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Akram Tenawy : Les secteurs industriel, agricole et pétrolier ainsi que les projets d’infrastructure vont connaître un essor

Gilane Magdi, Mardi, 14 janvier 2020

Membre délégué de la banque ABC Misr, Akram Tenawy revient sur les répercussions positives de la baisse des taux d’intérêt bancaires sur le climat d’investissement et le déficit budgétaire.

Akram Tenawy
(Photo : Mohamad Moustapha)

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous l’importante baisse des taux d’intérêt bancaires en 2019 ?

Akram Tenawy: La baisse des taux d’intérêt a été plus forte que ce que nous avions prévu. Au sein de ma banque, nous avions prévu une baisse de 2% au cours de l’année dernière, alors que la Banque Centrale a baissé ses taux directeurs de 4,5%, soit du plus du double de nos prévisions. En 2020, il y aura probablement une baisse supplémentaire de 3%. Le recul des taux d’intérêt vient toujours en parallèle avec une baisse du taux d’inflation. Ce dernier a reculé de 957 points depuis le début de l’année, suivi par une baisse des intérêts bancaires de 450 points. L’objectif de cette politique est de créer un climat d’investissement plus favorable.

— Quels sont les avantages de ces baisses continues pour l’économie égyptienne ?

— En baissant les taux d’intérêt, vous gagnez deux choses importantes : la première est liée au climat d’investissement, qui devient plus attrayant avec le recul du coût d’endettement, qui devient, lui, moins cher pour les sociétés. La deuxième concerne le déficit budgétaire, qui va fortement reculer en raison de la baisse du coût d’emprunt des titres gouvernementaux (les bons du Trésor et les obligations, ndlr). Ce déficit est actuellement de 6,2%, à savoir l’un des meilleurs chiffres dans le monde arabe et en Afrique. Le taux de croissance du PIB est, quant à lui, de 7,2 %. Le taux de chômage a baissé à 7,6 % grâce au lancement des grands projets nationaux. Avec le lancement de davantage de projets, nous prévoyons son recul à un niveau entre 5,5 et 6% en 2020. Or, bien que le climat d’investissement soit très attrayant, on ne constate pas de véritable flux d’investissements étrangers directs vers le pays. C’est pourquoi le secteur privé doit jouer un rôle important dans l’économie nationale durant la prochaine période. Il doit profiter de cette politique monétaire expansionniste.

— Les institutions internationales, telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, annoncent le début d’une récession mondiale pour 2020. Est-ce que cela signifie que le secteur privé au niveau national et mondial pourrait stagner ?

— Chaque crise porte, au fond, plusieurs chances d’investissements. Même si le monde entre dans la récession, il y aura sans doute des opportunités dans certains marchés, y compris en Egypte. Prenons l’exemple de la société Cargill, l’une des plus grandes compagnies privées au monde. Elle se définit comme un producteur et un fournisseur international de produits et de services liés à l’alimentation, à l’agriculture et aux secteurs industriel et financier. Cargill peut souffrir d’un état de récession dans la majorité des marchés dans le monde, mais elle va entrer dans d’autres marchés, plus prometteurs, pour contrebalancer cet effet.

— Selon vous, l’Egypte peut-elle figurer parmi ces marchés prometteurs? Et quels sont les secteurs qui seront attrayants ?

— Bien sûr, l’Egypte sera attrayante pour les investisseurs étrangers durant la prochaine période. Les secteurs industriel, agricole et pétrolier ainsi que les projets d’infrastructure vont connaître un essor. Aujourd’hui, le secteur bancaire possède un large montant de liquidités prêtes à être accordées au secteur privé. Le ratio prêts-dépôts ne dépasse pas les 45 %, ce qui signifie que les banques possèdent de larges sommes pouvant être consacrées au financement du secteur privé plutôt que d’être investies dans les outils d’endettement gouvernementaux. Le gouvernement encourage les banques à opter pour ce choix à travers la baisse des taux d’intérêt bancaires. En plus, il a engagé les banques en février dernier à payer des impôts sur les rendements des bons du Trésor. Au cours des 5 dernières années, les banques ont fait des profits remarquables en raison de la hausse des rendements sur les bons et les obligations gouvernementaux, alors que le secteur privé était menacé par la récession et la baisse d’activité des usines.

— La baisse des taux d’intérêt bancaires a commencé en mars 2019. Quel a été l’impact sur les crédits accordés aux ménages et aux milieux d’affaires ?

— Les crédits accordés aux ménages ont largement augmenté en raison de la hausse du nombre de propriétaires de cartes de crédit dans les différentes catégories de la population. Au sein de ma banque, ces crédits ont augmenté de 25% de mars à décembre 2019, alors que les crédits accordés aux entreprises ont connu une hausse de 10 à 12%. Mais il est important de comprendre que les effets de la baisse des taux d’intérêt seront encore significatifs au cours de la nouvelle année. Nous pensons que les Petites et Moyennes Entreprises (PME) seront les grandes bénéficiaires— davantage que les grandes entreprises—, car elles sont les moteurs de la croissance économique. Lorsqu’on parle d’une croissance durable de 7%, celle-ci provient des PME.

— D’un autre côté, le secteur des ménages est aussi le plus touché par cette baisse des taux d’intérêt, à cause du recul des rendements sur les dépôts bancaires et les certificats d’investissement. Qu’en pensez-vous ?

— Il n’y a pas de modèle idéal pour l’économie. Bien sûr, il y aura des perdants de la baisse des taux d’intérêt bancaires, à savoir les clients — notamment les personnes âgées— qui possèdent des dépôts bancaires et des certificats d’investissement. Mais l’objectif est d’inciter les différentes catégories de la société à investir leur argent dans les petits projets et autres moyens d’investissements au lieu de les déposer à la banque. Pour sa part, le gouvernement a pris des mesures pour compenser la baisse des rendements par une baisse similaire des prix des biens. La meilleure preuve en est l’annonce, par le ministère de l’Approvisionnement, de la baisse des prix des biens d’approvisionnement stratégiques .

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