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Industrie sidérurgique : Défis et opportunités

Névine Kamel, Lundi, 16 décembre 2019

Lors du sommet Middle East Iron and Steel, tenu du 9 au 11 décembre à Dubaï, les participants ont discuté des défis auxquels fait face l’industrie sidérurgique dans la région et des moyens de les surmonter. Compte rendu.

Industrie sidérurgique  : Défis et opportunités
Importations et mesures protectionnistes, deux défis majeurs face à l'industrie sidérurgique.

Un grand excédent dans l’offre du fer dans la région arabe. Tel est le défi principal confrontant l’industrie du fer et d’acier dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord en 2020, comme l’ont mentionné les participants du sommet de l’acier au Moyen-Orient, Middle East Iron and steel. Ce sommet, qui s’est tenu à Dubaï du 9 au 11 décembre, regroupait un grand nombre de grandes entreprises sidérurgiques du Moyen-Orient, comme Emirates Steel et l’entreprise saoudienne SABIC, ainsi qu’un certain nombre de firmes égyptiennes, comme Ezz Steel.

Deux jours durant, les participants à la rencontre ont discuté des défis confrontant l’industrie et les opportunités dont ils peuvent profiter. A cet égard, George Matta, président du comité économique de l’Union arabe de l’acier et responsable du marketing auprès de l’entreprise Ezz Steel, a précisé quelques défis auxquels l’industrie sidérurgique est confrontée dans la région MENA. « Certains gouvernements arabes ont annoncé le report de certains projets et l’annulation d’autres, vu les prix bas du pétrole, surtout que 70 % des composants de la production des pays arabes sont fabriqués à travers les matières pétrolières. Ces pays sont la Libye, l’Iraq et l’Egypte en plus des pays du Golfe », a expliqué Matta. Un deuxième défi, selon lui, réside dans la baisse du PIB industriel dans la région arabe de 2% en 2018 à 0,6% en 2019, ce qui a affecté négativement le volume de projets mis en oeuvre dans la région et par conséquent la consommation de fer. Le troisième défi, poursuit le président du comité économique de l’union, est l’application de mesures protectionnistes aux principaux marchés d’exportation, tels que les Etats-Unis et l’Union européenne, des mesures qui créent une sorte de concurrence injuste, avec les importations à prix bas en raison de l’absence de barrières douanières dans les pays arabes limitant les importations.

L’importation est un autre défi de taille. Les pays arabes importent un total d’environ 11 millions de tonnes, soit le quart de la consommation de la région, et ce, avec un excédent de production d’environ 40 millions de tonnes dans la région, notant que le volume de la production réelle ne dépasse pas 33 millions de tonnes, alors que la capacité disponible atteint 74 millions de tonnes.

Une crise qui risque de se poursuivre

La tourmente politique dans la région, qui affecte négativement l’industrie sidérurgique et la consommation, constitue un cinquième défi, comme l’a mentionné Matta. Même son de cloche avec Said Ghomran El Remithi, PDG d’Emirates Steel Company, qui a assuré que ces défis avaient conduit la région arabe à entrer dans une phase déflationniste. « Un certain nombre de pays dans le monde ont pris, au cours des deux dernières années, des mesures de protection pour protéger leur industrie sidérurgique nationale et cela a eu de mauvaises répercussions sur les marchés arabes qui ont reçu toutes les importations de l’industrie », a-t-il dit, en mentionnant que l’augmentation des prix des matières premières a atteint 32 %, en particulier les pellets, en raison des mesures protectionnistes aux Etats-Unis et dans un certain nombre de pays dans le monde, ce qui a entraîné une augmentation des coûts.

Pour sa part, Marwan Al-Mojil, directeur des opérations commerciales de l’entreprise saoudienne SABIC, a déclaré que les capacités excédentaires de la production et les guerres commerciales étaient les défis les plus importants en 2019, en plus de la baisse des prix du fer d’environ 15 à 20%. « Les pays du Golfe étaient la destination préférée des producteurs de fer dans le monde vu l’absence des droits de protection dans la plupart des marchés arabes », ajoute-t-il. Al-Mojil s’attend à ce que cette crise se poursuive l’année prochaine. « La croissance de l’industrie sidérurgique dans les pays en développement devrait diminuer de 0,4 % au cours de l’année prochaine en raison de l’ensemble des défis auxquels l’industrie est confrontée », conclut-il.

Exception égyptienne

« En dépit des défis qu’affronte la région arabe, l’Egypte fait l’exception. Elle devrait maintenir en 2020 le même niveau de sa consommation de fer, qui était de 10 millions de tonnes en 2019 », a assuré Matta. Il s’attend à une évolution positive dans le pays, en particulier avec le démarrage des travaux sur le projet nucléaire de Dabaa l’année prochaine, tout en continuant à mettre en oeuvre des projets nationaux en Egypte. Le président du comité économique de l’Union arabe de l’acier a estimé que la demande d’acier en Egypte devrait augmenter de 4% au cours de 2020, à cause de la poursuite des travaux dans de nouveaux projets et l’amélioration de la consommation par le consommateur privé, en plus de l’élimination des stocks excédentaires accumulés au cours de 2017 pour atteindre 700 000 tonnes.

« Bien que la demande d’acier ait diminué de 6% par rapport à 2018, il y a eu une amélioration de la demande au second semestre avec l’amélioration du rythme de mise en oeuvre des grands projets comme la Nouvelle Capitale administrative, la nouvelle ville d’Al-Alamein, les lignes de métro, etc. », explique-t-il.

Le rapport du comité a révélé qu’avec l’imposition de frais protectionnistes approuvés par le gouvernement et la baisse du prix du gaz, la demande a connu une forte hausse et le stock a baissé à son plus bas niveau, en même temps que la consommation devrait atteindre 9,9 millions de tonnes en 2020, avec un taux de croissance de 4 %, soit environ un demi-million de tonnes.

Autre point, l’augmentation de la productivité par rapport à l’année dernière. « L’Egypte, le plus grand consommateur d’acier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, sera à la tête de la croissance économique de la région », conclut Matta.

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