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Economie : le redressement se poursuit

Amani Gamal El Din, Lundi, 06 janvier 2020

Les indices macroéconomiques prévus pour 2020 en Egypte sont optimistes. Le fardeau de la dette continue à peser, mais le gouvernement a adopté un plan de restructuration ambitieux pour les trois prochaines années.

Economie

La livre égyptienne reprend de la force. « La force de la livre égyptienne constituera la pierre angulaire du futur ajustement économique structurel », note le rapport de la banque d’inves­tissement Beltone sur les prévisions économiques de 2020. « L’environnement économique est favorable à une appréciation de la livre égyptienne, avec des fluctuations entre 16 L.E. et 16.5 L.E tout au long de 2020 et le plus bas taux de change sera maintenu à 15,9 L.E. », explique Aliaa Mamdouh, macro-analyste auprès de Beltone. En effet, tout au long des deux dernières semaines de 2019, le taux de change de la livre a chuté à 15,9 L.E., le plus bas taux depuis sa libéralisation le 2 novembre 2016.

Les analystes de Beltone étayent leurs prévisions par plusieurs argu­ments. Il y a d’abord l’amélioration de la balance pétrolière, qui a enre­gistré un excédent de 8 milliards de dollars au cours de l’année fiscale 2018-2019 après un déficit de 3,7 milliards l’année précédente. Les revenus pétroliers ont atteint 12,6 milliards en 2018-2019 et se chif­freront à environ 13,5 milliards en 2019-2020. Une augmentation des actifs étrangers nets des banques ainsi qu’une augmentation des actifs de la Banque Centrale d’Egypte (CBE) à 16,5 milliards de dollars. Les réserves monétaires s’élèvent à 45 milliards de dollars et couvrent 7 mois d’importations. Les réserves non officielles ont également atteint 11,3 milliards en octobre 2019 avec une hausse de 9 %. Les capitaux sont maintenus dans les titres à revenu fixe. D’autant que les titres publics émis par le gouvernement resteront attrayants, malgré la chute des taux d’intérêt. L’écart d’inflation avec les Etats-Unis se rétrécira avec la décélération continuelle de l’infla­tion. « Ajoutons à cela les efforts gouvernementaux pour adhérer à l’Emerging Market Bond Index (l’indice des obligations des mar­chés émergents). Un fait qui main­tiendra les liquidités saines et atti­rera une variété d’investisseurs étrangers », commente Mona Bédeir, analyste en chef de la banque d’investissement Prime.

La courbe descendante

de l’inflation

Le taux d’inflation maintiendra une courbe descendante en 2020. Le taux moyen sera de 8,5%, ce qui dépasse l’objectif fixé par la BCE de 9+3% ou 9-3% fin 2020, selon les lectures prévisionnelles de la banque d’investissement Pharos. Alors que les estimations de Beltone sont plus optimistes, soit 7 % en moyenne pour l’année. Selon Aliaa Mamdouh, macro-ana­lyste auprès de Beltone, cette baisse de l’inflation sera favorisée par une livre forte et la baisse des cours de pétrole mondiaux. La fin de la res­tructuration des subventions en juillet 2019 et la mise en place de mécanismes d’indexation des prix du carburant, ainsi que l’augmenta­tion de 21% des prix de l’essence et de 15% de l’électricité, sont censés annuler les pressions infla­tionnistes pendant l’année fiscale 2019-2020. « Nous estimons que l’inflation qui a enregistré un seul chiffre en juin 2019 (9,4%) est un bon augure pour les prochaines prévisions. Selon nos estimations, elle atteindra environ 4,9% au 4e trimestre de 2020 contre 7% au 3e trimestre de 2019 », selon Mona Bédeir, analyste en chef de la banque d’investissement Prime.

Avec la baisse des taux d’infla­tion, l’assouplissement des poli­tiques monétaires et la baisse des taux d’intérêt devraient continuer. « La BCE maintiendra cette ten­dance graduellement. Cet assou­plissement, avec un contexte mon­dial favorable et un resserrement monétaire mondial, est essentiel pour revigorer le secteur privé et soutenir la croissance. Au lende­main de la libéralisation des taux de change, le 6 novembre 2016, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) avait pris la décision d’adopter une politique de resserrement moné­taire pour contenir l’inflation en haussant les taux d’intérêt direc­teurs de 700 points pour les chiffrer à 18,75% sur les dépôts et à 19,75% sur les crédits. Février 2018 a marqué le début des poli­tiques d’assouplissement moné­taires avec une baisse graduelle des taux d’intérêt qui se situaient en novembre 2019 à 12,25% sur les dépôts et 13,25% sur les cré­dits », ajoute-t-il.

Capital Economics estime de son côté que l’inflation connaîtra une courbe ascendante minime fin 2020, mais elle restera modérée et les prix seront également contrôlés à cause de l’absence de pression sur la livre égyptienne. « En effet, une inflation en baisse signifie pour les investisseurs étrangers des rende­ments réels et donc un climat d’in­vestissement compétitif », explique Bédeir.

Une dette persistante

mais contrôlée

Au cours de l’année fiscale 2019-2020, les services de la dette et le déficit fiscal entraîneront une dette accumulée. La hausse des dépenses publiques est estimée à 15% du PIB contre une moyenne de 10 % dans les six années précédentes. « Ces dépenses vont croître de 1,4 trillion de L.E. au cours de l’année fiscale 2018-2019 à 1,7 trillion en 2019-2020 et atteindront 2,2 trillions en 2022-2023 », note le rapport de Pharos. Selon le rapport, cette hausse est due à deux raisons : la première est les services de la dette qui ont atteint 580 milliards en 2019-2020 contre 420 milliards en 2018-2019. Le gouvernement s’endette pour combler l’écart financier et il a un plan de rembour­sement chargé en 2019-2020 et 2021-2022. La seconde raison est la consolidation fiscale qui se ralenti­ra à 1,7% en 2019-2020 après avoir enregistré 7,5% en 2018-2019, alors qu’elle était à 40% en 2016-2017 et 20% en 2017-2018.

Résultat: le niveau de la dette de l’Egypte a gonflé. La dette domes­tique a atteint 4,2 trillions de L.E. en mars, à un moment où la dette extérieure a atteint 109 milliards de dollars au cours de l’année fiscale 2018-2019, enregistrant une hausse de 17% comparée à ses niveaux au même moment de l’année précé­dente. Les deux dettes représentent 114% du PIB, selon les estimations de Pharos.

Pour régler ce problème, Mohamad Maeit, ministre égyptien des Finances, affirme dans un com­muniqué que l’objectif est de réduire le déficit budgétaire à moins de 7% du PIB dans l’année fiscale 2019-2020 et de réduire la dette de 108% du PIB en 2017-2018 à 92% du PIB en 2019-2020. Le gouvernement a annoncé qu’il adopterait une nouvelle stratégie en avril 2019. L’un des outils consiste à s’orienter vers le marché des obli­gations internationales, tout en réduisant le recours aux titres publics. Selon Beltone, le recours aux obligations à long terme, comme les eurobonds auctions et euroclear certifications, réduira la facture annuelle du service de la dette de 20%. L’adjoint au ministre des Finances, Ahmed Koujouk, avait annoncé en 2019 à Bloomberg le plan du ministère qui consiste à accroître le recours aux obligations à long terme à 70% des offres totales d’ici 2020 contre 5% en 2017-2018.

L’Egypte a eu recours à des obli­gations en euro trois fois en 2019 : en février, en avril et en novembre. Leur valeur était de 8 milliards d’euros. La stratégie consiste éga­lement à diversifier les sources de financement par l’émission d’obli­gations libellées en yen et en yuan dont les intérêts sont inférieurs à celles libellées en dollar. L’émission de sukuks fait également partie des mesures qui seront prises au pre­mier semestre de 2020.

Selon les estimations de Beltone et de Pharos, qui ont revu à la hausse les estimations, la dette totale va connaître un déclin pour enregistrer 115% du PIB en 2019-2020 contre 119% en 2018-2019. Elle devrait atteindre 108% du PIB en 2022-2023, et cela dépendra de trois facteurs: La consolidation fiscale avec un excédent primaire positif réalisé dès 2017-2018. « Cet excédent sera amené à la hausse, avec un taux de croissance qui devrait atteindre 5,9%. La consoli­dation fiscale aura lieu aussi à travers la réduction des dépenses publiques, et la baisse des subven­tions contribuera à réduire la part du gouvernement de 84% de l’en­semble de la dette en 2018-2019 à 74% en 2019-2020. Vient ensuite la dette extérieure qui baissera de 35% en pourcentage du PIB en 2018-2019 à 33% en 2019-2020. Et enfin, les dynamiques macroéco­nomiques favorables au cours des trois dernières années aideront à réduire le ratio de la dette et à évi­ter son accumulation », explique Mona Bédeir, analyste en chef de la banque d’investissement Prime.

« Les efforts de consolidation fis­cale devraient réduire les dépenses à 23% du PIB en 2019-2020 contre 28% l’année précédente. Les pré­visions affirment que le taux sera de 21% dans l’avenir. Les revenus devraient se situer aux alentours de 1,3 trillion de L.E. en 2019-2020 contre 1,1 trillion l’année précé­dente grâce à une politique de taxation plus inclusive et des plate­formes de collecte plus avancées », lit-on dans le rapport de Pharos. « Le chiffre de la dette est considé­rable, mais l’issue est de savoir traiter avec la dette. Le plus impor­tant est que le taux d’emprunts ne soit pas plus haut que le taux de croissance économique réelle et des revenus. Tout porte à croire que c’est ce qui arrivera au cours de l’année fiscale 2020-2021 avec la nouvelle stratégie de restructura­tion », explique Bédeir.

Une croissance économique lente mais stable

Il est prévu que le PIB passe de 5,7% en 2018-2019 à 5,9% en 2019-2020. Selon Mona Bédeir, analyste en chef de la banque d’in­vestissement Prime, « la croissance économique sera alimentée par les dépenses gouvernementales. En effet, les méga-projets continueront à booster la croissance ». Pharos précise, pour sa part, que la crois­sance sera générée par les secteurs des transports, des télécommunica­tions, du tourisme et de la manufac­ture. Alors que le secteur de la construction et les revenus du Canal de Suez connaîtront un recul relatif en raison notamment d’une stagna­tion du secteur de l’immobilier et du ralentissement du commerce inter­national. La consommation des ménages connaîtra une hausse, et passera de 0,8% du PIB en 2018-2019 à 1,0% en 2019-2020 puis à 1,3% en 2020-2021 et 1,5% en 2021-2022.

Selon Beltone, le maintien d’un taux de croissance soutenu par des activités économiques multiples est un vrai défi sur le moyen terme. Le volume de l’investissement s’est amélioré. Il est passé de 14,3% du PIB en 2013-2014 à 14,5% en 2018-2019 avec les méga-projets comme catalyseur. Le rapport note que les efforts gouvernementaux pour soutenir le secteur industriel ne sont pas à négliger sur deux plans : la réduction des prix du gaz naturel alloué au secteur industriel, et l’en­gagement gouvernemental d’offrir aux exportateurs des stimulis à tra­vers le nouveau programme de pro­motion des exportations. « Des pro­jets énormes ont vu le jour et com­menceront à porter leurs fruits dans des secteurs comme les énergies renouvelables, les industries auxi­liaires, les raffineries pétrolières et les nouvelles découvertes pétro­lières en mer Rouge et en Méditerranée. Le gouvernement a l’objectif de réduire les produits pétroliers raffinés, comme l’essence 95, d’autant que le potentiel de cette industrie n’est pas totalement inves­ti », conclut Bédeir .

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