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Une nouvelle impulsion pour les exportations

Amani Gamal El Din, Mardi, 12 mars 2019

Un nouveau programme de soutien aux exportations sera lancé prochainement. Fruit d'une coopération entre le gouvernement et les 12 conseils d'exportation, il vise à mettre en place des mesures adaptées aux besoins des secteurs industriels.

Une nouvelle impulsion pour les exportations
Le nouveau programme de soutien des exportations tente de trouver de nouveaux modes de financement.

La « vision 2030 » définit l’économie égyptienne comme orientée vers le marché libre et basée sur l’exportation. Le gouvernement vise des recettes à hauteur de 44 milliards de dollars concernant les exportations d’ici à 2020. Pour atteindre cet objec­tif ambitieux, il doit s’accorder avec les 12 conseils d’exportation. Les représentants de ces conseils, relevant des différents secteurs d’exportation, ont annoncé, dans leur réunion avec le premier ministre Moustapha Madbouli au mois de février, qu’un nouveau programme de soutien aux exportations serait lancé fin mars, remplaçant l’ancien programme. Toutefois, les réunions avec le pre­mier ministre et le ministre de l’In­dustrie et du Commerce extérieur se poursuivent encore, afin de finaliser les derniers points de ce programme. Hossam Farid, conseiller du ministre de l’Industrie et du Commerce exté­rieur pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME) et coordinateur des conseils d’exportation, souligne que le nouveau programme sera plus efficace et permettra de donner une impulsion aux exportations égyp­tiennes.

L’objectif de la stratégie élaborée par les 12 conseils d’exportation est avant tout de diversifier les moyens de financement du Fonds de soutien aux exportations, et ce, pour alléger le fardeau sur le budget de l’Etat. Le fonds est un outil important créé dans le but d’apporter un soutien financier aux exportateurs et, surtout, aux jeunes professionnels. Il relève du ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur et est financé par le ministère des Finances. Le soutien est essentiellement financier et varie selon la destination et les produits. Cependant, depuis quelque temps, le fonds ne verse plus de financement, à tel point que les arriérés ont atteint 18 milliards de L.E. « Le fonds est deve­nu inefficace à cause des pressions sur le budget de l’Etat. L’Etat est appelé à appliquer l’article 3 de la loi 155 de 2002, qui stipule la diversifi­cation des sources de financement du Fonds de soutien aux exportations. Certaines nouvelles sources, que le gouvernement doit prendre en consi­dération, sont indiquées dans la loi 147 de 1984, imposant une taxe appe­lée de développement des ressources de financement sur les importations, qui sera ensuite injectée dans le fonds. D’autres alternatives sont éga­lement prévues », explique Khaled Aboul-Makarem, président du Conseil d’exportation des industries chimiques et des engrais.

Hani Berzi, président du Conseil d’exportation des produits alimen­taires, met, lui, en lumière la mau­vaise posture dans laquelle se trou­vent les exportateurs et qui risque d’entraver les objectifs du gouverne­ment. « La facture des exportateurs est devenue insupportable à cause des problèmes budgétaires, du manque de flux monétaires et de la conjoncture économique. Le flottement a multiplié la facture de la production et les taux d’intérêt bancaires », indique-t-il. Et de poursuivre qu’il faut aider les exportateurs, parce qu’en fin de compte, ce sont des marques égyp­tiennes qui sont commercialisées. « Tous les gouvernements ont des programmes de soutien pour les exportateurs », précise Berzi.

Un programme à deux volets

2 000 entreprises de 7 sec­teurs — les plus importants contribu­teurs au PIB — bénéficient du pro­gramme actuel de promotion des exportations. Ces secteurs sont le tex­tile, les produits agricoles, l’alimen­taire, la construction, l’ameublement, le cuir et les industries chimiques. La valeur des exportations ayant bénéfi­cié d’un soutien gouvernemental en 2017-2018 est de 5,8 milliards de dollars.

La nouvelle stratégie met l’accent simultanément sur 2 volets. Le pre­mier est de verser aux exportateurs les arriérés accumulés par le fonds, et le second de mettre en place les nouvelles mesures de promotion des exportations, dont le soutien sera adapté aux besoins des secteurs industriels et se déclinera en soutien financier et non financier. Magdi Tolba, président du Conseil d’expor­tation des industries textiles, indique que pour ce qui est des arriérés, ils peuvent être échangés contre des services ou une exonération des impôts ou des factures de gaz, d’eau ou d’électricité. L’exportateur aura également la possibilité d’utiliser les bons du Trésor public ou des soukouks pour obtenir des crédits auprès des banques. Le nouveau programme comprend en outre des propositions pour faciliter le leasing de machines et alléger les crédits bancaires.

Aboul-Makarem explique que le soutien sera accordé à l’exportateur à certaines conditions. Il définit le pro­gramme de soutien à l’adresse des exportateurs comme « une mesure exceptionnelle pour faire face à une situation difficile, et ce, dans l’objec­tif d’améliorer la compétitivité des exportateurs et de les aider à entrer sur de nouveaux marchés ». Pour plus de flexibilité, Aboul-Makarem pro­pose de sélectionner les produits qui bénéficieront d’un soutien, notam­ment ceux qui ont une valeur ajoutée et ceux dont les composantes locales atteignent 40 %.

Repenser le cadre institutionnel

« Le programme de soutien aura un horizon temporel de 3 à 5 ans. Il y aura une rotation qui prendra en compte les exportateurs qui en ont le plus besoin, selon une étude que nous effectuons au sein des conseils », explique Aboul-Makarem. Les conseils insistent aussi sur l’impor­tance d’élargir le cadre d’application des mesures de promotion aux régions les plus en retard dans le développe­ment, comme la Haute-Egypte et les régions frontalières, afin de les aider à réaliser leur potentiel industriel, don­ner une impulsion aux PME et créer des emplois.

Berzi précise, quant à lui, que l’ex­portateur peut choisir un seul ou au plus deux types d’aide proposés par le Fonds de soutien aux exportations. Ces aides concernent 4 domaines, à savoir les cargaisons, le marketing international, les analyses de marke­ting et de ventes et les expositions. Et d’ajouter : « Tout dépend du besoin de chaque secteur. Par exemple, pour le secteur agroalimentaire, le plus important est le marketing et les cam­pagnes publicitaires, ensuite viennent les problèmes de cargaison ».

Berzi attire par ailleurs l’attention sur le fait que le cadre institutionnel des exportations est à repenser en Egypte. « Nous avons besoin de mettre en place un haut conseil des exportations. Le fonds gère la situa­tion jusqu’à ce que nous parvenions, avec le gouvernement, à la formule adéquate », indique-t-il.

Les exportations sont d’une impor­tance cruciale pour l’économie égyp­tienne. Il est dès lors essentiel que le gouvernement et les conseils d’expor­tation maintiennent le dialogue en vue du lancement du nouveau programme de soutien aux exportations, et ce, dans l’attente d’une révision du cadre institutionnel.

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