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Automobile : Un marché en mutation

Gilane Magdi et Amani Gamal El Din, Mardi, 11 décembre 2018

Le marché automobile vient de subir deux changements majeurs entraînant une hausse des prix : la suppression des droits de douanes sur les modèles européens et la libéralisation du dollar douanier. Parallèlement, gouvernement et secteur privé multiplient leurs efforts pour promouvoir l’assemblage de véhicules en Egypte et inciter à l’usage des voitures électriques. Dossier à l’occasion de la tenue, le 4 décembre au Caire, d'Egypt Automative, un événement consacré aux défis du marché.

Automobile : Un marché en mutation
Les prix des automobiles ont déjà augmenté de 4 à 5 %. (Photo : Mohamad Adel)

Un état de turbulence et d’incertitude règne actuellement sur le mar­ché automobile. Consommateurs, distributeurs et concessionnaires, tous s’interrogent sur l’avenir du marché et l’évolution des prix dans la période à venir. En effet, il fait face à deux mesures importantes et contradictoires : la suppression prévue des droits de douanes sur les automobiles euro­péennes longuement attendue avec l’application de la dernière phase de l’accord de libre-échange avec l’Union Européenne (UE) et la libéra­tion, la semaine dernière du dollar douanier, auparavant fixé à 16,5 L.E.

La première mesure doit entraîner la baisse des prix des voitures euro­péennes. « D’après l’accord de libre-échange signé en 2001, les tarifs sur les automobiles européennes devai­ent baisser de 10 % chaque année graduellement jusqu’à zéro douane en janvier 2019. Beaucoup de clients ont reporté leur décision d’achat espérant une importante baisse des prix. Mais ce n’est pas du tout le cas », explique Alaa Al-Sabei, membre du département des automo­biles au sein de l’Union des chambres commerciales. Car selon lui, l’impact de l’annulation des droits de douanes est absorbé par la libéralisation du dollar douanier, une mesure prise la semaine dernière par le ministère des Finances. « J’espère que les prix res­teront stables et n’augmenteront pas dans la période à venir », affirme Rami Gad, directeur général des ventes au sein du groupe français Renault (voir entretien).

Des prix stables ? Trop beau pour être vrai. Cela reste très difficile non seulement pour les voitures euro­péennes, mais aussi pour les non européennes. Les prix des véhicules sud-coréens et japonais vont subir une hausse de leurs prix après la libé­ralisation du dollar douanier. « Pour les véhicules non européens, les concessionnaires et les agents ont déjà annoncé l’augmentation des prix de 4 à 5 % du coût total. Soit une somme variant entre 2 000 et 5 000 L.E. selon les catégories », assure Islam Howeili, expert du marché automobile présent lors de la cin­quième édition de la conférence annuelle sur l’industrie automobile Egypt Automotive, qui s’est tenue mardi 4 décembre au Caire. Howeili assure que la tendance est sûrement à la hausse pour tous les véhicules.

« Il y a plus de difficultés en ce qui concerne les véhicules européens. Les opérations de vente sont actuelle­ment suspendues. Les voitures euro­péennes, qui sont en ce moment expo­sées chez les concessionnaires, seront vendues aux mêmes prix. Les choses vont se compliquer pour ce qui est des prochaines transactions. Les concessionnaires préfèrent aujourd’hui laisser les véhicules dans les zones franches et ne les introdui­sent que sur demande, afin de mieux gérer la fluctuation des prix », explique Howeili. Ceci s’explique, selon lui, par le fait qu’ils ne peuvent pas assimiler cette oscillation des prix qui augmentent ce mois-ci en réac­tion au dollar douanier et qui vont baisser ensuite à cause de la levée des douanes.

En effet, il est aujourd’hui difficile de fixer avec détail les changements des prix à cause de l’enchevêtrement de ces deux mesures, mais aussi à cause d’autres facteurs. Il s’agit notamment de la hausse annuelle des prix annoncés par les sociétés mères. « Les concessionnaires attendent également la décision des compa­gnies mères sur la levée annuelle ou biannuelle des prix. En général, ces compagnies vendaient en Egypte des véhicules moins cher pour pouvoir concurrencer avec les voitures coréennes, japonaises et chinoises », explique Howeili, qui ajoute qu’outre la libéralisation du dollar douanier, certaines rumeurs font état d’une hausse des différentes taxes imposées aux automobiles (TVA, les frais de développement et la taxe sur les biens de luxe).

Des chiffres, et des lectures différentes

Le marché de l’automobile est généralement un marché de gros investissements. D’autant que, tel que déclaré par Saher Hachem, directeur exécutif de Shell Egypt, le marché égyptien de l’automobile est grand à comparer à d’autres marchés régio­naux et globaux.

« Le marché de l’automobile a connu dans les trois dernières années une importante chute. Or, on ne peut pas évaluer la performance d’un mar­ché dans des époques de transition. Si on la com­pare avec 2017 et 2016, 2018 est une année relativement satisfaisante pour toutes les catégo­ries des voitures : les véhicules pour particuliers, les autobus et les poids lourds ont enregistré une croissance d’environ 35 % », a déclaré Saher Hachem dans son allocution.

L’intervention de Mostapha Hussein, PDG de l’Amic report, l’unique rapport spécialisé dans les études du marché de l’automobile égyptien, appuyé par des chiffres, corrobore les analyses de Hachem. Selon Hussein, la croissance dans tous les segments des voitures a été de 33 % et les ventes ont enregis­tré 180 000 véhicules jusqu’au mois d’octobre 2018. Pour les véhicules des particuliers, il est prévu que le chiffre de ventes 2018 atteigne 133 000, avec une croissance de 34 %. Le revenu en 2017 des véhicules des particuliers est de 35 milliards de L.E., et en 2018, il est censé atteindre 47 milliards de L.E. (impôts et taxes inclus). Nous prévoyons que d’ici 2022, le chiffre de ventes atteigne 300 000 véhicules.

Hussein assure que les véhicules européens constituent 19 % du volume du marché, et les véhi­cules européens qui ont des composants asiatiques fabriqués en Europe atteignent 33 % du marché total. La catégorie des bus a enregistré cette année le plus bas taux, soit de 19 % de hausse. Alors que celle des poids lourds a atteint le plus haut taux de croissance, soit 36 % et ceci reflète une prospérité et une croissance dans les secteurs liés aux affaires. « 90 % des composants des camions sont locaux. C’est un avantage à investir dans l’avenir, et nous espérons atteindre de tels taux pour les deux autres catégories », a-t-il déclaré. Et de conclure que le marché de l’automobile est crucial pour le PIB, car il génère des revenus que ce soit à travers les impôts, les douanes ainsi que d’autres industries comme la propagande et la publicité et les services clientèles sur les achats.

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