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Chômage en baisse, une bonne nouvelle, mais ...

Marwa Hussein, Mardi, 03 décembre 2019

Moins de 8 % de la population active : le taux de chômage a atteint son plus bas niveau depuis 2003. Un recul principalement dû à des facteurs démographiques et à un phénomène nouveau, à savoir la baisse du taux de participation au marché du travail. Décryptage.

Chômage en baisse, une bonne nouvelle, mais ...
La baisse des taux d'emploi ne se traduit pas par une augmentation du taux de chômage, car la population active elle-même croît plus lentement. (Photo : Reuters)

Le chômage est en baisse en Egypte depuis 2014, même si pendant le troi­sième trimestre 2019, dont les chiffres viennent d’être annoncés, une hausse légère du taux de chômage a été enregistrée. L’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS) a annoncé en novembre que le taux de chômage était de 7,8 % au troisième trimestre 2019 (juillet-septembre), contre 7,5 % au trimestre précédent et contre 9,9 % au cours de la même période de l’année précédente. Il s’agit du plus bas niveau depuis 2003. Selon Trading Exonomics, une plateforme en ligne fournis­sant des données économiques se basant sur les statistiques officielles, le taux de chômage était en moyenne de 10,79 % entre 1993 et 2019, atteignant un pic de 13,4 % au troisième tri­mestre 2013 et un minimum de 7,5 % au deu­xième trimestre 2019. Cette légère hausse s’inscrit toutefois dans un contexte général de baisse par rapport aux années précédentes.

Or, une baisse du chômage ne signifie pas nécessairement une hausse du taux d’emploi. En 2018, le nombre total de personnes qui tra­vaillaient en Egypte est resté stable (26 mil­lions) comme en 2017, après une hausse constante au cours des années précédentes. En outre, la main-d’oeuvre a diminué au cours de la même période, de 29,5 millions de personnes à 28,9 millions. Le taux de participation, c’est-à-dire le pourcentage de la population en âge de travailler qui participe activement au marché du travail en travaillant ou en cherchant du travail, est en baisse continue depuis 2016. En 2018, il était de 43,3 % seulement, contre 45 % l’année précédente. Il était de presque 49 % en 2014.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Le Forum des recherches économiques (ERF) a organisé une conférence académique, lors de laquelle plu­sieurs recherches ont été présentées, afin d’aborder la quantité, la qualité et l’avenir de l’emploi en Egypte. Les participants estiment que la baisse du chômage est due à des causes démographiques en premier lieu. « La baisse du taux d’emploi ne se traduit pas par une augmentation du taux de chômage, car la population active elle-même croît plus lente­ment, en partie à cause d’un ralentissement temporaire de la croissance de la population des jeunes et des jeunes adultes et, en partie, à cause de la baisse du taux de participation », explique Ragui Assaad, professeur de planifica­tion et d’affaires publiques à la Humphrey School of Public Affairs (Université de Minnesota) dans un papier de l’ERF.

Plusieurs facteurs

Mona Amer, économiste spécialisée dans le marché du travail et ancienne professeure à l’Université du Caire, explique la baisse du taux de chômage par des facteurs démogra­phiques d’une part et la baisse du taux de parti­cipation d’autre part. « La baisse du taux de participation est un phénomène qu’il faut étu­dier. Il faut comprendre pourquoi la main-d’oeuvre diminue et pourquoi moins de per­sonnes sont à la recherche de travail », dit quant à elle Heba El-Leithy, professeure d’éco­nomie et de sciences politiques à l’Université du Caire.

Le centre de presse du Conseil des ministres avait en outre indiqué en octobre dernier que la baisse du taux de chômage était due à la mise en oeuvre de 9 039 projets par l’Etat entre juillet 2014 et décembre 2018. La baisse a également été attribuée à l’octroi de prêts et de facilités aux Petites et Moyennes Entreprises (PME), d’un montant de 144,2 milliards de L.E. entre décembre 2015 et juin 2019. « La majorité des emplois créés sont dans le secteur de la construction et dans celui du transport. Cela a contribué à la baisse du taux de chômage, mais ces emplois sont assez précaires. Nous avons besoin de créer des emplois dans le secteur industriel. Pour cela, il faut encourager l’inves­tissement, surtout dans les industries à forte main-d’oeuvre, comme la technologie de l’infor­mation », explique Mona Amer. Heba El-Leithy est du même avis : « Il n’est pas mauvais de créer des emplois dans le secteur de la construc­tion, mais il ne faut pas dépendre de ce secteur, qui crée des emplois précaires et instables », dit-elle, soulignant l’importance non seulement de créer des emplois, mais aussi de créer des emplois décents et bien rétribués.

Autre question, comment se fait le calcul ? Une personne qui a travaillé pendant une heure par semaine au cours de la période précédant le recensement n’est pas considérée comme étant au chômage. « C’est une méthodologie interna­tionale, qui n’est donc pas limitée à l’Egypte. Il nous faut trouver le moyen de mesurer aussi la qualité du travail », souligne Heba El-Leithy.

Historiquement, l’Egypte a connu une forte croissance démographique dans les années 1980 et 1990, qui a exercé des pressions consi­dérables sur le marché du travail. « Depuis 2012, ces cohortes de jeunes adultes commen­cent à fonder une famille, créant ainsi un écho démographique. Cet écho est aggravé par une augmentation de la fécondité entre 2008 et 2012 », souligne un papier de Ragui Assaad, qui indique aussi que les nouvelles données de 2018 montrent que les pressions démogra­phiques s’atténuent : les nouveaux venus sur le marché du travail sont moins nombreux, ce qui soulage ce dernier pendant quelques années. Mais la « génération écho » exerce des pres­sions considérables sur le système éducatif et créera plus tard de nouvelles pressions sur le marché du travail. Ce que les politiques d’em­ploi doivent prendre en considération.

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