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Ossama Kamal : La baisse des cours a un effet positif sur l’Egypte

Mardi, 28 avril 2020

Lors d’une rencontre avec des journalistes au siège de la Ligue arabe, mercredi au Caire, l’ex-ministre égyptien du Pétrole, Ossama Kamal, a répondu aux questions d’Al-Ahram Hebdo sur les causes politiques et économiques de l’effondrement des cours de l’or noir aux Etats-Unis et dans le monde, expliquant les répercussions de cette baisse sur l’Egypte et les pays arabes.

Ossama Kamal

Al-Ahram Hebdo : Le 21 avril, le baril de pétrole est passé à moins de 37 dollars aux Etats-Unis. Comment justifiez-vous cet effondrement ?

Ossama Kamal: C’est une longue histoire. Il faut savoir qu’il y a une volonté de la part des Etats-Unis et des grandes puissances économiques d’affaiblir les grands pays producteurs de pétrole comme la Russie et l’Iran en les plongeant dans une guerre des prix. Objectif : freiner la croissance économique de la Chine, qui dépend du pétrole iranien et qui est la deuxième économie mondiale après les Etats-Unis. Cette guerre a commencé il y a plusieurs années et a entraîné une fluctuation des prix du pétrole, ce qui a causé de grandes pertes pour la Russie et les pays arabes. A cela s’ajoutent les répercussions de la pandémie de coronavirus, qui s’est répandue dans le monde et qui a entraîné la fermeture des usines et le recul de la demande quotidienne sur le pétrole à 70 millions de barils par jour contre 90 millions de barils par jour avant la pandémie. La production quotidienne de pétrole varie normalement entre 100 et 105 millions de barils par jour. Et donc, il y a actuellement un surplus de 35 millions de barils par jour contre 15 millions de barils par jour avant le coronavirus. Les capacités de stockage ont aussi augmenté dans les pays producteurs de pétrole au cours des quatre derniers mois, atteignant leur niveau le plus élevé aux Etats-Unis. Ces derniers ont continué à conclure des contrats de pétrole à long terme pour le mois de mai dans ce climat qui se caractérise par un surplus de la production. Donc, les producteurs n’ont pas trouvé d’acheteurs et ont été obligés de stocker l’or noir pendant les mois de mai et juin pour un coût mensuel de 40 dollars pour le baril en cas d’absence d’acheteurs. Donc, ils ont proposé de se débarrasser de l’or noir à n’importe quel prix pour éviter les coûts élevés du stockage entraînant la plongée des prix à ce niveau historique.

— Pour arrêter l’effondrement des prix, l’Opep et la Russie ont conclu un accord exceptionnel prévoyant une baisse de la production de 9,7 millions de barils par jour. Pensez-vous que cet accord réalise ses objectifs ?

— Je pense que oui, car selon cet accord, la production quotidienne baissera de presque 10 millions de barils par jour. Je pense que les petits producteurs, dont la production quotidienne varie entre 7 et 10 millions de barils, sortiront du marché durant la prochaine période en raison de la hausse des coûts de production. Il y a deux sortes de coûts: les coûts fixes (entre 8 et 10 dollars) et les coûts variables (entre 15 et 25 dollars). En faisant l’addition des deux coûts, on obtient un prix compris entre 25 et 40 dollars pour le baril. Sous la barre des 25 dollars, les petits producteurs sont incapables d’assumer les coûts de la production. Donc, l’offre va baisser de 20 millions de barils au total pour atteindre 85 millions de barils par jour, ce qui entraînera un rebond graduel des prix pendant les prochains mois. En ce qui concerne la demande, il y aura une hausse de la demande durant les mois de mai et de juin avec le retour graduel de l’activité économique dans les différents pays du monde et le retour de l’activité aérienne à la fin du mois de mai. Les prix vont donc rebondir graduellement pour se situer entre 40 et 60 dollars.

— Quel est l’impact de la baisse des cours du pétrole sur l’Egypte et sur sa stratégie d’exploration pétrolière ?

— L’impact est sans doute positif sur le budget de l’Etat à travers la baisse de la facture des subventions et des importations pétrolières. Dans le nouveau budget, 2020-2021, le gouvernement a baissé le montant des subventions à l’énergie à 20 milliards de L.E., un chiffre qui pourrait baisser à 10 milliards de L.E. à la fin de l’année financière. En revanche, l’impact est négatif sur l’investissement dans le secteur pétrolier égyptien. La baisse des prix du pétrole à ce niveau a un impact négatif sur les revenus des grandes sociétés d’exploration et de production de l’or noir dans le monde en raison de la hausse des coûts de production dans les eaux profondes. Donc, elles pourraient freiner un peu leurs investissements. Mais jusqu’à présent, les partenaires de l’Egypte poursuivent leurs plans de production.

— Comment l’Egypte peut-elle bénéficier de l’effondrement des prix en tant que pôle énergétique dans la région ?

— L’espoir dans la prochaine période ne sera pas dans l’exportation du pétrole brut, mais dans l’industrie des produits pétrochimiques qui dépend des matières, tel le naphta. L’Egypte possède tous les fondements pour devenir un pôle régional dans ce domaine étant donné sa position géographique et les accords de coopération économiques qu’elle conclut avec ses partenaires arabes. Par exemple, en cas de manque de brut, l’Egypte peut importer ses besoins d’Arabie saoudite pour fabriquer les produits pétrochimiques. Au moment de la baisse des prix du pétrole, ce sont les pays qui utilisent l’or noir dans les industries qui gagnent

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