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BCE : Sous le signe de la continuité

Amani Gamal El Din, Mardi, 03 décembre 2019

Reconduit à la tête de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) pour un second mandat, Tarek Amer entend poursuivre les mêmes politiques monétaires expansionnistes. Une vision louée par les experts. Explications.

Le patron de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Tarek Amer, a été reconduit cette semaine pour un second mandat de 4 ans. Un renouvellement applaudi par les institutions financières et les experts internationaux et régionaux. Tarek Amer, qui se trouve à la tête de la BCE depuis novembre 2015, a le mérite d’avoir mené la difficile transition économique, lorsqu’il a pris la décision historique de libérer le taux de change, du 2 novembre 2016. Une décision prise en parallèle à l’application du programme de réforme économique du FMI, qui a octroyé à l’Egypte un prêt de 12 milliards de dollars sur 3 ans. « Depuis le flottement de la livre, il a réussi à réformer les politiques monétaires, qui ont adopté comme cadre opérationnel le contrôle de l’inflation, ce qui a conduit à la stabilisation des indicateurs macroéconomiques et à la réalisation du triple objectif d’appréciation de la monnaie locale, de contrer le déficit budgétaire et d’attirer les capitaux étrangers (23 milliards de dollars en mai 2018) et qui ont maintenu un taux raisonnable même après le flux des fonds étrangers des marchés émergents, estimés à 19 milliards en septembre 2019 », explique Mona Bédeir, macro-analyste auprès de la banque d’investissement Prime Holding.

Afin de contrôler l’inflation, le taux de change a été libéralisé le 16 novembre 2016 et dans la soirée même, ont été adoptées des politiques monétaires restrictives dominées par la hausse des taux d’intérêt directeurs de 700 points pour les chiffrer à 18,75 % sur les dépôts et 19,75 % sur les crédits. Plus tard, en févier 2018, Tarek Amer s’est tourné vers des politiques expansionnistes en baissant les taux d’intérêt pour qu’ils se situent en novembre 2019 entre 12,25 % sur les dépôts et 13,25 % sur les crédits. « Ce sont ces dernières qui seront poursuivies à l’avenir. Et c’est un avis consensuel parmi les analystes économistes », affirme Bédeir. « C’est son succès à définir un objectif et à le réaliser (l’inflation est passée de 37 % du PIB en juillet 2017 à 12 % en juillet 2019) qui lui a valu la crédibilité qu’il détient actuellement », explique Ayman Hadhoud, économiste et expert en investissement.

En économie, il existe plusieurs cadres opérationnels dont deux ont été appliqués par l’Egypte. « Le premier au début du programme de réforme des années 1990 jusqu’en 2008. Il consistait à travailler simultanément sur trois objectifs contradictoires et compliqués, à savoir stabiliser la croissance, stabiliser le taux de change et le contrôle de l’inflation. Ce qui était impossible », explique Mona Bédeir. Le second, qui fait l’objet de la réforme de Tarek Amer, est un cadre basé sur la maîtrise de l’inflation, dans lequel la BCE fixe un objectif de taux d’inflation sur le court terme et l’annonce explicitement au public de 9+3 % et 9-3 % en 2020 dont l’objectif est la stabilité des prix, et l’un des outils principaux est les taux d’intérêt.

Objectif : Revigorer l’économie

« Tout porte à croire que ces politiques d’assouplissement ou expansionnistes seront maintenues dans l’avenir, avec un retranchement de 200 ou 300 points additionnels en 2020. Selon les théories économiques, ces politiques consistent à redynamiser le marché et le secteur privé afin d’atteindre les taux escomptés de croissance de 5,6 % du PIB », explique Bédeir. « A mon avis, même avec les taux d’intérêt ciblés en 2020, les coûts de l’emprunt au secteur privé demeurent élevés si l’on calcule le coût de la levée des subventions de l’électricité et du gaz. Pour les compenser, il faut que les intérêts atteignent les taux d’avant le flottement. La preuve est que l’indice PMI (Purchasing Manager’s Indexes, Indices des directeurs d’achat) effectué par la banque Koweït Dubaï dérivé de sondages mensuels des secteurs privés prouve que le taux de l’Egypte est en dessous de 50 %. Ce qui veut dire que le secteur privé a besoin d’impulsion », explique Bédeir.

Selon l’analyste, cet assouplissement supportera la consommation des ménages qui accaparent 80 % du PIB, et encouragera l’achat de biens durables. Il haussera également le taux de l’emploi et aidera à l’application du plan gouvernemental de réduction du déficit budgétaire et des services de la dette domestique.

Cette politique est favorable non seulement vu la baisse des taux d’intérêt par la majorité des Banques Centrales mondiales, mais également vu l’absence de pressions inflationnistes et de pression sur la monnaie locale.

« Au-delà des politiques monétaires, Amer avait une vue plus compréhensive sur les politiques publiques et travaillait en tandem avec le gouvernement. La coordination entre la politique fiscale et monétaire est à son meilleur jour, l’horaire des lois et leur relation les unes avec les autres également, ainsi que la loi de la Banque Centrale et la réforme bancaire. Ajoutons à cela les initiatives de supporter les PME et l’inclusion financière », conclut Bédeir. Une baisse excessive est également malsaine car elle influencera négativement les épargnes.

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