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Parole aux investisseurs

Mercredi, 30 novembre 2016

Plusieurs dizaines d'entreprises françaises et égyptiennes ont assisté à la Conférence « Investissements français en Egypte : opportunités et défis », organisée par Al-Ahram Hebdo en coopération avec l’ambassade de France et la Chambre de commerce et d’industrie française en Egypte. Cette semaine, l'Hebdo a donné la parole aux investisseurs. Les responsables leur répondront dans notre prochain numéro.

Parole aux investisseurs
De gauche à droite M. Ibrahim Mahlab, assistant du président de la République, M. Ahmad Al-Sayed Al-Naggar, PDG d'Al-Ahram, et S.E. M. André Parant, ambassadeur de France au Caire.

Les PME-PMI françaises sont intéressées par l'Egypte

Parole aux investisseurs
Hassan Behnam, directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie française en Egypte

expertise qui est reconnue mondialement dans de nombreux secteurs d’affaires et elle considère l’Egypte comme un partenaire commercial privilégié et stratégique. En face, nous avons l’Egypte, un pays de plus de 92 millions d’habitants, donc de consommateurs potentiels. Un pays qui, malgré la crise financière qu’il traverse — et que je considère passagère — reste un marché attractif pour les investisseurs étrangers notamment français. J’ai parlé de crise passagère car ça fait quarante ans que je suis en Egypte et j’ai vécu les turbulences des 18 et 19 janvier 1977 ainsi que la mini-crise de 2002/2003 et j’avais vu, à chaque fois, comment l’économie égyptienne a traversé ces crises et a su se redresser. Je suis donc optimiste et je reste confiant dans l’avenir. Je me fais ici le porte-parole des PME et des PMI françaises qui nous contactent et qui sont intéressées par le marché égyptien mais qui souhaitent quelques facilités pour pouvoir venir s’installer en Egypte, notamment l’obtention de permis et de licences, le droit à rapatrier les bénéfices, alléger les restrictions douanières entre autres.

Hassan Behnam,
directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie française en Egypte

L'Egypte idéale pour l’exportation vers le Moyen-Orient et l’Afrique

Parole aux investisseurs
Fouad Younès, président du Conseil franco-égyptien des affaires

Pour ne pas nous attarder sur les problèmes qu’affrontent les investisseurs français et qui sont partagés par tous les investisseurs étrangers ou égyptiens, il suffit de dire que des mesures sérieuses sont en cours pour résoudre la crise des devises. Ce qui facilitera progressivement le rapatriement des bénéfices. De même, il est nécessaire d’assainir le contexte législatif afin de simplifier les procédures d’allocation de terrains ainsi que d’alléger les lourdeurs administratives et bureaucratiques. La perspective de l’Egypte en tant que destination d’investissements internationaux est très favorable ; les avantages d’un pays stratégiquement placé pour héberger les implantations industrielles françaises pour prendre avantage d’un large marché national ainsi que se positionner pour l’exportation vers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique. Les prévisions des institutions internationales et du gouvernement sont très optimistes pour le flux des investissements en Egypte dans les années à venir.

Fouad Younès,
président du Conseil franco-égyptien des affaires

Notre équipe égyptienne est parmi les plus performantes au monde

Parole aux investisseurs
Albert Fuchet, président régional de Schneider Electric pour l’Afrique du Nord

Le plus grand succès aujourd’hui en Egypte est un succès qui revient aux hommes, aux 700 ingénieurs égyptiens qui travaillent en Egypte et ailleurs. Nous avons à peu près cinquante Egyptiens qui travaillent dans le groupe dans différents pays en Europe, dans le Golfe, en Amérique. Donc s’il y a une réussite de Schneider Electric en Egypte, c’est la réussite humaine. Ce sont des professionnels capables de prescrire et de réaliser des architectures les plus avancées dans le monde en termes de gestion de l’énergie. Notre équipe égyptienne est parmi les plus performantes dans le monde ; nous avons plusieurs projets réalisés aux Etats-Unis, en Chine et partout dans le monde par des ingénieurs égyptiens depuis notre bureau à Maadi ; nous considérons ceci le plus grand succès de l’entreprise en Egypte.

Quand on pense aux défis, évidemment la période actuelle est une période de transition, nous avons à digérer et absorber la dévaluation. Le marché est en train de se rééquilibrer car il n’y a pas de place sur le marché égyptien à une inflation à 90 %.

Donc ce que nous faisons, c’est que nous essayons de localiser au maximum, de renforcer l’équipe pour générer le plus possible de valeur ajoutée en livre égyptienne et compenser cette monnaie étrangère devenue plus chère. Pour nous cette période de transition devrait être l’année 2017, à partir de 2018, la compétitivité des équipes égyptiennes nous rend optimistes.

Albert Fuchet,
président régional de Schneider Electric pour l’Afrique du Nord

Parole aux investisseurs
Jean-Marc Harion, PDG Orange Egypte

décision de continuer d’investir en Egypte, c’est parce que nous croyons dans le potentiel de ce pays et de ce marché. Je pense, comme toutes les entreprises françaises qui sont actives en Egypte, que notre première motivation est le potentiel du marché domestique, la croissance de la population, sa jeunesse, son appétit pour les nouvelles technologies. Notre activité croit avec un taux annuel de 6 %. Mais nous avons d’autres activités qui croissent de 15 à 16 %.

Parmi les défis que nous voyons et que nous voulons gagner est de lever les contraintes sur les dividendes. Il est évident qu’aujourd’hui nous dépendons de notre actionnaire pour le financement de nos investissements comme pour les 500 millions de dollars que nous venons d’investir dans la licence 4G. Nous avons besoin évidemment de pouvoir remonter des devises à notre siège à Paris.

Autre défi plus spécifique à notre industrie, les réseaux « large bande » et en particulier les réseaux 4G ont des nécessités de transmission, les antennes que nous installons sont reliées par les fibres qui passent dans le pays. En Egypte, on est encore dans un monopole d’infrastructure, nous avons besoin d’avoir accès à certaines infrastructures aujourd’hui qui sont sous le contrôle unique de l’opérateur d’Etat Telecom Egypt et nous pensons qu’il est absolument essentiel, pour accélérer le développement d’Internet, d’avoir un accès plus libre à ces infrastructures.

Jean-Marc Harion,
PDG Orange Egypte

Un investissement stratégique

Parole aux investisseurs
Alexis Moyrand, directeur général, Sanofi Egypte et Soudan

Sanofi est implantée en Egypte depuis 1961, quand Hoechst Orient a été la première multinationale pharmaceutique à créer une unité de production au Caire. Nous sommes aujourd’hui la troisième plus grande entreprise pharmaceutique en Egypte, avec 1 200 employés. 85 % de nos ventes en Egypte y sont produites, pour un total de 100 millions d’unités par an.

Nous continuons à investir en Egypte de manière stratégique et avec des programmes de production, de recherche, de formation, de sensibilisation et d’information concernant certaines maladies comme le diabète ou les maladies mentales.

L’Egypte est un marché stratégique et clé, avec une démographie importante et une population qui s’accroît de plus de 2 millions d’habitants par an. Nous affrontons cependant quelques défis, notamment l’accès à l’innovation qui est un peu retardé en Egypte par rapport à d’autres pays, surtout qu’il n’y a pas de cadre législatif qui encadre de manière efficace les essais cliniques. Il y a une loi qui devrait passer prochainement au parlement et que nous attendons. De même, il existe une certaine lenteur dans les délais d’enregistrement des nouveaux médicaments.

Le gouvernement égyptien a aussi annoncé la mise en place d’un système de traçabilité qui sera mis en oeuvre sur toutes les boîtes de médicaments à l’horizon 2017/2018, et Sanofi est une des entreprises-pilotes et partenaires du ministère de la Santé pour la mise en place de ce système qui doit bénéficier aux patients.

Alexis Moyrand,
directeur général, Sanofi Egypte et Soudan

Innovation en matière de transport

Parole aux investisseurs
Philippe Letourneur, directeur des opérations et de la maintenance, société Poma

L’objectif de Poma en Egypte c’est de promouvoir le transport par câble dans les grandes villes égyptiennes comme nous l’avons déjà fait en Colombie, au Brésil et aux Etats-Unis. En effet, en s’affranchissant des obstacles, en s’insérant dans un tissu urbain dense pour se connecter à des réseaux de transport déjà existants, les solutions innovantes proposées par Poma sont une réponse aux nouveaux enjeux des villes modernes. En fait, avec une faible emprise au sol et un temps de réalisation très court et un impact environnemental très réduit, le transport par câble offre une alternative innovatrice au transport public conventionnel.

La solution du transport par câble n’est pas là pour remplacer le transport de masse, par contre, on peut imaginer une télécabine qui vienne se connecter directement à la sortie d’une station de métro. La ville du Caire avec ses défis d’infrastructure, de circulation et de pollution, offre un champ d’application varié aux solutions proposées par Poma.

Philippe Letourneur,
directeur des opérations et de la maintenance, société Poma

L’Egypte devient un hub avec le partenariat français

Parole aux investisseurs
Hamed Mabrouk, directeur général de Gras Savoye Wills Egypte

En 2005, on (Gras Savoye) a commencé une activité au Soudan à partir de l’Egypte. En 2010, on a changé l’activité pour englober les courtages comme la loi promulguée ici en Egypte. En 2012, on a investi en Jordanie pour l’activité du conseil d’assurance et de courtage. Dernièrement en 2015, on a investi au Koweït. Donc, l’Egypte devient un hub avec le partenariat français pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. C’est un des avantages de ce mariage de compétences franco-égyptiennes. Ainsi, c’est un succès pour les investisseurs français comme un succès pour les marchés égyptiens en développant le métier de courtage et d’assurance.

Comme un investisseur français depuis 1998 jusqu’à aujourd’hui, le total est un bon taux d’investissements, même avec la problématique des échanges, suite à la dévaluation. Ce secteur s’évalue. Je parle des chiffres du président d’EFSA, de 2009 à 2015, 8 milliards de L.E. sont devenues à peu près de 16 milliards de L.E. C’est un marché qui a doublé. Le marché d’assurance, les primes d’assurance, depuis 2009 jusqu’à 2015, sont doublées. Mais si je compare l’Egypte au Maroc et au Liban, c’est toujours très modeste. Le montant de primes d’assurance en Egypte est presque le même niveau au Maroc et au Liban. Ce sont deux pays qui ne sont pas comparables avec le niveau de l’économie. Toutefois, ça nous donne une opportunité

Hamed Mabrouk,
directeur général de Gras Savoye Wills Egypte

Le marché porteur de l’assurance

Parole aux investisseurs
Gilbert Chahine, PDG d’AXA Egypte

Le marché de l’assurance en Egypte est porteur parce que la pénétration de l’assurance aujourd’hui reste très faible comparativement à d’autres pays émergents et l’on sait qu’elle peut augmenter et elle est en train d’augmenter. En plus, c’est un marché qui a crû à très grande vitesse au cours des dernières années et qui a continué à accroître pendant la période de la révolution et ça, c’est une stabilité qui encourage tout assureur à investir dans ce type de contexte.

Aujourd’hui effectivement, le taux de pénétration du marché d’assurance est très faible et de mon point de vue, ce qui va contribuer à l’avenir à l’augmenter, c’est une volonté collégiale et commune. Sinon, travailler ensemble en tant qu’acteurs de ce marché pour améliorer la qualité des services. L’assurance est une profession noble qui est en train de protéger les gens et les familles, mais la perception en général, vis-à-vis de l’assurance, est une perception qui peut être parfois un peu négative. L’enjeu pour nous pour augmenter la pénétration de l’assurance dans n’importe quel pays, y compris l’Egypte, c’est d’améliorer cette perception par la confiance et par la manière avec laquelle on traite les clients et l’on sert les clients.

Gilbert Chahine,
PDG d’AXA Egypte

L’enjeu de l’inclusion financière

Parole aux investisseurs
François Drion, PDG de la banque Crédit Agricole Egypte

Le secteur bancaire est relativement peu développé en Egypte par rapport à d’autres pays, les crédits à l’économie font à peu près 30 % du PIB (produit intérieur brut) comparé à 75 % au Maroc. 25 % des crédits sont particuliers et 75 % pour les entreprises mais le gros de l’activité des banques ce n’est pas les crédits aux clients mais le financement de l’Etat avec plus de 60 % de l’activité de crédit qui est orienté pour le financement de l’Etat. Le secteur bancaire en Egypte est un secteur en croissance soutenue, avec une croissance moyenne des dépôts de 20 % par an au cours des quatre dernières années et 15 % pour les crédits et ça continue en 2016. Donc c’est un secteur qui s’améliore puisque le taux de créance douteuse représente 7 % du total des crédits, ce qui est faible pour un marché émergent et moins que les taux qu’on avait il y a dix ans et qui étaient largement supérieurs à 10 %. C’est un secteur rentable et correctement capitalisé.

Un des enjeux pour le secteur bancaire, c’est l’inclusion financière. Ce qui caractérise l’Egypte, c’est qu’il y a à peu près 15 % des particuliers qui ont un compte bancaire. Et donc le grand enjeu pour nous, c’est d’élargir l’activité des banques aux clients non bancarisés. Il faut donc les leviers pour faciliter l’inclusion financière et la réduction des coûts de transaction ou encore la réduction de l’activité cash, très lourde au niveau des banques. On essaye avec l’ensemble de nos partenaires de réduire le paiement cash par rapport au paiement par carte.

François Drion,
PDG de la banque Crédit Agricole Egypte

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