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Mohamad Farid : Tous les indicateurs économiques au niveau mondial et national sont prometteurs

Gilane Magdi, Lundi, 12 février 2018

Mohamad Farid, président de la Bourse égyptienne, évoque la récente chute des Bourses mondiales et explique comment l’institution entend sensibiliser les investisseurs au comportement à adopter dans ces situations.

Mohamad Farid
(Photo : Yasser Al-Ghoul)

Al-Ahram Hebdo : Les Bourses mondiales ont vécu une période très difficile, caractérisée par une vague de ventes massives de la part des investisseurs et la chute des indices boursiers, qui ont atteint leurs niveaux les plus bas le 5 février dernier, provoquant une instabilité au niveau des échanges. Quelles sont les causes de ce repli majeur qui fait planer la menace d’un krach boursier ?

Mohamad Farid : Il est très improbable de tomber dans un krach boursier, car tous les indicateurs économiques, que ce soit au niveau mondial ou national, sont prometteurs. C’est simplement un mouvement de correction accompli par les investisseurs pour garder une partie de leurs profits. Les Bourses mondiales ont connu une hausse de leurs indices dans les périodes précédentes, en particulier aux Etats-Unis, suite à la publication des chiffres relatifs à l’emploi et au taux d’inflation. Ce qui a renforcé chez les investisseurs les prévisions d’une hausse probable des taux d’intérêt aux Etats-Unis dans un proche avenir et les a incités par conséquent à vendre leurs actions. Il y a une relation inverse entre le taux d’intérêt et le prix des actions. Plus le taux d’intérêt augmente, plus les prix des titres financiers s’abaissent. Le résultat en est la chute massive des prix des actions, engendrant le recul des indices boursiers aux Etats-Unis, en Europe, en Asie et dans les pays du Golfe.

— Mais comment expliquez-vous la panique des investisseurs égyptiens et étrangers en Egypte qui ont vendu leurs titres ?

— Quand l’investisseur constate des baisses dans les Bourses mondiales, il veut au plus vite récupérer une partie de ses profits en vendant les titres qu’il possède. Chez nous, il y a des investisseurs provenant de différents pays, tels que les Etats-Unis et des pays d’Europe. Toutefois, l’impact reste limité en Egypte. Avec la poursuite des échanges, l’indice EGx 30 (groupe des actions les plus échangées, ndlr) s’est replié, au début de la journée du 6 février, de 3 %, puis il a récupéré ses pertes en fin de session pour clôturer sur une baisse de 1,6 %. En plus, les investisseurs étrangers ont procédé à des achats nets le lendemain de la chute de toutes les Bourses mondiales. Vraiment, tous les indicateurs économiques relatifs aux mesures de réforme économique sont solides, de quoi surmonter les craintes d’un krach boursier.

Quelles sont les mesures prises par l’administration de la Bourse pour protéger les petits investisseurs, qui ont été pris de panique au moment de la chute des Bourses ?

— D’habitude, la Bourse prend les mesures stipulées par la loi sur le marché financier. Par exemple, en cas de fluctuation des prix des actions de plus de 5 %, il faut arrêter les échanges pendant 15 minutes en vue de donner aux investisseurs la chance de revoir leurs décisions de vente ou d’achat. De même, au niveau des indices, s’il y a un grand changement dans la valeur de l’indice EGX 100, la Bourse arrête les échanges pour une durée de 30 minutes. Cela permet de faire comprendre aux investisseurs qu’il n’y a pas de relation entre ce qui se passe dans les Bourses mondiales et en Egypte.

— Les réactions survenant sous l’emprise de la panique représentent vraiment un grand problème au moment d’une chute boursière. Comment la Bourse entend-elle surmonter cet obstacle ?

Tous les indicateurs économiques au niveau mondial et national sont prometteurs
Les indices de la Bourse égyptienne oscillent, à des taux minimes, entre la hausse et la baisse. (Photo : AP)

— Nous accordons une grande importance à la sensibilisation, non seulement au niveau de la spéculation, mais aussi pour ce qui est des principes d’investissement en Bourse et de la prise de décision d’investissement. Pour qu’il y ait une durabilité dans les Bourses en général, il faut que l’investisseur connaisse la nature de l’investissement en Bourse et sache distinguer entre l’investissement à long terme — allant de 20 à 25 ans — et celui à court terme. Pour aboutir à cet objectif, nous travaillons sur plusieurs axes : le premier est celui de la sensibilisation des institutions qui emploient un grand nombre d’employés. Nous leur expliquons les principes de base de l’investissement en Bourse et les avantages de la cotation en Bourse. Le deuxième axe est celui des élèves dans les écoles. Nous essayons, en coopération avec le ministre de l’Education, de faire introduire dans les livres scolaires, dès le début des années préparatoires, les principes de l’investissement en Bourse. De même, la sensibilisation comprend aussi l’amélioration de la qualité de la divulgation de la part des sociétés cotées en Bourse. C’est pourquoi la Bourse organise, depuis le quatrième trimestre 2017, une réunion bimensuelle qui rassemble les directeurs des relations avec les investisseurs de sociétés cotées en Bourse et les directeurs de l’investissement et des recherches au sein des banques d’investissement. A l’issue de ces réunions, les plans d’expansion sont présentés aux sociétés de recherche, qui expliquent à leurs clients des nouvelles chances d’investissement.

Quelle est votre stratégie pour augmenter le rôle financier de la Bourse ?

— La stratégie se base sur trois axes principaux : le premier concerne l’offre et est basé essentiellement sur l’amélioration de la communication entre les sociétés cotées en Bourse et les investisseurs. Pour améliorer le niveau de divulgation présentée aux investisseurs, la Bourse a créé un service spécifique pour réviser les rapports d’entreprises pendant et après l’opération de cotation en Bourse. Ce service est chargé de contacter les entreprises et de leur demander de publier plus de rapports financiers en cas de demande spécifique de la part des investisseurs. Le deuxième axe se concentre notamment sur l’introduction de nouveaux outils d’échange à la Bourse, et ce, en vue d’augmenter la valeur quotidienne des échanges. Bien que cette dernière ait connu une progression significative en atteignant 1,5 milliard de L.E., nous voulons l’augmenter. Pour réaliser cet objectif, la Bourse a réduit l’arrêt temporaire des échanges en cas de fluctuation des prix des actions de 30 minutes à 15 minutes. Cette mesure a entraîné la hausse de la valeur des échanges, qui est passée de 500 à 800 millions de L.E. immédiatement. De même, nous prévoyons d’introduire de nouveaux instruments financiers, tels que les outils de hedging contre la fluctuation des prix, qui permettent de se protéger contre le risque de variation non souhaitée d’un ou de plusieurs actifs. Le troisième axe concerne la demande. Nous n’épargnons pas nos efforts pour expliquer aux différentes institutions internationales les réformes économiques entreprises en Egypte pour qu’elles sachent ce qui se passe en Egypte.

— Comment la Bourse a-t-elle profité du programme de réforme économique ?

— Les réformes économiques lancées en novembre 2016, qui vont du flottement de la monnaie nationale vis-à-vis du dollar jusqu’à la promulgation de la loi sur l’investissement, sont nécessaires pour placer l’Egypte de nouveau sur la carte de l’investissement mondial. En comparant les 14 mois qui ont précédé et les 14 mois qui ont suivi ces mesures économiques, nous constatons que les achats nets des investisseurs étrangers sont passés de 1,1 milliard de L.E. à 14 milliards de L.E. à la fin de 2017. Cette hausse significative montre que les investisseurs entrant à la Bourse égyptienne prévoient que l’économie égyptienne est sur la bonne voie à moyen terme. Ces investisseurs étrangers ont concentré leurs investissements dans le secteur immobilier, dans le secteur financier non bancaire, qui s’empare de la moitié des achats des investisseurs étrangers, et, enfin, dans le secteur bancaire. De même, les étrangers ont investi dans de nouveaux secteurs tels que la distribution des médicaments. Pour ce qui est des introductions en Bourse, 6 sociétés ont fait des émissions publiques ou privées en 2017 pour une valeur de 4 milliards de L.E., dans les secteurs du textile, des télécommunications et des médicaments. Les investisseurs étrangers ont réalisé plus de la moitié de cette somme.

— Avec la hausse des taux d’intérêt bancaires, la Bourse est devenue pour les sociétés une alternative de financement moins coûteuse que les banques. Cette situation a-t-elle un impact sur le nombre des sociétés cotées en Bourse ?

— L’impact est vraiment nul pour ce qui est du nombre des introductions en Bourse, mais il est positif pour ce qui est de l’augmentation des capitaux des sociétés déjà cotées. En 2017, 48 sociétés ont augmenté leurs capitaux d’une valeur totale de 10,4 milliards de L.E., soit le double du chiffre réalisé en 2016. Presque la moitié de cette somme a été réalisée pendant les 4 derniers mois de l’année.

— Comment expliquez-vous le retard du gouvernement à lancer 10 sociétés gouvernementales en Bourse, comme cela a été annoncé plusieurs fois ?

— Ce dossier a été transféré du ministère de l’Investissement au ministère des Finances. La Bourse n’a pas d’influence sur le calendrier de l’introduction en Bourse de ces sociétés. Nous avons simplement procédé aux préparatifs en vue de les recevoir.

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