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Egypte-Turquie : Un nouveau chapitre

Névine Kamel, Mardi, 07 février 2017

La visite la semaine dernière en Egypte d'une délégation turque de 120 investisseurs marque le début d’une nouvelle ère dans les relations entre Le Caire et Ankara, en stagnation depuis 2013.

Egypte-Turquie
Le secteur agricole est un domaine fertile pour les investissements turcs. (Photo : AFP)

Une première depuis 2013. Une délégation économique turque est venue en Egypte la semaine dernière, pour la première fois depuis la chute de l’ancien président égyptien, Mohamad Morsi. « Les relations économiques égypto-turques constituent une base importante pour la coopération à venir entre les deux pays. Ces dernières années, les relations politiques ont dû affronter quelques obstacles, mais cela ne doit pas continuer à paralyser les relations économiques », explique Refaat Oghlo, président de l’Union des chambres et des Bourses commerciales turque. La Turquie était l’un des grands supporters du régime islamique de l’ancien président Morsi, issu de la confrérie des Frères musulmans. Après sa destitution, les rapports entre les gouvernements égyptien et turc se sont considérablement dégradés impactant les relations d’affaires.

Or, la Turquie a récemment décidé de conquérir de nouveaux marchés, afin de relancer son économie et d’améliorer ses indices commerciaux. « L’Afrique, y compris l’Egypte, constitue un terrain fertile », poursuit Oghlo. « Les hommes d’affaires turcs ont réalisé l’importance du marché égyptien, et beaucoup d’entre eux ont décidé de profiter de ces opportunités. De la même manière, le marché turc est très important pour l’Egypte », confie à l’Hebdo Ahmad Al-Wékil, président de l’Union des Chambres commerciales égyptienne.

C’est dans ce cadre qu’une délégation économique, d’environ 120 hommes d’affaires et commerçants turcs, a accepté l’invitation de l’Egypte à discuter de coopération bilatérale, d’opportunités d’investissement et de partenariat. Cette rencontre s’est déroulée dans un contexte de réforme économique mise en place par l’Egypte, avec des décisions comme le flottement de la livre égyptienne et la promulgation d’une nouvelle loi d’investissement. « La recette de développement et d’investissement de l’Egypte est bien meilleure que celle de ses voisins africains. Si l’Egypte s’engage à maintenir ce rythme, cela facilitera les investissements turcs », explique Atella Ataseifen, président de l’Association des hommes d’affaires turcs et égyptiens « Ahleya ».

Cette visite a été fructueuse. Lors des discussions, les hommes d’affaires turcs ont annoncé leur intention d’investir 5 milliards de dollars en Egypte, à travers de nouveaux investissements ou en élargissant des projets déjà existants. « L’énergie, l’agriculture et le textile sont les domaines qui intéressent les Turcs et les membres de la délégation leur ont d’ailleurs montré un grand intérêt », a souligné Ahmad Al-Wékil, lors de ce forum égypto-turc. Parmi les sujets abordés, les opportunités d’investissement dans la nouvelle zone économique du Canal de Suez ont attiré l’attention du côté turc et celui-ci a affiché un intérêt à y investir.

Relations faibles mais prospères

Les relations économiques égypto-turques ont franchi deux étapes importantes depuis 2011. Elles se sont d’abord améliorées après la révolution de 2011, mais ont soudainement chuté avec la détérioration des relations politiques liées à la destitution de Morsi en 2013. « L’Egypte n’a jamais été un grand partenaire économique de la Turquie en matière d’échange commercial et d’investissement, mais le marché égyptien présente de nombreuses opportunités pour la Turquie », explique Ibrahim Al-Ghitani, chef du département économique au Centre des recherches économiques basé au Caire. Il poursuit : « Les relations économiques ne sont pas assez profondes pour être significativement affectées, mais il existerait un sérieux potentiel si ces relations venaient à s’améliorer ». Les Investissements Directs Etrangers (IDE) de la Turquie ont connu une chute considérable depuis l’année fiscale 2012/2013 en Egypte. Ils sont passés de 169,2 millions de dollars en 2012/2013, à 31 millions en 2013/2014, puis à 44,3 millions en 2014/2015, et enfin à 12,8 millions au premier trimestre de l’année fiscale 2015/2016, selon des statistiques de la Banque Centrale d’Egypte (BCE). Jusqu’à présent, les relations d’affaires étaient plutôt figées. La dernière réunion du Comité égypto-turc a eu lieu en mars 2012 et les dernières négociations commerciales en novembre 2012. Quant à la dernière réunion du Forum d’affaires, elle a eu lieu le 30 septembre 2012, et celle du Conseil d’affaires le 10 mai 2013. Concernant le volume des investissements en 2014, l’Association des hommes d’affaires turco-égyptienne avait prévu 1 milliard de dollars, dans les domaines de l’énergie, du ciment, des produits chimiques, du tourisme et de l’infrastructure. Or, depuis 2013, les investissements sont complètement arrêtés, affirme Al-Ghitani. Auparavant, entre 2011 et 2013, les hommes d’affaires turcs avaient investi 2 milliards de dollars à travers 250 sociétés turques, selon un article du journaliste économique turc Oguz Karamuk, publié par Al-Monitor en 2013. De la même manière mais dans une moindre mesure, les échanges commerciaux ont aussi été affectés. La valeur de ces échanges entre l’Egypte et la Turquie est passée de 5 milliards de dollars en 2012 à environ 4 milliards de dollars en 2015, selon des chiffres publiés par le site du ministère turc des Affaires étrangères. Parmi les importations turques de produits égyptiens, on compte le plastique, les produits chimiques, le textile et les produits agricoles. Quant aux exportations turques vers l’Egypte, elles comprennent des combustibles minéraux, du fer et des véhicules.

Ces échanges étaient précédemment régis par deux accords qui ont récemment expiré. Ceux-ci n’ont pas été renouvelés, ce qui a causé la stagnation des relations économiques entre les deux pays. Le premier accord permettait aux sociétés de logistique turques de suivre des trajets spécifiques pour décharger leurs marchandises dans le port d’Alexandrie. L’accord a expiré le 23 avril 2015 conduisant les navires turcs à emprunter des alternatives plus coûteuses. Le second accord était un accord commercial de libre-échange signé en 2005 par les deux pays. Il est entré en vigueur en 2007, mais n’a pas été renouvelé par l’Egypte en 2014. Pour autant, le rapport « Connexions mondiales » de la banque HSBC, publié en novembre 2015, prévoit que d’ici 2020, la Turquie restera la 3e destination d’exportations et la 4e source d’importations pour les produits égyptiens. Un classement qui inclut 25 pays, dont les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne, l’Inde, l’Arabie saoudite, la France et les Emirats. En 2015, la valeur des importations en provenance de la Turquie était de 3,2 milliards de dollars et les exportations égyptiennes vers la Turquie de 1,2 milliard de dollars, selon le ministère turc des Affaires étrangères.

Juste après la chute du régime de Morsi, le journal turc Karamuk écrivait : « L’Egypte est un marché important que les hommes d’affaires turcs proches de l’AKP ne peuvent pas se permettre de perdre ». Un conseil que les hommes d’affaires semblent avoir entendu.

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