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Importer sa voiture sera bientôt possible

Marwa Hussein, Mardi, 19 mars 2019

Les consommateurs égyptiens pourront bientôt importer une voiture d'Europe à travers une entreprise créée à cet effet. Un nouveau modèle commercial dont les effets sur le marché, et notamment sur les prix des automobiles, sont difficiles à prévoir. Analyse.

Importer sa voiture sera bientôt possible
Une nouvelle entreprise permet aux consommateurs égyptiens d'importer leur voiture sur commande. (Photo : Reuters)

Les acheteurs potentiels d’automobiles en Egypte disposeront bientôt d’un nouveau canal pour se procurer une voiture importée : ils pourront importer une voiture d’Europe sur commande. Et ce, grâce à un nouveau modèle commercial, dans lequel une entreprise joue le rôle d’intermédiaire en échange d’une marge de profit de 8 %. Première en son genre en Egypte, l’entreprise Nile Car Gate, membre d’Orient Investment Group (OIG), a initié ce concept qui existe déjà dans d’autres pays. Ce modèle est devenu possible suite à la suppression des droits de douane sur les automobiles européennes, avec l’application, en janvier dernier, de la dernière phase de l’accord de libre-échange avec l’Union Européenne (UE), en vertu duquel les tarifs douaniers sur les automobiles européennes devaient baisser de 10 % annuellement pour arriver à zéro en 2019.

« Le rôle de l’entreprise sera d’aider les clients qui désirent acheter une voiture importée à faire face à la hausse des prix des voitures sur le marché local », a indiqué Chérif Baher, PDG de Nile Car Gate, lors d’une conférence de presse. Et de poursuivre : « L’entreprise achètera les voitures que les clients désirent, qu’elles soient à essence, hybrides ou électriques. Elle suivra les étapes d’achat et de vente, proposera des solutions de financement et suivra les procédures douanières, et même aidera les clients à se procurer la carte grise ». L’entreprise propose au client les marques d’automobiles disponibles par rapport à son budget, lui offre des conseils techniques et lui suggère des solutions de financement. Elle s’occupe de toutes les procédures d’achat et de transport ainsi que des procédures douanières. Enfin, elle aide le client à se procurer la carte grise et fournit également un service d’après-vente.

Importer sa voiture sera bientôt possible

Ce modèle commercial est répandu dans le monde. « On ne vous vend pas une voiture, on vous en apporte une. Nile Car Gate ne fonctionne pas en tant que commerçant d’automobiles, mais nous offrons un service, des conseils et un nouveau concept sur le marché. D’autres entreprises suivront le même modèle », explique Walid Abdel-Alim, directeur exécutif de Nile Car Gate. Il estime que les prix de certaines voitures en Egypte sont exagérés. « Certains modèles sont vendus en Egypte au double de leur prix dans d’autres pays. Ce n’est pas logique. L’industrie automobile en Egypte n’exporte pas, car les prix ne sont pas compétitifs ». Il ajoute que Nile Car Gate s’est donné pour mission la transparence. « L’idée de lancer ce modèle commercial en Egypte est venue en suivant le marché qui passe par une période de non clarté et de perte de confiance de la part des consommateurs. Nous avons opté pour la méthode du livre ouvert ».

Auprès des distributeurs et des commerçants conventionnels, le modèle suscite en revanche de la réserve. « Je ne peux pas juger de modèle qui n’est pas encore en fonction, mais je ne crois pas que les prix des voitures baissent considérablement », dit Alaa Al- Sabaa, membre de la division des automobiles auprès de la Chambre du commerce du Caire et PDG d’une grande société de distribution automobile. Et d’ajouter : « Le marché a déjà réalisé les réductions qu’il peut offrir. Les deux modèles commerciaux peuvent fonctionner, mais les gens ne doivent pas rêver ».

Débat sur les prix

Les prix des voitures en Egypte ont fait et font l’objet de vives discussions, notamment suite à la libéralisation de la livre égyptienne en novembre 2016. En janvier dernier, une campagne sur Facebook appelant à ne pas acheter de nouvelles voitures avait fait parler d’elle et avait influencé le marché, selon certains experts. La campagne qui porte le nom « Khalliha Tessadi » (laisse-la rouiller) accusait les assembleurs de voitures et les commerçants locaux de réaliser des marges de profits exorbitantes. Lancée initialement en 2016, elle avait pris de l’ampleur suite à la suppression des droits de douane sur les automobiles européennes en janvier, qui n’avait pas généré d’importantes baisses de prix. Depuis le début de l’année, environ 23 marques d’automobiles européennes ainsi que d’autres ont tout de même annoncé des baisses de prix, commençant à 2 000 L.E. et allant jusqu’à 1 million de L.E. pour les marques haut de gamme.

« La marge de profit des producteurs d’automobiles en Egypte se situe entre 10 et 15 %, y compris les profits des distributeurs et des commerçants », affirme Hussein Moustapha, PDG de l’Amic Report, l’unique rapport sur le marché automobile en Egypte. L’expert ne pense pas que l’influence de Nile Car Gate sur les producteurs égyptiens soit considérable. « Je ne crois pas que l’achat de voitures sur commande permette aux clients d’économiser de très grandes sommes. En plus, ce modèle servira plus ceux qui veulent importer des voitures de luxe », ajoute-t-il.

Importer sa voiture sera bientôt possible

En effet, Nile Car Gate met l’accent sur des segments spécifiques. Ainsi, l’entreprise importe seulement des automobiles européennes ou asiatiques manufacturées en Europe. Il est probable que l’entreprise importe au début des voitures des classes A et B+. Les centres de maintenance avec lesquels la nouvelle entreprise a conclu un contrat offrent leurs services à des marques comme Mercedes, BMW, Porche et Land Rover, entre autres. En outre, l’entreprise s’intéresse tout spécialement à l’importation de voitures hybrides et électriques. Elle bénéficiera de la décision du gouvernement en 2018 d’autoriser l’importation de voitures d’occasion hybrides ou électriques produites il y a moins de 3 ans. « Le problème principal des voitures électriques est leur coût élevé, mais le fait qu’elles soient d’occasion réduit considérablement ce dernier. Nous sommes en train d’étudier comment fournir l’infrastructure, comme les bornes de recharge », souligne Abdel-Alim. Enfin, l’entreprise vise aussi certains secteurs comme les écoles, dont certains ont recours à des bus électriques ou hybrides, ou les entreprises qui ont besoin d’acheter des flottes automobiles.

Malgré la hausse relative des ventes de véhicules en Egypte en 2018, celles-ci restent inférieures à leurs niveaux d’avant 2016, suite à la baisse du pouvoir d’achat des Egyptiens après la libéralisation de la livre égyptienne. 193 000 véhicules ont été vendus en 2018, contre 135 000 en 2017. En 2014, 293 000 véhicules avaient été vendus sur le marché égyptien.

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