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La Chine se rapproche des pays arabes

Gilane Magdi, Mardi, 17 juillet 2018

A l’occasion du Forum de coopération sino-arabe, tenu le 10 juillet à Pékin, la Chine a promis des prêts de 20 milliards de dollars aux pays arabes. Plusieurs secteurs devraient profiter du renforcement de la coopération sino-arabe, soit l’énergie, l’infrastructure, le commerce et le secteur financier.

La Chine se rapproche des pays arabes
La Chine vise à renforcer sa présence dans les pays arabes.

20 milliards de dollars. C’est le montant des crédits promis par la Chine aux pays arabes pour assurer leur développement économique. « Les prêts font partie d’un programme chinois spécial de restructuration économique. L’argent sera injecté dans des projets générateurs d’emplois, qui auront un impact social positif dans les pays arabes ayant des besoins de reconstruction », a souligné le président chinois, Xi Jinping, le 10 juillet, à l’issue de la réunion ministérielle du Forum de coopération Chine-Etats arabes, tenu à Pékin. Et d’ajouter que son pays était prêt à fournir un autre montant de 150 millions de dollars aux pays de la région pour renforcer leur stabilité. Suite à cette réunion, qui a rassemblé environ 300 participants chinois et des pays membres de la Ligue arabe, le président chinois a qualifié les pays arabes de « partenaires naturels » de la Chine. « La coopération a stimulé toutes les dimensions des relations sino-arabes. Elle est entrée dans une nouvelle phase. Nous devons nous efforcer de maintenir la paix et la stabilité au Moyen-Orient, de sauvegarder l’égalité et la justice, de promouvoir le développement commun et d’apprendre les uns des autres comme le font des amis », a souligné le président, en ajoutant que la Chine comptait sur la participation des pays arabes lors de la première Foire internationale des importations de Chine, qui se tiendra en novembre prochain à Shanghai.

Avec la réunion à Pékin, la Chine vise à gagner du terrain sur les Etats-Unis en renforçant sa présence dans les pays arabes et africains dans le cadre d’une guerre commerciale vigoureuse. « Au moment où l’Administration de Donald Trump réagit d’une manière agressive en adoptant des politiques de protectionnisme vis-à-vis de ses partenaires commerciaux, la Chine agit d’une façon très intelligente par la mise en place d’un plan graduel et bien étudié pour gagner non seulement le monde arabe, mais aussi l’Afrique », explique Fakhri Al-Feki, professeur d’économie à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire et ancien conseiller au sein du Fonds Monétaire International (FMI). La Chine est actuellement le deuxième partenaire commercial des pays arabes, avec des accords bilatéraux de coopération économique, commerciale et technique avec la majorité des pays arabes. Selon la chaîne américaine CNN, le volume des échanges entre la Chine et les pays arabes a atteint 191,3 milliards de dollars en 2017.

Pour réaliser son objectif, le président chinois, Xi Jinping, a lancé, fin 2012, un vaste programme économique international dénommé « les nouvelles routes de la soie » ou « la ceinture et la route ». Celui-ci repose sur cinq priorités: connectivité politique, connectivité des infrastructures, connectivité commerciale, connectivité financière et connectivité humaine. Cela consiste à créer une route maritime reliant la Chine à l’Afrique de l’Est, d’une part, et à la Méditerranée, d’autre part. La « ceinture » est constituée d’une série de corridors terrestres reliant la Chine à l’Europe via l’Asie centrale et le Moyen-Orient. Au cours des cinq dernières années, l’initiative chinoise a suscité des réactions très positives au sein de la communauté internationale. Plus de 80 pays et organisations internationales ont déjà signé une centaine d’accords de coopération avec la Chine et un grand nombre de projets de coopération ont déjà été réalisés.

Quant aux pays arabes, 9 Etats ont signé jusqu’à présent le mémorandum d’accord sur la construction de la « ceinture et la route ». L’Egypte fait partie des pays arabes qui ont fait part de leur soutien à cette initiative. « L’Egypte soutient l’initiative. Elle est prête à lier sa stratégie de développement à l’initiative et à renforcer la coopération avec la Chine en matière d’investissement et de construction et des infrastructures », a déclaré le président égyptien, Abdel-Fattah Al-Sissi, invité par le président chinois au 9e sommet du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), tenu à Pékin en septembre 2017. La Chine est le deuxième partenaire commercial de l’Egypte après les Etats-Unis. D’après un rapport de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), le volume des importations de Chine a atteint 2,53 milliards de dollars de juillet à décembre 2017, alors que les exportations égyptiennes vers la Chine se chiffraient à 160,4 millions de dollars seulement. De même, le montant des flux des Investissements Etrangers Directs (IED) chinois ne cesse de croître d’un trimestre à l’autre, passant de 18,6 millions de dollars durant le premier trimestre 2017-2018 à 44,2 millions de dollars au deuxième trimestre de la même année.

Les secteurs qui en profitent

Une question se pose à la lecture de ces chiffres: quels sont les secteurs qui profiteront de la coopération sino-arabe? Pour sa part, le président chinois a insisté, à l’issue de son discours, sur deux secteurs principaux : l’énergie et la finance. « La coopération dans le secteur de l’énergie doit être guidée par le pétrole et le gaz ainsi que par l’énergie à faible émission de carbone. De même, la coopération financière doit progresser main dans la main avec la collaboration dans les nouvelles et hautes technologies », a souligné le président chinois, tout en annonçant que la Chine créerait avec les pays arabes un consortium bancaire.

De même, le secteur de l’infrastructure, dans lequel la Chine possède une longue expérience au niveau technologique, figure parmi les secteurs qui peuvent bénéficier de l’aide chinoise dans les pays arabes. « Aujourd’hui, certains pays arabes, comme la Syrie, le Yémen et l’Iraq, souffrent de l’effondrement de leur infrastructure à cause des guerres. La Chine se prépare actuellement à financer des projets d’infrastructure dans les pays arabes à hauteur d’un trillion de dollars par l’intermédiaire de prêts accordés par la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (Asian Infrastructure Investment Bank, AIIB : ndlr) », note Al-Feki.

Le secteur commercial devrait lui aussi profiter de la coopération sino-arabe. « Il existe beaucoup de produits arabes de haute qualité et nous espérons que la Chine importera ces produits. Ce sera certainement bénéfique pour les deux parties », a déclaré Hossam Zaki, vice-secrétaire général de la Ligue arabe, à la presse égyptienne.

L’agence de presse chinoise Xinhua a indiqué la semaine dernière sur son site que la Chine prévoyait d’importer pour plus de 8 milliards de dollars de marchandises et d’investir plus de 750 milliards de dollars à l’étranger au cours des cinq prochaines années. « Cela créera davantage de possibilités de coopération, qui apporteront de réels avantages aux pays arabes », prévoit l’agence chinoise.

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