Les auteurs de l'industrie automobile discutent du futur.
Le flottement de la livre égyptienne a fortement affecté l’industrie automobile en Egypte. Alors que sur le marché local les ventes ont considérablement baissé, des accords avec l’Union européenne prévoient une exemption progressive des taxes douanières sur les voitures européennes importées pour arriver à 0 % en 2019. Le 13 décembre dernier, à l’occasion de la conférence Egypt Automotive organisée par Business News au Caire, les producteurs locaux, importateurs et distributeurs se sont réunis avec des représentants du gouvernement pour discuter de l’avenir incertain du secteur.
Mohamad Aboul-Fotouh, organisateur de la conférence, a annoncé une baisse de 25 % des ventes automobiles en Egypte entre 2015 et 2016. En raison de la situation économique et de la hausse des prix, seuls 250 000 véhicules ont été vendus cette année. A ce propos, Karim Naggar, directeur général de Kayan Egypt, qui fait l’assemblage de Volkswagen et d’Audi en Egypte, avait également déclaré : « Le secteur automobile égyptien est en chute libre depuis la flambée des prix et la désertion des entreprises étrangères ». Selon lui, la crise économique, le flottement de la monnaie et la pénurie du dollar n’entraînent que des répercussions négatives sur ce secteur. « La dévaluation de la monnaie a entraîné une diminution des ventes. Ce ralentissement du marché est bien réel, et certains concessionnaires automobiles n’ont fait aucune vente depuis le flottement de la livre égyptienne ». De son côté, le gouvernement prévoit des mesures visant à développer la production automobile locale. Ce projet est actuellement en débat au parlement et devrait être finalisé d’ici la fin du mois. Dans un premier temps, des exemptions fiscales et des réductions de tarifs douaniers seront accordées aux importateurs de composants automobiles, pour les véhicules transportant au maximum 16 passagers, si le pourcentage des composants locaux dans les véhicules est compris entre 45 et 60 %. Pour les véhicules de plus de 16 passagers, les composants locaux devront atteindre 70 %. Le gouvernement indique que cette stratégie vise à quadrupler la production de voitures (de 250 000 à 1 million d’unités) et à tripler le nombre de fabricants locaux de pièces de rechange (de 100 à 300). Ces actions devraient aboutir à une augmentation des investissements de 1 milliard à 3 milliards de dollars. Le gouvernement espère ainsi la création de 200 000 nouveaux emplois dans le secteur automobile, alors qu’aujourd’hui, celui-ci n’emploie que 71 000 personnes, un chiffre qui ne cesse de baisser depuis le début de la crise.
Une stratégie controversée
Lors de la conférence qui a réuni le secteur automobile et des représentants du gouvernement, cette stratégie a soulevé un débat. Alors que les producteurs de pièces de rechange semblent satisfaits, les producteurs automobiles sont, quant à eux, sceptiques. Pour Shahir Greiche, vice-président de Greiche Glass pour la fabrication des vitres, « la stratégie va améliorer les normes, la qualité et la production des pièces de rechange en Egypte ». A cela, Tamer Al-Chaféi, président de la division des pièces de rechange auprès de la Fédération égyptienne des industries, ajoute : « Les producteurs seront forcés d’augmenter la production et d’améliorer la qualité ». Ce dernier espère ainsi voir plus de pièces automobiles produites en Egypte, comme les carrosseries de voitures. A l’inverse, les producteurs automobiles sont inquiets. « Augmenter le pourcentage des composants locaux dans les voitures de 45 % à 60 % est un objectif difficile. Le potentiel de l’industrie locale ne suffit pas pour obtenir ce résultat », affirme Karim Naggar. Et d’ajouter : « Nous aimerions augmenter les composants locaux et limiter les importations, mais nous ne pourrons atteindre ces objectifs que lorsque le système aura complètement changé, notamment lorsque les taxes douanières seront réduites ». Ahmad Al-Khadem, directeur général de l’entreprise EIT Kia, fait lui aussi part de ses craintes. « La plupart des constructeurs et des distributeurs automobiles sont favorables à cette stratégie, mais nous avons besoin d’au moins 12 mois pour nous préparer », dit-il.
Une voiture 100 % égyptienne
Outre l’augmentation des composants locaux dans les véhicules produits en Egypte, le gouvernement espère bientôt la production d’une voiture entièrement égyptienne. Soulignant qu’il souhaite relancer l’industrie automobile égyptienne, le ministre du Secteur des affaires a rappelé que l’Egypte a été le premier pays dans la région à proposer le modèle d’une voiture locale avec la voiture Chahine, produite par la société Al-Nasr. Alors qu’il y a 7 ans, les autorités avaient pris la décision de fermer la société, le gouvernement pense aujourd’hui relancer la production. « Je pense que la meilleure option est de relancer l’entreprise avec une nouvelle voiture », pense Achraf Al-Charqawi, ministre du Secteur public des affaires. Selon lui, la société Al-Nasr a démarré une étude de marché, pour mieux connaître les besoins des consommateurs égyptiens en matière de design, de dimensions et de prix. Face à un secteur automobile instable, cette étude tiendra compte des effets de la crise économique et de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des Egyptiens. Achraf Al-Charqawi ajoute : « Cette étude de marché sera terminée dans 6 mois mais la société Al-Nasr a déjà engagé des négociations pour créer des partenariats avec des constructeurs étrangers et développer le nouveau modèle qui sera dévoilé le 30 juin 2017 ». Selon lui, le financement du projet ne devrait pas poser de difficultés et sa rentabilité est assurée. Pour Raouf Ghabbour, PDG de GB Ghabbour Auto, « l’Egypte peut devenir un foyer de l’industrie automobile au Moyen-Orient. La main-d’oeuvre égyptienne est la moins chère du monde, surtout depuis le flottement de la livre ». Isao Sekiguchi, directeur général de Nissan Motors Egypt, explique, lui, que l’industrie automobile est une grande source de revenus dont l’Egypte pourrait profiter pour faire face au chômage qui touche 40 % de la population. « L’Egypte doit s’inspirer des expériences d’autres pays, qui, aujourd’hui, exportent alors qu’ils étaient auparavant importateurs. Le Maroc, par exemple, a mis en place une stratégie pour former sa main-d’oeuvre dans ce secteur », conclut-il.
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