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Une décision à double tranchant

Névine Kamel, Mardi, 16 janvier 2018

Le ministre du Commerce et de l'Industrie a décidé, début 2018, de suspendre la baisse douanière annuelle de 10 % sur les voitures européennes. Une décision qui vise, selon le ministère, à protéger le marché local.

Une décision à double tranchant
Le volume des ventes sur le marché de l'automobile a baissé de 39% en 2017 par rapport à 2016.

Les clients qui attendaient le début de l’année 2018 pour acquérir une voiture européenne à un bon prix sont frustrés. La raison ? Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Tareq Qabil, a suspendu, deux jours avant le début de l’année, la réduction annuelle des douanes sur les voitures d’origine européenne, dans le cadre de l’accord de partenariat égypto-européen. Cet accord, conclu entre les deux pays en 2000, exige une réduction progressive de 10 % par an des douanes sur les voitures européennes entre 2004-2019, pour atteindre 0 % en 2019. Après la décision du ministre, l’exemption totale des dounanes ne sera atteinte qu’en 2020. « Cette décision vise à protéger l’industrie locale. Car le ministère a fait une étude sur le marché des voitures qui a montré les mauvaises répercussions de la baisse douanière sur l’industrie locale », explique le ministre, Tareq Qabil. Il affirme que l’article 9 de l’accord de partenariat entre l’Egypte et l’Union Européenne (UE) autorise l’Egypte à suspendre la baisse des tarifs douaniers pour une année pour protéger l’industrie locale confrontée à des difficultés à concurrencer. « Le pays planche actuellement sur la mise en place d’une nouvelle stratégie pour l’industrie automobile afin de redresser le secteur ». La dévaluation de la livre égyptienne avait lourdement pesé sur le secteur automobile, étant donné que la majeure partie des composants de cette industrie est importée. La hausse des prix des voitures a eu pour effet une baisse en cascade des ventes, qui a persisté après la dévaluation. Le volume des ventes a baissé de 39 % dans les 8 premiers mois de 2017, pour atteindre 8 388 voitures vendues contre 13 759 voitures durant la même période de 2016, souligne le rapport AMIC, spécialisé dans les études du marché égyptien de l’automobile. « Les prix des voitures ont doublé après la dévaluation et acheter une voiture est devenu un lourd fardeau », explique Mohamad Ahmad, vendeur dans une agence de voitures à Mohandessine.

Selon le ministère du Commerce et de l’Industrie, la suspension de la baisse douanière vise à protéger les compagnies internationales oeuvrant sur le marché. Une source gouvernementale, qui a requis l’anonymat, confie à l’Hebdo que l’entreprise BMW a menacé de liquider son activité sur le marché égyptien, à cause de la récession du marché. « Il ne s’agit pas seulement de BMW, d’autres entreprises ont annoncé la même mesure. Or, cette industrie est essentielle dans la promotion de l’économie égyptienne, au moment où le gouvernement vise à réaliser une croissance plus élevée et à attirer plus d’investissements », explique la source. La baisse des douanes concerne des marques comme Renault, Mercedes, BMW, Peugeot, Citroën, etc. Ossama Aboul-Magd, président de l’Association des commerçants de voitures, explique qu’une telle décision, qui vise à protéger l’industrie locale, ne peut être prise qu’après un accord avec le côté européen « qui comprend bien la situation en Egypte ». Et d’ajouter que la baisse des douanes concerne les modèles de voitures les plus chers, donc, les citoyens qui sont capables de les acheter, n’attendent pas une baisse de 4 % de leur prix pour prendre la décision d’achat.

La classe moyenne étouffe

Par ailleurs, cette décision qui, selon le ministère, doit protéger les investissements étrangers, pèse lourd sur le consommateur égyptien. « C’est toujours nous qui devons assumer la facture totale. Soit pour protéger l’investisseur, soit pour assurer la croissance économique. La classe moyenne étouffe en Egypte », dit Kamal Boghdadi, ingénieur, qui a dû attendre 4 mois dans l’espoir de pouvoir acheter une voiture à un prix « convenable ». « Les taux d’intérêt des crédits sont élevés, le coût de la vie augmente de plus en plus et malheureusement, avec la hausse des prix des produits pétroliers et, par conséquent, le coût du transport, le choix le plus convenable devient de posséder une voiture », ajoute Boghdadi. En effet, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a augmenté trois fois de suite les taux d’intérêt sur les dépôts et les crédits en l’espace de deux ans. Ces derniers sont ainsi passés de 14,75 % à 17,75 % sur les dépôts et de 15,75 % à 19,75 % sur les crédits. Boghdadi n’est pas le seul. Des milliers attendaient le début de l’année dans l’espoir que les prix des voitures baisseront. « Les responsables essaient de minimiser l’impact de la décision. Mais, en réalité, celle-ci touche les catégories de voitures visées par le consommateur à revenu moyen, et non pas seulement par les riches », explique Mahmoud Sallam, employé, qui voulait acheter une Renault. Pour sa part, Effat Abdel-Hadi, expert du secteur automobile et membre de la Coalition des agents et des distributeurs de voitures, est d’avis que la décision vise essentiellement à protéger les distributeurs locaux, sachant qu’il n’existe pas, jusqu’à aujourd’hui, de véritable industrie automobile. « Les entreprises égyptiennes importent tous les composants des voitures pour simplement les assembler », dit-il. Selon les chiffres de l’Association automobile, plus de 50 % des voitures importées en Egypte proviennent d’Europe. Dans ce contexte, il est à noter que le nombre de voitures importées des pays de l’UE a chuté de 62,34 % au cours des 10 premiers mois de l’année 2017.

Riche partenariat

L’accord de partenariat entre l’Union Européenne (UE) et l’Egypte a été signé en juin 2001, après cinq ans de négociations, pour entrer en vigueur en 2004. Les thèmes principaux sont le dialogue politique, le respect des droits de l’homme et de la démocratie, la signature d’accords de libre-échange, les dispositions relatives à la propriété intellectuelle, les services, les marchés publics, les règles de la concurrence, les aides d’Etat, la coopération économique dans un large éventail de secteurs, la coopération relative aux affaires sociales et à la migration (y compris la réadmission de migrants clandestins et la coopération culturelle), etc. Depuis la révolution de 2011, les réunions ministérielles sont suspendues par l’UE.

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