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John Rwangombwa : Nous donnons la priorité aux facteurs-clés pour notre développement

Marwa Hussein, Mardi, 25 septembre 2018

Dans un entretien accordé à Al-Ahram Hebdo, John Rwangombwa, gouverneur de la Banque Centrale du Rwanda, revient sur le développement de l’économie rwandaise, dont le taux de croissance devrait atteindre, selon les prévisions, plus de 7 % en 2018.

John Rwangombwa

Al-Ahram Hebdo : Certains appellent le Rwanda « la Suisse de l’Afrique » ou « le nouveau Singapour » grâce à son développement économique impressionnant. Comment ce pays, qui a subi, il y a une vingtaine d’années, une guerre civile sanglante, a-t-il pu transformer son économie de cette manière ?

John Rwangombwa : Je peux mentionner trois choses importantes à cet égard. Premièrement, la planification, car il faut savoir précisément où on veut aller. En 2000, nous avons formulé la vision 2020 pour le pays et désigné clairement ce que nous voulions réaliser sur 20 ans. Deuxièmement, la lutte contre la corruption, car la corruption est l’un des plus grands défis en Afrique. Nous avons adopté une politique de tolérance zéro face à la corruption. Troisièmement, l’inclusion, qui est un facteur très important. Nous avons informé les Rwandais quant aux objectifs du pays et comment ils allaient en profiter. Nous avons créé un agenda du développement qui appartient à la population, décentralisé le gouvernement et donné plus de ressources aux gouvernements locaux. La planification est faite au niveau local et le rendement de compte aussi est mené par les autorités locales élues.

— Au niveau des services, comme l’éducation et la santé, qu’avez-vous entrepris ?

— En élaborant le budget, nous donnons la priorité aux facteurs-clés pour notre développement. L’éducation et la santé sont indispensables. En plus de la lutte contre la corruption, nous avons pensé à mobiliser du financement pour ces secteurs. Au niveau de la santé, nous avons créé un fonds d’assurance médicale pour tous les Rwandais. L’accès aux services médicaux aide tout le monde et il est d’une très grande importance. Ensuite, nous avons formé des agents de santé communautaire. Dans chaque village, il y a une personne qui a reçu une formation pour aider la population dans le cas de petits problèmes de santé, notamment en matière d’hygiène, de malnutrition ou d’aide pour le dépistage de la malaria. Cette mesure a beaucoup aidé à améliorer la santé publique. Le financement est important, mais il était tout aussi important de trouver des moyens inhabituels pour faire face aux problèmes. L’autre chose importante est que nous avons travaillé ensemble en tant que communauté. A la fin de chaque mois, les villages organisent des rencontres où les gens discutent des questions qui les concernent, par exemple des services de nettoyage, de l’environnement, de l’éducation, des problèmes de santé, etc.

— Aux niveaux monétaire et financier, quels ont été les défis d’après-guerre ? Et comment la Banque Centrale les a-t-elle abordés ?

— Nous avions de grands problèmes et le pays était détruit. Il a fallu de la discipline dans la gestion économique et au niveau des dépenses. On a dû utiliser nos maigres ressources le plus efficacement possible. Nous n’avons pas permis au déficit budgétaire de croître, et au niveau des dépenses, nous avons évité celles qui auraient augmenté l’inflation. Nous avons contrôlé les dépenses dirigées vers la consommation.

— Pour combien de temps avez-vous contrôlé les dépenses publiques ?

— Nous avons commencé en 2001. Nous avions des défis au niveau des ressources, mais grâce à notre discipline, en 2005, nous avons commencé à recevoir beaucoup d’argent des donateurs. Nous avons utilisé cet argent de façon adéquate, ce qui a encouragé la croissance économique. Nous n’avons permis aucune dépense non nécessaire qui aurait causé des problèmes dans le secteur financier, nous avons ouvert notre économie pour attirer des investisseurs étrangers et nous avons annulé toutes les barrières aux investissements, ce qui a permis une croissance des investissements de 20 % par an. Le secteur financier compte maintenant à peu près 60 banques, dont 2 seulement sont rwandaises.

— Quelles sont les dépenses que vous avez coupées ? Et avez-vous imposé de nouvelles taxes ?

— Nous n’avons pas vraiment imposé de taxes. La « discipline des dépenses » a consisté à ne pas augmenter les salaires des membres du gouvernement et à annuler des privilèges que ceux-ci obtenaient auparavant, comme des maisons privées ou des voitures. Aucun responsable ne reçoit de véhicule ou d’autres privilèges similaires.

— Qu’est-ce que vous avez fait pour stabiliser le taux de change ?

John Rwangombwa
Le tourisme est devenu la première source de devises étrangères au cours des dernières années. (Photo : AFP)

— Nous avons adopté une politique monétaire de flottement dirigé depuis 2005, ce qui signifie que le taux de change est influencé par le marché, mais que nous soutenons aussi le marché avec des devises. On dirige donc de façon indirecte le taux de change. Nous permettons au taux de change d’augmenter graduellement et combattons les tendances spéculatives en suivant toute activité anormale sur le marché. Nous imposons des amendes aux bureaux de change et pouvons annuler leurs licences s’ils s’adonnent à la spéculation. Enfin, le taux de change n’a pas augmenté significativement, car nous avions suffisamment de devises. La dépréciation la plus importante que nous avons connue était de 9 % en 2016. L’année passée, elle était de 3 % par exemple. La dépréciation a commencé en 2012. L’inflation est aussi très contrôlée. Le taux le plus élevé était en 2008, lorsqu’elle est montée à 22 % à cause des défis globaux. Cette année, nous prévoyons une inflation de 2,9 %. L’année passée, elle était de 4,9 %.

— Comment avez-vous réussi à réduire drastiquement le taux de pauvreté ?

— Notre gestion économique est inclusive, nous incluons la population et nous avons injecté de l’argent dans les gouvernements locaux, ce qui a permis de combattre la pauvreté. En 2001, lorsque nous avons fait notre recensement, le taux de pauvreté était de 60,1 % ; en 2015, date du dernier recensement, il avait baissé jusqu’à 39,7 %. Notre objectif est de réduire le taux de pauvreté à 30 % en 2020, et je crois que c’est réalisable, car nous adoptons un programme qui se concentre sur les couches les plus démunies. Nous avons différents programmes de développement rural pour aider les plus pauvres à sortir de la pauvreté. Nous investissons lourdement dans l’agriculture ainsi que dans des programmes de protection sociale. Le PIB per capita est maintenant d’environ 790 dollars, contre 200 dollars en 2001.

— Qu’en est-il du tourisme ?

— Le tourisme est devenu la première source de devises étrangères dans le pays au cours des 5 dernières années, et nous avons investi pour attirer les visiteurs. La sécurité est la chose la plus importante pour développer le tourisme. Les touristes sentent qu’ils peuvent se promener librement à tout moment et nous avons aussi développé l’infrastructure et construit des hôtels. Notre attraction principale était les gorilles des montagnes, mais maintenant, cela s’étend à d’autres animaux. Par ailleurs, le tourisme de conférences représente une part importante. Notre compagnie aérienne est en train de croître, connectant différentes régions d’Afrique et du monde. Les touristes qui visitent le Rwanda sont surtout des Européens et Américains, mais de plus en plus d’Africains viennent visiter le pays.

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