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Baisse des taux d’intérêt : Une opportunité pour l’investissement

Gilane Magdi, Mardi, 14 janvier 2020

Les intérêts bancaires ont baissé de 4,5% en 2019 entraînant un recul du coût de l'endettement public et une relance des investissements privés. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2020. Dossier.

Baisse des taux d’intérêt : Une opportunité pour l’investissement
Les intérêts bancaires devraient baisser de 3 % en 2020. (Photo : Mohamad Moustapha)

L’année 2019 était celle de la baisse des taux d’inté­rêt bancaires à des niveaux imprévisibles. La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a réduit ses taux directeurs sur les dépôts et les emprunts 4 fois en 2019 pour atteindre 12,5% et 13,5% respectivement actuelle­ment. Les analystes expliquent l’impact de cette baisse sur l’éco­nomie égyptienne à différents niveaux: investissements, épargne et endettement gouvernemental. « La baisse des taux d’intérêt est avantageuse pour l’économie égyptienne. Nous revenons aux niveaux d’avant le flottement de la livre en 2016 », explique Esraa Ahmad, analyste économique auprès de la banque d’investisse­ment Shuaa Capital Egypt. Le comité des politiques monétaires au sein de la Banque Centrale se réunira le 16 janvier pour décider soit de la baisse soit du maintien des taux d’intérêt bancaires. « Le comité pourrait garder les taux d’intérêt bancaires stables aux niveaux actuels en vue de tester l’appétit des investisseurs dans les titres d’endettement gouvernemen­taux avant de décider d’une nou­velle baisse », indique Shuaa Capital Egypt dans sa note publiée le 8 janvier.

En 2016, la BCE avait adopté une politique monétaire restrictive basée sur la hausse des intérêts bancaires pour contrer la hausse de l’inflation. Selon le bulletin men­suel de la BCE, publié en décembre, le taux directeur est passé de 12,75% en 2016 à son niveau le plus élevé en juin 2017, soit 17,75%. Depuis, la Banque Centrale a changé sa politique après avoir réussi à baisser le taux d’inflation de plus de la moitié. Celle-ci a enregistré 6,8% en décembre 2019. La baisse des taux d’intérêt vise à encourager le sec­teur privé à s’endetter auprès des banques à des taux abordables.

Le dernier rapport intitulé « La baisse des taux d’intérêt favorise l’investissement », publié récem­ment par la banque d’investisse­ment Prime Securities, insiste sur l’impact de cette politique moné­taire expansionniste favorisant le secteur privé et les petites et moyennes entreprises grâce au recul des coûts de l’emprunt. « Après les baisses des taux d’inté­rêt de l’année dernière, les banques devraient orienter les dépôts vers les prêts accordés au secteur privé et renoncer à investir dans des instruments de la dette publique », indique le rapport, en notant que l’investissement des banques dans les titres de l’endettement gouver­nemental représente 29,5% de leurs actifs. « C’est pourquoi le ratio crédits-dépôts reste très faible par rapport à la capacité d’emprunt des banques. Ce ratio a faiblement augmenté pour atteindre 46,4% en 2019 », note le rapport en remarquant que le pays doit évaluer ses besoins et identifier les domaines d’investissements qui réduiront la facture des importa­tions et stimuleront les exporta­tions. Objectif: faire prospérer les réserves en devises du pays.

La baisse se poursuivra en 2020

Baisse des taux d’intérêt : Une opportunité pour l’investissement
Les petites et moyennes entreprises sont les grands bénéficiaires du recul des taux d'intérêt. (Photo : Reuters)

Or, le niveau actuel des taux d’intérêt bancaires, malgré la baisse, reste insuffisant pour encourager l’investissement privé. « Pour que l’effet de la baisse soit significatif sur l’investissement, il faut baisser les taux d’intérêt à 9 ou à 10 % », pense Esraa Ahmad. Opinion partagée par Mona Bédeir, analyste économique auprès de la banque d’investissement Prime Holding, qui explique que « outre les taux d’intérêt bancaires, le milieu d’affaires assume les coûts élevés de l’électricité et des maté­riaux importés nécessaires à la production. Donc, la Banque Centrale devrait continuer à bais­ser les taux d’intérêt en 2020 et passer à 9,75 % », insiste-t-elle.

Pour donner une impulsion à l’investissement, la Banque Centrale a récemment lancé une initiative pour le secteur industriel qui consiste à allouer 100 milliards de L.E. aux entreprises privées qui réalisaient des chiffres d’affaires annuels compris entre 50 millions de L.E. et un milliard de L.E. à un taux d’intérêt de 10% décroissant. « En échange, la Banque Centrale va compenser les banques tous les trois mois en leur versant la diffé­rence entre le taux d’intérêt officiel et celui accordé dans le cadre de l’initiative », selon le communiqué de presse publié le 12 décembre 2019 par la BCE sur son site élec­tronique.

Pacinthe Fahmy, membre au par­lement égyptien, met en garde contre la baisse continuelle des taux d’intérêt bancaires. Elle explique à Al-Ahram Hebdo que le fait de réduire les intérêts bancaires pour relancer l’investissement est une grande illusion pour deux raisons principales: la première est le fait que tous les rapports des institu­tions internationales comme le FMI et la Banque mondiale prévoient une récession mondiale dès 2020. « Cela signifie que le secteur privé fera preuve de prudence en emprun­tant aux banques pour financer ses plans d’expansion en raison de la baisse prévue de la demande mon­diale », explique-t-elle.

La deuxième raison est liée à la baisse prévue de la demande inté­rieure en raison du recul du pouvoir d’achat des ménages. « Le recul des taux d’intérêt sera choquant pour les ménages qui ont été surpris par la baisse imprévue de leurs rende­ments mensuels provenant des certi­ficats d’épargne déposés dans les banques. Donc, la majorité de ces ménages va réduire ses dépenses », note-t-elle. Quant à Bédeir, elle pense au contraire que la baisse des taux d’intérêt bancaires va stimuler la demande des ménages sur les biens durables comme les automo­biles. « D’habitude, les ménages achètent ce type de biens au moyen de crédits bancaires. Donc, la baisse des taux d’intérêt réduira les coûts d’endettement pour acquérir ce type de biens », affirme-t-elle, en ajou­tant que les revenus des déposants ne seront pas très impactés en raison du recul des taux d’inflation. « Tant que le taux d’intérêt réel (résultant de la soustraction du taux d’infla­tion du taux d’intérêt officiel) est positif, il n’y a aucun problème », souligne-t-elle.

Selon le dernier bulletin de la BCE, le montant des facilités accordées aux ménages a faible­ment augmenté pendant les 7 der­niers mois de 2019 (de mars à octobre 2019) passant de 315 mil­liards de L.E. en mars à 366 mil­liards de L.E. en octobre.

Réduire le coût de l’endettement gouvernemental

La baisse des taux d’intérêt ban­caires de 4,5% est très avantageuse pour le déficit budgétaire en raison du recul des coûts d’endettement, et par conséquent, du service de la dette qui avale le tiers des dépenses budgétaires. « Le gouvernement est le plus grand bénéficiaire de la baisse des taux d’intérêt bancaires. La baisse des intérêts bancaires de 1 % économise au budget 13 mil­liards de L.E. allouées au service de la dette. Cela entraîne ensuite une baisse du déficit budgétaire », sou­ligne Esraa Ahmad. Et d’ajouter que le service de la dette s’élève à 560 milliards de L.E. annuellement.

En effet, les intérêts sur les outils de l’endettement gouvernemental (bons et obligations du Trésor) ont baissé avec la baisse des taux d’inté­rêt. Par exemple, les intérêts sur les bons du Trésor de 91 jours n’ont cessé de plonger, selon le rapport mensuel de la BCE. Ils sont passés de 17,7% en juin 2019 à 15,48% actuellement. Malgré ce recul, les rendements des titres gouvernemen­taux restent attirants aux yeux des investisseurs, selon les analyses des experts et les rapports mondiaux. Aliaa Mamdouh, de la banque d’in­vestissement Beltone Financial, note que « les intérêts bancaires en Egypte restent, malgré la baisse, très attirants sur les marchés émer­gents en raison de la valeur de la monnaie égyptienne et la hausse des intérêts réels avec la baisse des taux d’inflation ».

De même, l’agence américaine Bloomberg a indiqué dans sa der­nière note sur l’Egypte publiée le mois dernier que le niveau des taux d’intérêt restait attirant par rapport à d’autres pays. « Après la chute du taux d’inflation à son niveau le plus bas en 7 ans, le taux d’intérêt réel reste parmi les plus élevés au monde. Actuellement, le taux d’inté­rêt réel est de 8,5% en Egypte, dépassant celui de la Turquie et de l’Ukraine », souligne l’agence, en affirmant que le fait que les taux d’intérêt réels soient élevés en Egypte offre des avantages aux investisseurs pour investir dans les titres gouvernementaux. « De même, la livre égyptienne est préférable pour les investisseurs qui emprun­tent aux pays à faibles taux d’intérêt pour investir dans les pays à taux d’intérêt élevés », conclut Bloomberg.

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