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Un budget pour réduire la dette publique

Marwa Hussein, Lundi, 16 avril 2018

Le budget de l'Etat 2018-2019 est actuellement débattu au parlement. La réduction du déficit budgétaire à 8,4% du PIB et la baisse de la dette publique à 97% du PIB en constituent les principaux objectifs. Dossier.

Un budget pour réduire la dette publique
La rationalisation des subventions à l'énergie  : facteur-clé pour réduire les dépenses. (Photo:Reuters)

Le parlement a commencé, dimanche 15 avril, à débattre du budget de l’Etat 2018-2019. Le ministère des Finances avait publié, vendredi 13 avril, le budget préliminaire pour 2018-2019, un document qu’il publie pour la troisième année consécutive et qui explique les objectifs du budget et les prévisions sur lesquelles il est fondé. Dans le budget de l’année fiscale 2018-2019, qui commencera le premier juillet, la réduction du déficit budgétaire et la baisse de la dette publique par rapport au PIB figurent parmi les principaux objectifs du gouvernement. C’est sur ces deux objectifs que la structure des dépenses et des recettes étatiques a été établie.

Ainsi, le budget 2018-2019 prévoit une augmentation des dépenses de 15,5% et une augmentation des recettes de 22% par rapport à l’année précédente.

« Les estimations pour 2018-2019 ont été établies sur la base d’une croissance des dépenses inférieures à celle des recettes publiques. Cela est nécessaire pour contrôler le budget, réduire l’endettement public à moyen terme et créer un espace financier permettant d’augmenter les investissements publics et de contribuer à la croissance et à la création d’emplois », souligne-t-on dans le budget préliminaire. « Techniquement, le gouvernement adopte une politique budgétaire non expansionniste, puisqu’il vise à réduire les dépenses et à augmenter les revenus », indique Amr Adly, chercheur non-résident à Carnegie Moyen-Orient. « Cette politique est conforme à l’accord avec le Fonds Monétaire International (FMI), mais, dans tous les cas, la structure du budget était insoutenable depuis la crise financière mondiale en 2007-2008. La situation s’est aggravée avec les perturbations politiques des années post-révolution. Le programme adopté par le gouvernement est la solution classique que le FMI a souvent soutenue », poursuit-il.

Ramener le déficit budgétaire à 8,4 %

Un budget pour réduire la dette publique

Pendant des années, les salaires, les subventions et le service de la dette ont représenté au moins les trois quarts des dépenses publiques, une structure que le gouvernement a cherché à modifier, notamment en rationalisant les subventions. Or, un plan de réduction graduelle, entamé en 2007, a été suspendu après la crise économique de 2008. Le programme de rationalisation des subventions a été repris en 2016 et a depuis donné lieu à deux baisses des subventions au carburant et à l’électricité. Une autre réduction est prévue en juillet prochain. « Les subventions sont les dépenses les plus flexibles en comparaison aux salaires, que le gouvernement ne peut pas réduire. Il est par ailleurs presque impossible de réduire le service de la dette », explique Adly.

Le gouvernement prévoit d’amener le déficit budgétaire à 8,4% du PIB en 2018-19, contre 9,5% pour l’exercice en cours. Il prévoit également un excédent primaire de 2% en 2018-2019, contre 0,2% pour 2017-2018, soit le premier excédent primaire depuis trente ans. « Le déficit budgétaire ne tombera peut-être pas en dessous de 9 % au cours du prochain exercice, car le gouvernement va devoir augmenter le soutien social pour compenser l’impact des réformes économiques attendues, en particulier dans l’électricité et les produits pétroliers », déclare Iman Négm, économiste auprès de Prime Holding. Entre 2012-2013 et 2015-2016, le déficit budgétaire était en moyenne de plus de 12%, avant de baisser à 10,9% en 2016-2017. « Le budget n’est pas vraiment non expansionniste, puisqu’il vise à augmenter les investissements publics et à augmenter la croissance. Les coupures des subventions à l’énergie seront compensées par des hausses d’autres dépenses sociales », estime l’économiste. Le gouvernement table sur un taux de croissance de 5,8% l’année prochaine, par rapport à 5,4% pendant l’exercice en cours.

Diminuer la dette publique

En gros, les dépenses publiques sont budgétées à 1412 milliard de L.E., contre 1206 milliard de L.E. dans le budget en cours. Le gouvernement compte contenir les dépenses grâce à une réduction des subventions au carburant de 26% et des subventions à l’électricité de 47% (voir encadré). Les subventions aux produits pétroliers vont baisser à 89 milliards de L.E., contre 110 milliards en 2017-2018, alors que celles à l’électricité vont passer de 30 à 16 milliards de L.E., selon les informations incluses dans le budget et rendues publiques par des parlementaires. « La baisse légère des taux de change ainsi que la hausse des cours du pétrole vont limiter les sommes économisées », explique Iman Négm.

Les subventions aux produits alimentaires vont, elles, passer de 63 milliards de L.E. à 86 milliards de L.E. « Dernièrement, le gouvernement a élargi son programme de subvention aux produits alimentaires en augmentant la valeur mensuelle des subventions par personne à 50 L.E. en juin 2017, au lieu de 15 L.E. en juin 2015. Il a en outre augmenté l’efficacité du système pour assurer la disponibilité des biens pour les citoyens à des prix abordables et de haute qualité », souligne le ministère des Finances dans le budget préliminaire. La facture des subventions aux produits alimentaires en 2016-2017 était de seulement 47,5 milliards de L.E., avant d’augmenter de plus de 70% en un an.

Le service de la dette se taille la part du lion des dépenses, puisqu’il est prévu qu’il atteigne 541,3 milliards de L.E., contre 437,9 milliards pendant l’exercice en cours. Il représente ainsi 38% des dépenses de l’Etat. Le ministère des Finances entend ramener la dette publique, qui dépasse 100% du PIB, à 97% du PIB en 2018-2019, et à 88 % l’année d’après, dans l’espoir de la voir se situer entre 75 et 80% du PIB en 2021-2022. « Si le gouvernement parvient à réduire le déficit pendant cinq ou six ans consécutifs, il va réduire l’endette­ment et donc le service de la dette », précise Adly. Iman Négm explique, de son côté, que la baisse des taux d’intérêt et la tendance à remplacer les dettes à court terme par un endettement à moyen et à long terme vont permettre de réduire le service de la dette. « Le gouvernement a dû soutenir l’économie dans les années qui ont suivi la révolution et a eu recours à l’endettement à cause de la régression des investissements privés et, par la suite, des revenus fiscaux », relate-t-elle.

Afin de réaliser une croissance économique de 5,8%, de créer des emplois et de contrer les effets sociaux des réformes économiques, le gouverne­ment compte aussi accroître les investissements publics. Ceux-ci devraient atteindre 148,5 milliards de L.E. pour l’exercice prochain, contre 111,3 mil­liards pour l’exercice en cours, qui se termine fin juin. « Nous allons continuer d’allouer des res­sources supplémentaires au développement de l’in­frastructure, comme les routes, les réseaux élec­triques et de drainage, afin d’élever la compétitivité de l’économie, d’améliorer les services dans les différentes régions du pays et de garantir que les citoyens bénéficient de la croissance économique », indique le budget préliminaire. Le ministère des Finances a également annoncé la hausse des fonds consacrés à l’acheminement du gaz naturel aux foyers à 3,5 milliards de L.E., par rapport à 1,2 mil­liard pour l’année fiscale en cours.

Augmenter les recettes

Les recettes, quant à elles, devraient monter à 989 milliards de L.E. en 2018-2019, contre 813 milliards durant l’exercice 2017-2018. Pour ce qui est des reve­nus fiscaux, on prévoit qu’ils montent à 770 milliards de L.E., soit 14,7% du PIB, une hausse de 0,5% par rapport à l’année précédente et de 12,5% au cours des cinq dernières années. Cette hausse proviendra de l’amélioration des recettes des impôts fonciers et de la taxe sur la valeur ajoutée, mais aussi de l’amélioration de la croissance, qui devrait se refléter sur les revenus des entreprises. Le ministère des Finances dit, en outre, vouloir prendre des mesures structurelles pour la réforme du système de perception des taxes et des impôts. Cela permettrait, entre autres, d’élargir la base des contribuables, surtout des professions libé­rales. Le ministère des Finances table sur une hausse de l’impôt sur les revenus de 29%, à 195 milliards de L.E., et une hausse des recettes de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) de 26,2%, pour atteindre 368 milliards de L.E.

Au niveau des recettes non fiscales, le gouverne­ment a révélé un programme de vente des actifs étatiques sur plusieurs années, afin de générer des revenus, à commencer par des instituts financiers et le secteur de l’énergie. Des parts de 23 entreprises publiques seront ainsi émises en Bourse sur une période de 24 à 30 mois. Selon le ministère des Finances, le programme d’introduction en Bourse des sociétés publiques devrait apporter 10 milliards de L.E. aux caisses de l’Etat en 2018-19. Le gouver­nement estime que le Trésor encaissera une somme de 8,2 milliards de L.E. provenant des bénéfices nets des entreprises du secteur public ainsi que 7,4 mil­liards de L.E. provenant des excédents réalisés par les organismes économiques, sans compter le Canal de Suez. L’objectif du ministère est de réformer les organismes économiques et le secteur public des affaires, afin de modifier les revenus des services offerts par ces entités.

Risques liés à l'économie mondiale, susceptibles d'affecter les estimations budgétaires

1. Les prix du pétrole se sont stabilisés au-dessus des 65 à 70 dollars le baril, vu que l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et la Russie ont baissé leur production en coïncidence avec la hausse de la demande et des taux de croissance mondiaux stables. Toute hausse des prix du pétrole entraînera une hausse des dépenses.

2. La Réserve fédérale américaine a considérablement élevé les taux d’intérêt sur le dollar, ce qui pourrait entraîner une augmentation des flux financiers vers les Etats-Unis et réduire leur acheminement vers les pays émergents et en développement.

3. Les changements politiques dans un certain nombre de pays du Moyen-Orient peuvent avoir des répercussions négatives sur la région, ainsi que sur le commerce et les flux financiers vers la région.

4. La sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (UE) est susceptible d’avoir un impact sur les échanges commerciaux vers et depuis l’UE, qui est le principal partenaire commercial et d’investissement de l’Egypte.

5. La tendance mondiale croissante vers l’adoption de politiques commerciales protectionnistes pourrait conduire à des guerres commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, ce qui pourrait affecter la croissance et l’emploi dans un certain nombre de pays développés et en développement.

6. Une modification du taux de change local par rapport aux niveaux actuels affecterait les revenus et les dépenses en dollars, tels que les revenus du Canal de Suez et de l’Autorité générale du pétrole, les subventions aux produits alimentaires et à l’énergie.

Source: Budget préliminaire 2018-2019, ministère des Finances.

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