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La recette de la croissance

Névine Kamel, Mardi, 24 juillet 2018

Le Fonds Monétaire International (FMI) a publié son rapport (Staff Report) sur le programme égyptien de réforme. Le document souligne les progrès substantiels de l’économie égyptienne et définit les démarches à suivre pour booster la croissance.

La recette de la croissance
La supression des subventions permettra une redistribution des investissements. (Photo : Reuters)

Tirer profit de la croissance démographique. Diversifier l’économie et créer un réseau de protection sociale capable de protéger les plus démunis. Tels sont les 3 points essentiels de la recette de Subir Lall, chef de la mission du Fonds Monétaire International (FMI), pour le gouvernement égyptien, après la troisième révision du programme de réforme économique et l’octroi de la deuxième partie de la deuxième tranche du prêt du FMI à l’Egypte.

Pour ce qui en est du premier point, Lall explique, dans son rapport publié sur l’Egypte, qu’au cours des 5 prochaines années, 3,5 millions de jeunes rejoindront le marché du travail. Une arme à double tranchant. Si le gouvernement réussit à aplanir le terrain au secteur privé de manière à ce qu’il assimile ces jeunes, l’économie connaîtra une relance réelle. « C’est un vrai défi, car le secteur privé au cours des années précédentes n’était pas assez dynamique et était plutôt orienté vers l’extérieur », dit Lall. Et d’ajouter que pour réaliser cet objectif, le gouvernement doit assurer une concurrence équitable, lutter contre la corruption et garantir la transparence des projets gouvernementaux.

En ce qui concerne la diversification de l’économie, le chef de la mission de l’Egypte au FMI affirme que « le développement économique a longtemps souffert des politiques de protection et du grand rôle joué par le gouvernement dans l’activité économique, ce qui a contribué à une mauvaise distribution des ressources ».

Les subventions de l’énergie, selon Lall, sont un autre point qui pèse sur le gouvernement et qui doit être éliminé le plus vite possible. « Les déformations qui existent au niveau des subventions encouragent les gros consommateurs d’énergie à profiter des bas prix », dit-il. Et d’ajouter que la suppression complète des subventions permettra une redistribution des investissements et permettra de réorienter les ressources vers la santé et l’éducation, deux secteurs importants pour la relance économique sur le long terme. A noter que le gouvernement égyptien a réduit, pendant 2 années successives, les subventions à l’énergie et a promis une libéralisation complète à la fin du programme de réforme économique.

Protéger les classes démunies est le troisième point de la recette. Et pour réaliser cet objectif, comme le dit Lall, il est indispensable de continuer à réduire la dette. « La baisse de la facture des dettes permettra au gouvernement de rediriger ses ressources de manière à augmenter les fonds destinés aux programmes de protection sociale », explique Lall. Même chose pour la suppression des subventions accordées à l’énergie, car « ce sont les riches qui en profitent le plus ».

C’est ainsi que le gouvernement a pu augmenter l’aide financière destinée à l’approvisionnement de 15 à 50 L.E. pour les catégories les plus démunies, en plus de l’augmentation des pensions de retraite.

L’Egypte va recevoir la deuxième partie de la deuxième tranche du prêt du FMI fin juillet. C’est ce qu’avait affirmé Subir Lall, à la fin de sa visite en mai dernier en Egypte. L’Egypte avait demandé un prêt de 12 milliards de dollars au FMI, et celui-ci avait approuvé cette demande après l’engagement de l’Egypte à adopter un programme de réforme économique. L’Egypte a reçu jusqu’à présent 8 milliards de dollars. Le gouvernement égyptien a pris une série de mesures pour mettre en place la réforme économique dont le flottement de la livre égyptienne, la restructuration des subventions, l’application de la Taxe de la Valeur Ajoutée (TVA), etc.

Des progrès substantiels

Parallèlement à cette recette qui comprend quelques points essentiels pour booster la croissance économique, le FMI salue dans son troisième rapport quelques progrès positifs du programme de réforme égyptien comme la baisse du déficit budgétaire, du taux d’inflation et du taux de chômage. L’institution internationale prévoit également une hausse de la croissance sur le moyen terme de même que le redressement du secteur du tourisme, la hausse de la production de gaz naturel et la baisse du taux d’inflation moyen à 10 % en 2020, contre 14,4 % l’année dernière. De même, le FMI prévoit une baisse du déficit budgétaire à 8,1 % du PIB au cours de l’année en cours, contre 10 % l’année dernière, ainsi que la baisse du déficit du compte courant à 2,6 % du PIB en 2018-2019 et à 2 % sur le moyen terme. Le FMI prévoit également une hausse du taux de croissance à la fin de l’exercice financier actuel, pour atteindre 5,5 % au cours du prochain exercice financier, et 6 % à moyen terme.

Ahmed Kojok, adjoint du ministre des Finances pour les politiques monétaires, souligne que « le gouvernement a pris des mesures difficiles, mais longuement attendues », en faisant référence au flottement de la livre égyptienne et à la restructuration des subventions pétrolières et celles sur les produits alimentaires. « Les réformes ont été difficiles, mais elles ont commencé à porter leurs fruits », a dit Kojok, en affirmant que l’Egypte est sur le bon chemin.

Kojok a en outre expliqué que le programme de réforme avait aussi inclus un volet social, avec l’augmentation de l’aide financière de 15 à 50 L.E. pour les catégories les plus démunies, en plus de l’augmentation des pensions de retraite.

Enfin, en ce qui concerne l’annulation des subventions à l’énergie et son influence sur certains secteurs de production, Kojok conclut : « C’est vrai qu’il y a une influence, mais il y a aussi un côté positif qu’il ne faut pas négliger, c’est-à-dire que la tarification correcte de l’énergie et les nécessités de la production ont aidé à créer de grandes opportunités dans des secteurs qui, auparavant, n’étaient pas prisés par les investisseurs et à créer une diversification dans le secteur de l’industrie ».

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