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L’économie prend son élan

Sarah El-Gindi, Dimanche, 02 avril 2017

Selon un rapport de la BNP Paribas, le climat économique en Egypte devrait connaître une réelle amélioration d’ici 2018, en dépit de quelques risques.

L’économie prend son élan
Des IPO sont attendus à la Bourse égyptienne. (Photo:AFP)

Depuis la révolution de 2011, l’Egypte fait face à d’importants déséqui­libres macroécono­miques. La réduction des risques macroéconomiques sur le moyen terme dépend principalement de la mise en oeuvre de réformes écono­miques, de la réduction de l’infla­tion, de l’augmentation de la crois­sance (ou PIB) et du maintien des supports financiers extérieurs. Ces conditions ont déjà commencé à être remplies et les résultats positifs qui commencent à se faire sentir devraient continuer. Selon le rapport, la situation économique en Egypte devrait s’améliorer au cours des dix-huit mois prochains. Dans ce contexte, plusieurs facteurs sont encourageants, entre autres la décou­verte de nouveaux champs gaziers devrait permettre une réduction de la facture énergétique. Il y a aussi les opportunités de croissance sur le marché intérieur égyptien en pleine expansion. Les perspectives de croissance du PIB dans le budget 2017/2018 sont de 4,5 % pour l’an­née fiscale, alors qu’elles n’attei­gnaient que 2,1 % en 2012/2013.

La relance de la production des biens et des services devrait per­mettre d’endiguer les problèmes auxquels le pays fait face. Cette relance permettra par exemple de résoudre le problème du taux de chômage élevé, de réduire la dette publique — notamment par une réforme de la fiscalité — et de relan­cer la croissance. Il faut noter que la dette publique égyptienne représente aujourd’hui plus de 90 % du PIB et constitue un risque important pour les investisseurs. Le retour de l’acti­vité économique permettra de régler petit à petit le problème du déficit de la balance des paiements, de réduire la dette publique et de réduire la dépendance de l’Egypte vis-à-vis des financements extérieurs — les­quels sont difficiles à sécuriser sur le moyen terme.

Large marché de consommation
Parmi les facteurs d’amélioration, figure aussi la qualité du marché interne. L’Egypte dispose en effet d’une population jeune et croissante, d’un large marché de consommation et d’une économie diversifiée. La politique énergétique de l’Egypte semble également prometteuse. En effet, selon un rapport du FMI, l’Egypte a le potentiel de devenir un fournisseur majeur de gaz naturel. Bien que la production ait drastique­ment chuté après la révolution de 2011, une accélération de la produc­tion est à prévoir à partir de 2017. Cela aurait pour conséquences une réduction des coûts et une baisse de la facture d’importation de pétrole. La découverte de nouveaux champs gaziers va dans le même sens. « D’ici 2020, cela permettra de remplacer le support financier provenant des pays du Golfe », explique le FMI.

De plus, la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial avan­tage l’Egypte, puisque les tonnes de pétrole importées chaque mois coû­tent moins cher à l’Etat. Différents secteurs de l’économie égyptienne sont cependant impactés par ces évo­lutions de prix. Selon Hani Géneina, chef du département recherche de Belton Investment Bank, la baisse des prix du pétrole depuis plusieurs mois avantage les sociétés qui pro­duisent des produits dérivés du pétrole. L’expert donne l’exemple du plastique : « Avec la baisse des prix du baril, le coût de production du plastique baisse également. Le plas­tique utilisé pour l’emballage des produits alimentaires représente entre 10 et 20 % du coût du produit, la baisse du prix du pétrole mène donc à une baisse du coût de cer­tains produits alimentaires ». L’impact négatif de la baisse des prix du pétrole ne concerne que quelques sociétés de production et raffineries. Au niveau macroéconomique natio­nal, l’impact est positif puisque les consommateurs payeront moins.

Des risques malgré tout
En dépit de toutes ces améliora­tions, les risques restent élevés. Les taux de change flottants depuis novembre 2016, l’augmentation des impôts ou encore la politique infla­tionniste ont sans doute exacerbé la situation sociale, constituant par là même un risque pour les investis­seurs. En effet, la politique d’infla­tion rapide de ces derniers mois combinée à une croissance faible et à un chômage élevé frappent dure­ment la population égyptienne. L’augmentation des prix a atteint des niveaux records, mais, selon les prévisions du Fonds Monétaire International (FMI), l’inflation devrait baisser progressivement dans les mois à venir. Elle devrait ainsi passer de 20 % à 15 % d’ici la fin de l’année. L’inflation a égale­ment impacté le taux de change de la L.E. puisqu’une augmentation du taux d’inflation et la mise en place d’un taux de change flottant ont mené à la dépréciation de la mon­naie. La détérioration des condi­tions de vie, notamment en raison de l’inflation, provoque de fortes pressions sociales. Selon Hani Géneina, le mécontentement popu­laire est un risque important et il peut conduire à un rejet de l’accord de financement négocié entre l’Egypte et le FMI. « Le prêt condi­tionnel du FMI d’un montant de 12 milliards de dollars exige en effet la mise en oeuvre de nombreuses réformes économiques qui rendront la vie dure aux Egyptiens sur le court terme, mais amélioreront la situation sur le long terme », explique-t-il. « Si l’accord avec le FMI est remis en cause, la popula­tion serait contente sur le court terme, mais les besoins de l’Egypte en financements extérieurs seront sévèrement impactés et, dans une période de six mois, le pays sera dans une très mauvaise situation », ajoute Guéneina. Ainsi, l’inflation remonterait et le marché noir reprendrait de plus belle, la situa­tion serait la même que durant la deuxième moitié de 2016 et la popu­lation serait alors mécontente. « La perte de cette source de financement pourrait être d’autant plus problé­matique que les prêts que l’Egypte a contractés auprès des pays du Golfe arriveront à leurs échéances en 2018 et devront alors être rembour­sés », assure-t-il. L’accord avec le FMI a obtenu l’approbation de la commission économique et de la commission du budget du parle­ment, et a été approuvé en assem­blée plénière. Le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte ont été invités à assister aux discussions. Bien qu’il ait provoqué la colère des Egyptiens, le taux de change flottant de la livre égyptienne pourrait avoir un impact positif sur l’économie. En effet, selon Hani Guéneina, on assiste à présent à un retour de la confiance des investisseurs qui se traduit par un retour des capitaux étrangers en Egypte.

Le coût de l’investissement ayant baissé de moitié, investir coûte moins cher et génère des profits immédiats. Selon lui, une deuxième vague plus importante d’investisse­ments est à prévoir. Le programme de réformes de l’économie devrait mener au retour de la confiance des investisseurs et ainsi générer de la croissance. Dans le cadre de cette deuxième vague, les investisseurs veulent acquérir des sociétés natio­nales, devenant opérateurs sur le marché égyptien et non plus de simples fournisseurs de capitaux. Ce mouvement a déjà commencé comme l’attestent les annonces des projets de fusion/acquisition et de construction d’usines. Les avis sont cependant mitigés quant aux résul­tats d’une telle politique. Selon Entreprise Press, le ministre de l’Economie, Sultan Abou-Ali, a affirmé sur la chaîne de télévision Al-Hayat Al-Youm que l’adoption d’un taux de change flottant n’allait pas réellement dans le sens d’une augmentation des exportations. Selon lui, un plus grand nombre de transactions étrangères sur le marché égyptien n’est pas un élément illus­trant la croissance économique. Selon Sahar Nasr, ministre de l’In­vestissement et de la Coopération internationale, les investissements directs étrangers ont atteint 4,3 mil­liards de dollars début 2017, soit 1,2 milliard de plus que l’an dernier à la même période. Seul le temps per­mettra d’établir si l’arrivée massive d’investissements en Egypte aura l’impact escompté sur la croissance économique. Un parallèle avec le Maroc — qui a largement ouvert son marché aux investissements étran­gers ces dernières années — ne per­met pas de démontrer l’efficacité radicale de telles importations. La comparaison avec d’autres pays de la région MENA permet également de mettre en perspective les risques géopolitiques auxquels les pays font face (voir encadré) .

Un contexte économique mondial incertain
L’analyse du rapport de la BNP Paribas suit une logique d’entonnoir, il aborde la situation des grandes puissances, celle de la région MENA et enfin celle de l’Afrique du Nord. L’Europe est le principal partenaire commercial de l’Egypte. Malgré une reprise de l’activité, les politiques étrangères de l’UE sont incertaines en raison de défis électoraux dans des Etats pivots et de la négociation du Brexit qui commence à peine. Concernant les Etats-Unis, « l’élection de Donald Trump devrait peu impacter l’Egypte puisqu’il ne s’agit pas d’un partenaire économique majeur. Un tournant pourra être observé si les deux pays signent le traité de libre-échange qui est en négociation depuis plus de 15 ans », explique Hani Guéneina, chef du département recherche de Belton Investment Bank. Les déclarations de Trump créent un climat d’incertitude, mais les décisions importantes nécessitent l’approbation du Congrès.

L’Egypte exporte beaucoup vers les pays voisins, notamment d’Afrique et de la région MENA. L’instabilité régionale impacte donc le com­merce, notamment avec la Syrie et la Libye. En revanche, les échanges avec les pays d’Afrique centrale et les pays du Golfe s’améliorent. Ainsi, les exportations de matériaux de construction ont atteint une croissance record de 478 % du fait de la mise en place d’un taux de change flot­tant et de la participation de l’Egypte à des expo­sitions internationales.

Les pays d’Afrique du Nord font face à des défis similaires. Ainsi, l’Egypte, l’Algérie et la Tunisie font face à d’importants déficits publics et doi­vent rapidement mettre en place des réformes structurelles, même si celles-ci sont ralenties par des tensions sociales. En Tunisie, les risques pour les investisseurs sont élevés, notamment du fait du terrorisme, lequel touche également dure­ment le tourisme égyptien. La présence de l’Etat islamique dans la région MENA est un facteur de risques et d’instabilités géopolitiques majeur.

A la différence de l’Egypte, l’Algérie mène une politique protectionniste et le rôle de l’Etat dans l’économie est majeur. L’exemple marocain se trouve à l’opposé puisque le pays s’est servi de sa position géographique pour devenir un pôle du commerce et de l’investissement. La stabilité macroéconomique du pays est solide grâce au succès des réformes entreprises et des prix du pétrole en baisse. Ces exemples montrent qu’une politique d’ouverture au marché mondial et aux investissements est plus porteuse qu’une poli­tique protectionniste. Le Maroc a accueilli beau­coup d’investissements étrangers, mais son potentiel de croissance reste faible. L’Egypte peut utiliser ces exemples pour décider de la direc­tion à adopter .

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