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Prix : La tendance à la baisse reste à confirmer

Marwa Hussein, Mercredi, 08 mars 2017

Le renforcement partiel de la livre face au dollar depuis janvier pourrait mener à une baisse des prix qui ont atteint des records ces derniers mois. Rien n'est pourtant encore évident sans une réelle stabilisation du taux de change.

Prix : La tendance à la baisse reste à confirmer
Les producteurs réduiront les prix pour contrer la baisse des ventes. (Photo : AP)

La dévaluation de la livre égyptienne face au dollar a provoqué plusieurs vagues de hausse des prix. Ces hausses ont commencé avant même la décision de flottement de la monnaie locale prise en novembre dernier, les quelques mois ayant précédé cette décision ayant témoigné de larges spéculations sur le marché noir, où le dollar atteignait presque le double de son taux officiel.

Or, le renforcement de la livre entamé fin janvier nous pousse à nous interroger sur l’avenir des prix sur le marché égyptien, étant donné qu’il est connu que les prix ne rebaissent jamais. Cette fois-ci, cependant, il n’est peut-être pas impossible de voir quelques réductions des prix. « Les prix de certains produits sont toujours liés aux taux de change comme le ciment et l’acier, vu qu’ils sont sujets à la compétition extérieure », explique Noaman Khaled, macro-économiste à CI-Asset Management. De tels marchés peuvent être envahis par des produits importés et voir leur part du marché rétrécir au cas où leurs prix deviendraient non compétitifs. « Or, il s’agit de secteurs non liés à la consommation directe du grand public. Le cas est différent pour les produits alimentaires ; les principaux producteurs sont en contrôle du marché vu que les produits importés sont toujours plus chers », poursuit Noaman Khaled. Il estime que, cette fois-ci, certains producteurs baissent cependant les prix, bien qu’ils ne soient pas contraints à le faire : en effet, l’augmentation des prix ne leur est pas bénéfique vu qu’elle entraîne une baisse importante de la consommation, même de celle des produits de base.

Consommation au ralenti

« Ce mythe des prix qui montent et ne baissent pas en Egypte n’est pas très vrai, surtout que cette fois-ci l’inflation n’est pas due à une hausse de la demande mais à la hausse du coût de production qui a en plus affecté la consommation », explique Khaled.

Concrètement parlant, dans l’une des branches de la société publique de distribution Al-Masriya, le directeur confirme que seul le prix du riz a baissé cette semaine de 9 L.E. le kilo à 7 L.E., mais aucun autre produit n’a connu de réduction. Chez les coopératives Al-Ahram, elles aussi publiques mais plus populaires qu’Al-Masriya, quelques prix ont baissé : le riz, l’huile et le beurre aussi. Le directeur d’une grande branche ayant requis l’anonymat prévoit que d’autres prix seront réduits prochainement. Chez Metro, qui sert une clientèle plus huppée, le responsable des ventes d’une branche principale révèle que les prix de certains produits importés ont baissé, comme les pâtes et les confitures, mais d’autres produits restent tels qu’ils sont. « Les ventes ont baissé de quasi 30 % depuis le flottement », dit-il sous l’anonymat. « Le gouvernement ne va pas forcer les producteurs à baisser les prix, mais les grands producteurs de produits agroalimentaires se plaignent de la baisse des ventes. Ils vont lancer des promotions et baisser les prix s’ils le peuvent car cette fois-ci, ils en ont besoin », estime Noaman Khaled.

En fait, la hausse des prix des différents produits alimente l’inflation qui a dépassé les 30 % en janvier enregistrant un record sur plus d’une décennie. Depuis le flottement, l’inflation annuelle passe de record en record avec 20,2 % en novembre dernier en comparaison de 11,8 % le même mois de 2015.

Tout est donc lié au taux de change pour la période à venir : « Si le prix du dollar se stabilise, les prix pourraient baisser par rapport à leur pic, mais on reste loin par rapport aux prix d’avant le flottement ». Khaled explique que les producteurs ont calculé leurs prix pour l’année sur le taux de change de 18,5/19 L.E. Un prix que le dollar avait atteint au début de l’année, mais qui n’est pas représentatif du prix moyen pour l’année dernière, qui était de 13/14 L.E.

« Ce que le marché a besoin pour que les prix baissent vraiment, ce sont des signaux que le taux de change va rester plus ou moins entre les 15,80 L.E. atteints il y a quelques semaines et les 16,40 L.E. atteints la fin de la semaine dernière », explique-t-il. Khaled avertit qu’avec les baisses des ventes, il y a des entreprises qui s’adaptent et d’autres qui sortent du marché. « Je ne crois pas que les entreprises aimeraient sortir d’un marché si important comme l’Egypte, celles-ci peuvent préférer des pertes temporaires afin de garder leur part du marché sur le long terme », conclut Noaman Khaled.

L’automobile, un marché à la merci du dollar

C’est l’un des marchés les plus directement liés au prix du dollar, vu que les voitures sont ou bien importées ou bien rassemblées en Egypte, mais avec des composantes importées. La hausse des prix des automobiles au cours des derniers mois était phénoménale. De même, il s’agit d’un secteur qui a déjà commencé à baisser ses prix, notamment à cause de la forte stagnation des ventes. « Les ventes ont baissé de 80 % depuis le flottement par rapport à la même période de l’année passée », confie le directeur d’une société de distribution automobile ayant requis l’anonymat. Il prévoit une baisse des prix, vu l’accumulation de stocks chez les producteurs et les distributeurs.

Le directeur d’une branche de la compagnie Al-Masriya pour la vente de voitures confie que les prix ont baissé par rapport à leur pic vu l’accumulation des stocks. « Les voitures moins chers entre 200 000 et 300 000 L.E. sont les plus vendues par rapport aux modèles plus chers qui stagnent », ajoute-t-il. Le prix de la Hyundai Verna, l’une des plus populaires en Egypte, est par exemple passé de 97 000 L.E. en juin 2016 à 125 000 L.E., avant le flottement en novembre puis à 180 000 début février suite à la dernière hausse du dollar. Aujourd’hui, une certaine baisse a été enregistrée (150 000). La Toyota Fortuner, un 4X4, est passée de 370 000 à 980 000 puis 880 000 actuellement.

La décision du gouvernement de baisser le prix du dollar douanier, selon lequel sont fixés les tarifs douaniers payés par les investisseurs et importateurs, a elle aussi permis à l’industrie automobile de réduire les prix. Le ministère des Finances a fixé le dollar douanier à 15,75 L.E. pour les deux premières semaines de mars. Le mois passé, le ministère a décidé de réduire le prix du dollar douanier à 16 L.E. mi-février, alors qu’il était à 18,5 L.E. au début du mois, tout en prévoyant de vérifier ce prix tous les 15 jours. Il s’agit de calculer le prix moyen du dollar sur le mois et de l’appliquer pendant les 15 jours qui suivent.

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