coronavirus sera sous contrôle dans trois mois d’ici juin, et ce sera une bonne chose, car cela précède la mise en oeuvre du nouveau plan fin juin », a déclaré Al-Saïd, ajoutant espérer que « ce sera le scenario le plus probable». Le deuxième scénario, en revanche, prévoit que le coronavirus ne sera sous contrôle qu’à la fin de 2020. « Dans ce cas, nous changerons le cours du plan. Mais quelle que soit la voie prise par la pandémie, nous la voyons à la fois comme un cadeau et une crise », a précisé la ministre. « C’est un cadeau, car il donne au secteur industriel la possibilité d’exploiter la baisse des importations et de se déplacer pour répondre aux besoins de base du pays et stimuler les exportations égyptiennes vers les marchés étrangers », a déclaré Al-Saïd. « Mais le coronavirus provoquera une crise s’il se poursuit jusqu’à la fin de cette année, vu que son impact négatif s’étendra ainsi à l’année prochaine », a-t-elle averti. « Cependant, même dans ce scénario, nous nous attendons à un impact négatif de seulement 30 % sur nos plans de développement », a déclaré la ministre.

Qui y gagne, qui y perd ?

« Pour le moment, il y a beaucoup d’incertitudes, plusieurs scénarios sont possibles, mais nous savons qu’aucune économie ne peut supporter plus que deux mois de fermeture », explique à l’Hebdo Mona Bédeir, économiste en chef auprès de la banque d’investissement Prime, tout en prévoyant un taux de croissance de 3,3% pour 2020-2021. Prime ne s’attend pas à une reprise économique avant la deuxième moitié de 2021. « Cela est dû à nos prévisions que la consommation locale, responsable d’une grande partie de la croissance en Egypte, est sous pression. Je crois que l’appétit des ménages à la consommation ne redémarrera pas tout de suite après la pandémie à cause de l’insécurité financière accompagnant la crise », explique Bédeir, estimant que la consommation locale reprendra ses niveaux de croissance normaux en 2021. L’analyste économique prévoit cependant que les secteurs de l’agroalimentaire, de la construction et du transport feront exception et ne subiront pas de baisse de la croissance. Dans son discours devant le parlement, Hala Al-Saïd a mentionné qu’il existe des secteurs prometteurs qui sont capables de s’adapter et d’interagir positivement avec les conséquences de la crise, et qui peuvent soutenir la croissance économique. Il s’agit des secteurs des télécommunications, de l’agriculture, de la construction et du bâtiment ainsi que de l’industrie pharmaceutique et chimique. En revanche, certains « seront gravement touchés par la crise, comme le tourisme, la restauration et le secteur du divertissement », a ajouté Al-Saïd.

Mona Bédeir prévoit que le tourisme et les exportations reprendront au cours de la deuxième moitié de l’année fiscale prochaine. « Pour le moment, les investissements publics seront le moteur de la croissance. Les investissements du secteur privé seront centrés sur l’industrie alimentaire, la vente en détail et l’agriculture qui maintiendront leurs taux ordinaires de croissance avec un surplus d’offre à cause de la baisse du tourisme, mais ce serait dans l’avantage de l’inflation qui pourrait baisser à 7,9% en 2020 », a résumé Mona Bédeir. Selon l’économiste, les investissements privés dans le secteur du pétrole diminueront à cause de la baisse des prix du brut. « La crise est plus compliquée que celle de 2008. Nous avons un problème au niveau de l’offre comme de la demande. Côté offre, l’industrie est fragmentée ; nous importons des pièces de rechange de la Chine ou de Singapour, mais il est difficile de les obtenir à cause du lockdown. De même, la demande sera affectée par la hausse du chômage et les licenciements. En plus, il y aura ceux qui se tourneront vers les valeurs refuges comme l’or, ceci affectera les liquidités disponibles ». Pour ce qui est du chômage, Mona Bédeir rappelle qu’en 2008, l’Egypte a perdu 800000 emplois, elle estime que la crise actuelle donnera lieu à la perte de 1,5 million d’emplois au minimum.

Face à tout cela, Al-Saïd a indiqué que pour compenser le ralentissement probable de l’investissement privé, le gouvernement a augmenté les allocations aux investissements publics, qui sont estimés à 595 milliards de L.E. pour 2020-2021, dont environ 281 milliards sont des investissements gouvernementaux avec une croissance de 34% par rapport à 2019-2020. Al-Saïd a rappelé que dans le cadre de la gestion de la crise, l’Etat a pris un large éventail de mesures économiques financières et monétaires, dont l’allocation de 100 milliards de L.E. destinés à soutenir les secteurs les plus touchés (santé et tourisme), à revitaliser la Bourse égyptienne et à soutenir les ouvriers réguliers et irréguliers. La ministre a par ailleurs souligné que le succès du programme de réforme économique (entre 2016 et 2019) avait renforcé la capacité du gouvernement à faire face à la crise, car il a produit de nombreux indicateurs positifs, qui ont rendu l’économie égyptienne plus solide face aux crises.

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