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L’Union pour la Méditerranée à l’épreuve

Amani Gamal El Din, Mardi, 30 juillet 2019

Experts et représentants de haut niveau de la région méditerranéenne étaient présents au Caire à l’occasion du premier Forum des affaires de l’Union pour la Méditerranée. Objectif : parvenir à une intégration régionale économique efficace. Focus.

L’Union pour la Méditerranée à l’épreuve
L’accord d’Agadir est une bonne base pour liquider les restrictions à l’accès aux marchés et sur laquelle il faut construire.

Le Caire s’est voulu être une vraie plateforme de ren­contres, de consultations et d’échange d’expertise à l’occasion du premier forum dédié aux affaires tenu le 18 juin, l’UFM Business Forum (Union for the Mediteranean). Un forum ayant réuni des acteurs des pays de la Méditerranée. Le forum a été tenu sous les auspices du ministère du Commerce et de l’Industrie avec la participation des ministres, de hauts responsables et représentants des gou­vernements, du secteur privé, de la société civile et d’organisations gou­vernementales.

L’Union Pour la Méditerranée (UPM) se trouve face à une rude épreuve dans ses successives tenta­tives pour bâtir une intégration régio­nale et un développement intégré entre les deux rives Nord-Sud de la Méditerranée. Conscients de cela, les ministres du Commerce des pays membres de l’Union pour la Méditerranée avaient encouragé, dans la déclaration ministérielle promul­guée en mars 2018 à l’occasion du 10e anniversaire de l’UPM, la promotion des affaires et des échanges commer­ciaux, piliers d’une croissance écono­mique durable, non seulement Nord-Sud, mais également Sud-Sud. Les discours étaient clairs : « Inclure les opérations et les opérateurs respon­sables du monde du business dans la redéfinition et les applications sur le terrain de l’agenda de réforme du commerce et de l’investissement méditerranéen ».

Des accords-cadres en voie de révision

L’intégration économique régionale peine à voir le jour. Nasser Kamel, secrétaire général de l’UPM, a déclaré que les frictions que traversent la Méditerranée et le monde nécessitent des répliques directes et fortes. « Le Forum des affaires est une nécessité pour injecter plus de réalisme dans les discours du rassemblement médi­terranéen. Le commerce et les inves­tissements sont les clés pour résoudre l’une des réalités économiques dras­tiques qui est la fragmentation et la maigre intégration économique régionale qui nous mettent dans un classement des plus bas, à comparer aux autres blocs régionaux écono­miques », explique Kamel. Les chiffres évoqués par les participants étaient alarmants. « Du total du flux du commerce euro-méditerranéen, 9 % sont échangés entre l’Union Européenne (UE) et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, alors que seulement 1 % s’échange entre les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée », note le rapport publié par l’UPM. L’ambassadeur de l’Union européenne au Caire et co-président de l’UPM, Ivan Surkos, a, pour sa part, déclaré que la région euro-médi­terranéenne est la moins intégrée mondialement et que seulement 5 % du commerce transfrontalier s’échan­gent à l’intérieur de ses frontières.

« S’ajoute à ce flux réduit un cadre institutionnel complexe avec la mul­tiplicité d’accords bilatéraux et mul­tilatéraux non exploités et qui bar­rent la route à l’intégration écono­mique régionale », estime Maher Al-Mahrouk, directeur de la Chambre d’industrie jordanienne. Il explique que les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée préfèrent l’échange en fonction de cadres bila­téraux. Pour renforcer le partenariat Sud-Est de la Méditerranée avec l’UE, plusieurs accords ont été conclus au cours des 3 dernières décennies, à l’instar des accords bilatéraux de libre-échange entre les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée hors UE, le processus de Barcelone signé en 1995, l’accord d’Agadir, signé en 2004 entre l’Egypte, le Maroc, la Jordanie, la Tunisie et la Palestine, et la GAFTA (la grande zone arabe de libre-échange) créée en 2005 par les Etats membres de la Ligue arabe. Il n’en demeure pas moins que ces accords ont produit des effets insatisfaisants par une accumulation de règles non convergentes renforçant les obs­tacles administratifs pour les expor­tateurs en fonction des destinations.

Les participants ont néanmoins affirmé que l’accord d’Agadir était une bonne base pour liquider les restrictions à l’accès aux marchés et sur laquelle il faut construire. L’ambassadeur de l’Union euro­péenne au Caire, Ivan Surkos, a mis en avant les mesures récemment réalisées pour renforcer les relations commerciales comme la mise en place d’un Euromed Trade Help Desk, un « one stop shop online qui facilite l’accès aux marchés d’expor­tation et de la région à travers les opérateurs économiques : des infor­mations gratuites sur les marchés, les tarifs et les exigences d’importa­tions pour les pays de l’Euromed ». Il a ajouté que « l’UE est en train de coordonner afin de revisiter la convention régionale des règles d’origine préférentielles pour que le commerce dans la région soit plus rapide et moins cher ».

Défis tarifaires et non-tarifaires

Malgré les tentatives de l’UE de liquider les obstacles tarifaires, d’autres non-tarifaires demeurent aussi déconcertants comme les pro­blèmes administratifs, bureaucra­tiques, les logistiques, les régula­tions, les accords des associations, le règlement des litiges. Maher Al-Mahrouki, directeur général de la Chambre de commerce jordanienne, a précisé que les accords sont limités aux biens manufacturés ou aux pro­duits finalisés ; ce qui réduit considé­rablement leur impact. En effet, pour contrer cet obstacle, tous les pané­listes ont convergé sur une mesure sine qua non à entreprendre, c’est assurer un libre-échange non seule­ment horizontal mais aussi vertical sur une base sectorielle plus étendue. L’importance alors de conceptualiser et de renforcer une chaîne de valeurs méditerranéennes à travers les sec­teurs et des clusters économiques a été mise en avant.

L’ambassadrice Magda Shahin, conseillère du ministre du Commerce et de l’Industrie, a apporté beaucoup de réalisme aux discussions : « Il faut savoir que le gouvernement fait office uniquement de régulateur et de facilitateur. La définition de la libéralisation n’est pas équivoque : c’est de savoir pénétrer. Ce n’est ni la compétition ni les tarifs de l’UE. Nous devons travailler sur nos stan­dards, les quotas, les deadlines, la modernisation des logistiques, la conformité aux réglementations de l’UE, comment atteindre un degré de sophistication dans nos marchan­dises et produits, le développement de droits de propriété intellectuelle (IPR) et enfin comment moderniser la production dans les différents sec­teurs vitaux comme le pharmaceu­tique ».

Ainsi, deux problèmes majeurs doivent être résolus : le premier est le manque de communication et de dia­logue qui doit se faire sur plusieurs pistes Sud-Nord, Sud-Sud, public-privé, associations des industriels et société civile. Le deuxième est le fait que le commerce des marchandises est indissociable du commerce des services dont l’agenda n’avance pas dans le cadre d’Agadir. Selon Shahin, deux tiers des Investissements Etrangers Directs (IED) sont coincés dans les méandres des services. « Nous avons besoin de focaliser sur l’agenda des services. La libéralisa­tion des marchandises est associée à celle des services sans laquelle nous ne pouvons pas déplacer les mar­chandises. Comme les opérations financières et de comptabilité, les transports, les services légaux, la publicité, la distribution, etc. », a rétorqué Abdel-Hamid Mamdouh, ancien directeur et conseiller actuel auprès de l’OMC.

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